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Al et Judith : road-love africain

Partie sur les routes ensablées d'Afrique avec deux amis, Judith rencontre un jeune Australien voyageur, Alistair Webster ou Al, pour les intimes. Cette jeune Toulousaine de 22 ans, qui vit en République Dominicaine, va depuis plusieurs années jusqu'au Sénégal, en voiture, lorsque le climat doux de septembre rend la chaleur du désert supportable. L'année dernière, le voyage a pris une tournure un peu plus romantique que d'habitude…

© Céline PotardComment s'est déroulé le voyage pendant lequel tu as rencontré Al ?
Je n'avais rien prévu de spécial pendant le mois de septembre à part une petite idée de voyage, que j'avais déjà réalisée plusieurs fois : Partir en Peugeot 505, bien connue pour ses vertus de " gazelle du désert ", pour faire le Toulouse-Dakar. Ma bonne copine Manu était aussi partante pour retrouver cette terre qu'on avait découverte ensemble six ans auparavant. Nous sommes donc parties avec dans la malle arrière, pêle-mêle, robes à fleurs, roues de secours, trousses à maquillage, plaques de désensablage et quelques outils…
Après avoir repêché un autre pote à Cordoue, nous arrivons sur la terre africaine. Arrivés à Dakhla, au sud du Maroc, on doit attendre quelques jours dans cette ville, avant de prendre un convoi, et de rejoindre la première ville de Mauritanie, Nouadhibou. Sur le bord de la route, il y a un grand gars accoutré d'un sakhwell bleu ciel. Il a des rastas et un tas colliers autour du cou. Plus loin, on le retrouve devant une boutique. Puis il m'accoste : " Hello, I'm Al, I'm going to Mauritania, and I'm looking for a place in a car to cross the desert ". J'entame alors la discussion, et je m'aperçois que ce grand échalas un peu fou arrive d'Australie, et qu'il a déjà fait une moitié de tour du monde, seul et à pied, en stop ou parfois en transport en commun… Moi, je trouve ça drôle, alors on l'embarque à bord de notre gazelle. Nous partons ensuite vers la Mauritanie.

Quelles expériences avez-vous vécu ensemble ?
Nous avons traversé le désert mauritanien, qui était beau comme toutes les autres fois où je l'avais traversé. Al était là pour s'émerveiller de tout avec moi et c'était vraiment agréable. La traversée s'est bien passé, sans trop d'embûches, malgré quelques ensablements, mais rien de grave. En arrivant en Mauritanie, on a logé dans une famille que je connaissais de mes autres voyages. Al et moi, nous avons passé nos journées à déambuler dans les rues de Nouakchott, larges et sales. Je progressais en anglais et lui en français, parce que nous étions toujours ensemble ! Une nuit, nous avons rencontré des Maures qui nous ont invités à aller danser… Il avait beaucoup plu et, à trois heures du matin, il nous a été impossible de retrouver la maison tant les rues étaient inondées. Résultat, nous avons passé la nuit sur le toit d'une maison inconnue jusqu'alors !

Jusqu'où avez-vous voyagé ensemble ?
Nous avons mis le cap sur le Sénégal et nous sommes restés quelques jours à Saint-Louis. Après, nous avons roulé jusqu'à Mbour, près de Dakar. C'est là que l'on a passé nos derniers jours ensemble. Les journées s'écoulaient lentement, au rythme des djembés, des verres de thé avalés et des cours de danse peu concluants pour l'un comme pour l'autre ! Nous étions vraiment au cœur de la teranga (hospitalité) sénégalaise. À ce moment-là, j'ai un instant songé à rester avec Al et à " tracer la route " avec lui jusqu'en Afrique du Sud, puisque c'était son projet. Et puis, je me suis dit qu'il allait retourner en Australie dans six mois, et que ma vie m'attendait aussi en République Dominicaine où je vis, qu'on avait tous les deux des choses à accomplir avant de pouvoir se retrouver.

Comment vous êtes-vous quittés, avez-vous prévu de vous revoir ?
On s'est quitté un matin, au milieu des baobabs. On s'est serrés fort dans les bras, mais sans avoir l'air de se séparer pour très longtemps. On avait ouvert la carte du monde la veille de mon départ, pour se fixer un point de rendez-vous pour dans deux ans. On a décidé de se retrouver sur l'île de Rapa, dans le sud de la Polynésie. Ce sera le prochain point de départ pour une nouvelle aventure ! Un bateau part toutes les trois semaines pour s'y rendre et il y a une semaine de mer ! J'espère qu'il ne sera pas trop en retard…

Qu'en est-il, maintenant que tu es revenue ?
J'ai l'impression d'avoir rêvé. Parfois, quand j'y repense, je rigole toute seule. Je le revois en train de rouler dans les dunes du Sahara, de danser avec moi sur Youssou N'Dour, ou de chanter La Chasse aux papillons de Brassens à tue-tête avec son accent australien…

Est-ce que vous êtes encore en contact ?
Pour l'instant, Internet nous permet de communiquer et de rêver. Le week-end dernier, par exemple, il m'a raconté qu'il suivait les migrations des baleines en Australie. Voilà mon histoire avec Al… Une drôle d'histoire.

