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  1. Jack Kerouac
  2. Héros de la Beat generation
  3. Origines d'un mythe
  4. A la rencontre des fellaheen
  5. L'itinéraire de Sur la route
  6. Quatre destinations culte
  7. Pour en savoir plus

Origines d'un mythe

L'Amérique des exclus

Qui se douterait que des nobles bretons dénommés Le Bihan de Kerouac sont les aïeux du futur chantre de la beat generation ? Jack naît Jean-Louis Kerouac en mars 1922, à Lowell, Massachusetts (Nouvelle-Angleterre). Cette petite ville ouvrière morne et grise, peuplée de nombreuses communautés d'origines européennes, comptait en son sein une forte population francophone, venue du Canada, marquée par un catholicisme rigoureux. Jack a naturellement pour langue maternelle le français. Ses parents sont modestes - un père imprimeur, une mère vendeuse. De plus, Lowell traverse dans les années vingt et trente une grave crise industrielle que sa famille supporte mal. Léo, le père, devient joueur et alcoolique, dilapidant les faibles revenus du foyer. Le décès précoce du grand frère de Jack, Gérard, assène un autre coup difficile à la famille. Jack n'a que quatre ans lorsqu'il meurt, mais cette disparition marquera sa vie entière. Le catholicisme fervent dans lequel Jack grandit tranche bien évidemment avec le protestantisme majoritaire aux États-Unis. Mais ce sont pourtant ses racines canuck (Français originaire du Canada) et sa francophonie qui sont à l'origine d'un perpétuel sentiment d'exclusion. Jack vit mal cet état de fait, bien qu'il puisse néanmoins toujours se réfugier dans sa communauté ou dans sa famille. Ce sentiment d'être différent et étranger en son propre pays constitue sans doute la base de son amour pour l'Amérique des exclus, auxquels il s'identifie.

Un choix de vie radical

Bien que profondément attaché à sa ville natale, Jack en constate, enfant, les limites : sa lecture d'un autre Jack - London - lui révèle un monde fait de voyages et d'aventures qui le fascine et, dès le plus jeune âge, son net penchant pour l'écriture. Paradoxalement, Kerouac devient extrêmement sportif à l'adolescence. Il n'est pas de grande taille, mais il est puissant et rapide, ce qui le mène au football américain, puis en fait une vedette locale. À l'âge d'étudier, bon élève, il bénéficie en outre du système américain de bourses qui permet aux sportifs d'étudier à l'université : c'est la clef de sortie de ce futur écrivain. Jack Kerouac choisit l'Université de Columbia, New York.
Il habite Broadway. La frénésie de la métropole et l'effervescence de ses rues le transportent dans un univers loin de Lowell. Avec les études et au contact d'étudiants issus du riche milieu new-yorkais, Jack réalise qu'il n'est pas seulement doué pour le sport. Il devient même un étudiant de bon niveau. Mais les quartiers louches de la Grande Pomme exercent sur lui une attraction indéniable. Il côtoie des musiciens de jazz, écrit sur cette musique alors connue de quelques rares Blancs seulement. L'obtention de son diplôme en 1940 le ramène dans sa ville natale : pas pour longtemps, les sirènes de New York sont trop fortes. Un accident de football, qui voit son tibia fêlé, a raison de sa carrière sportive. Et aussi de ses études, car Jack profite de sa convalescence pour lire, toujours plus. Ses lectures ont changé et c'est Thomas Wolfe et sa vision d'une Amérique mythique qu'il découvre. Jack arrête ses études, puis tente de les reprendre, sans grande motivation. Des envies grandissantes de voyage le mènent sur la mer. Il tente également la vie militaire, mais l'armée d'une Amérique en guerre et nécessiteuse en chair fraîche n'est pas faite pour lui. Réfractaire à toute discipline militaire, Jack est déclaré inapte. Vers 1942, New York n'est pas seule à avoir raison de la vie calme et rangée à laquelle Kerouac se destinait. Sa volonté de tenter toutes sortes d'expériences y est pour beaucoup. Il veut être écrivain, raconter sa propre vie et la rendre mythique en incluant sa vision de l'Amérique. Pour cela, il doit chercher plus profondément, à la base, ceux qui la constituent.

Avant la route

Jack Kerouac n'emprunte pas seul les chemins de traverse qui le mènent dans les bas-fonds de New York. Les individus qu'il rencontre en 1943-1945 lui font découvrir des milieux interlopes dont il ne soupçonnait pas l'existence. Le plus connu, qui distillera des années plus tard sa subversion dans des ouvrages à la lucidité empoisonnée, est William S. Burroughs. Ce descendant de notables de Saint-Louis, Missouri, a quelques années de plus que Jack. Particulièrement lettré, homosexuel notoire et ancien étudiant en médecine à Vienne, il aime à fréquenter les prostitués, les drogués, les criminels et les déviants sexuels. S'il ne vendra jamais son corps, il ne tardera pas à devenir lui-même héroïnomane, pour le reste de sa longue vie. Burroughs et son aura noire attirent bien entendu Jack, mais aussi un jeune poète juif du New Jersey : Allen Ginsberg. Le triumvirat des écrivains beat naît à New York en ces années de guerre. L'amour de Jack pour les rejetés du rêve américain se trouve renforcé au contact de Burroughs. Celui-ci considère aussi les fellaheen (les futurs " anges de la désolation ") comme plus intègres, plus purs, car forcés d'exister dans la marge de la société et rejetant ainsi toute la corruption de cette dernière. Dans une ambiance de trafics en tous genres, Jack vit à New York de grandes années de débauche, riches en " dérèglements des sens " chers à Rimbaud. Drogues et sexe ont beau être son occupation quotidienne, cela n'empêche pas Kerouac de centrer désormais son intérêt sur les clochards et les victimes du racisme.
Un seul individu suffit à faire entrer de l'air dans leur mode de vie empoisonné : Neal Cassady. Mais cet homme, plus jeune que Jack de quatre années, n'est pas qu'un simple courant d'air. Neal est une tornade. Originaire de Denver, il est orphelin de mère et fils de clochard alcoolique. Une énergie inépuisable doublée d'un formidable appétit de vivre en font rapidement un pôle attractif. Il est l'incarnation de l'Amérique sauvage à laquelle Kerouac rêve depuis longtemps. Une puissante amitié naît entre les deux hommes.
Le père de Jack décède, ce qui lui donne envie de changer d'air. Neal l'insatiable veut vite découvrir d'autres horizons que New York. En 1947, ils décident de partir sur les routes de l'Amérique. C'est pour Jack le début d'un voyage sinueux qui va durer dix années, au cours desquelles il va se nourrir de paysages et de rencontres. Bien que lui-même en scène, il vivra par procuration la vie de ses modèles littéraires, dont Neal est le principal. De cette matière à profusion, il remplira ses romans écrits en prose spontanée dans un long souffle jazz, tapant à la machine sur des rouleaux de téléscripteurs, les déroulant avec la même avidité qui le fit avaler des kilomètres d'asphalte.

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A la rencontre des fellaheen


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