Jeanne et David : de l'amour du voyage à l'amour tout court

Histoire d'oublier un peu le gris novembre parisien, Jeanne est allée passer trois jours à Barcelone avec sa cousine, en novembre 2001. Parmi les joyeux lurons de l'auberge de jeunesse où elles séjournent, Jeanne fait la connaissance de David, un Américain qui fait le tour de l'Europe tout seul, pour découvrir ce " vieux continent " qui l'a toujours fasciné.

Comment t'es-tu rendue compte qu'il se passait quelque chose entre toi et David ?
À vrai dire, je m'en suis rendu compte à l'instant même où je l'ai vu. Je crois que c'est ce qu'on appelle un coup de foudre ! Il venait de débarquer dans l'auberge de jeunesse, et nous nous apprêtions à aller assister à un concert de Nuevo Tango dans un bar en face. Il s'est joint à nous, et je me suis retrouvée assise à côté de lui pendant le concert. Le courant est passé tout de suite entre nous. De fil en aiguille, on a passé la nuit ensemble à se balader dans les rues de Barcelone, se racontant nos voyages avec exaltation, mais pas grand-chose de nos vies… On s'est embrassé au petit jour, avant de retourner dans nos dortoirs respectifs. Quelques heures encore, et j'étais dans la voiture de ma cousine, en route vers la France.

Pensiez-vous vous revoir un jour lorsque vous vous êtes quittés ?
Comme on ne s'était vu qu'une nuit, il était difficile le lendemain matin de se promettre monts et merveilles. En plus, les promesses, ça n'est pas mon fort, en général. Son voyage en Europe devait l'emmener à Paris trois mois plus tard, on se reverrait sans doute à cette occasion. Échange d'adresses e-mail à côté de la voiture, et puis advienne que pourra !

L'as-tu revu ensuite ?
Maintes fois ! J'ai réalisé pendant le mois de décembre qu'il me fallait le revoir à tout prix. Je lui ai donc écrit un mail pour lui demander si je pouvais le rejoindre pour le nouvel an, quel que soit l'endroit où il serait… Il était à Grenade où il travaillait chez un vieux fermier espagnol pour renflouer ses finances. Je l'ai donc rejoint, et c'est là que le vrai rêve a commencé : on était si bien ensemble qu'on a décidé de faire un bout de chemin tous les deux. L'Andalousie, puis le Maroc. Je suis rentrée chez moi, puis il est venu à Paris pendant un mois… Le pied ! J'ai ensuite passé une semaine chez lui à Boston avant de commencer un nouveau job qui m'attendait, puis c'est lui qui est revenu, cet été. On en a même profité pour s'offrir de petites vacances en Grèce…

© Céline PotardComment vivez-vous la distance qui vous sépare (de façon pratique et psychologiquement) ?
Psychologiquement, ça n'est pas facile tous les jours ! On dit que l'amour donne des ailes, eh bien j'aimerais parfois que cette métaphore prenne son sens propre, juste pour aller lui dire bonjour… Il me manque énormément, mais paradoxalement, cela me donne de la force dans ma vie quotidienne. C'est d'ailleurs la même chose pour lui. Pour ce qui est du côté pratique, nous avons réussi à prendre notre mal en patience par bien des moyens. Les e-mails, bien sûr, sont notre principal mode de communication (on chatte aussi parfois, quand nos emplois du temps et le décalage horaire nous le permettent). On se téléphone assez souvent aussi - on s'est acheté des cartes spéciales pour les coups de fil lointains). Et puis on s'écrit aussi de temps en temps, avec du vrai papier et un vrai stylo, c'est sympa aussi !

Quels sont vos projets, et quels sont les obstacles que vous rencontrez ?
Nous avons réalisé il y a quelques mois qu'il nous fallait trouver une solution à cet éloignement. Comme il est encore étudiant, j'ai décidé d'aller le rejoindre et de trouver un moyen de travailler là-bas, pour vivre avec lui. Je ne peux pas encore parler d'obstacles, mais de difficultés, ça oui. Vouloir s'expatrier entraîne beaucoup de démarches et demande beaucoup de chance. Mais on va y arriver, c'est sûr. Notre amour est un moteur incroyable, et puis mes parents et mes amis me soutiennent à 100 % ! Je pense aussi que cette situation peut être un tremplin pour ma vie professionnelle, par exemple. Une expérience aux États-Unis, ça fait toujours classe sur un CV !

Avez-vous un conseil pour ceux qui tomberaient amoureux - pour de vrai - en vacances ?
Je pense qu'il faut parfois retourner vers les bons vieux dictons français et y croire - un peu au moins. Tant qu'il y a de l'amour, il y a de l'espoir… D'une certaine manière, c'est vrai que ça n'est pas une chance de rencontrer quelqu'un qui habite à l'autre bout du monde… Mais c'est une chance d'aimer et d'être aimé, c'est une force aussi. Persévérance et foi en l'avenir, j'essaye pour ma part d'en faire mes maîtres mots.

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