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Ambiance
en salle
On
pourrait presque tenter de dire que les films hindis ont pour premier
but de rendre les spectateurs… heureux. Satisfaits, du moins. Les films
doivent combler le public sur plusieurs plans. D'abord, en répondant aux
préoccupations principales des gens, et en mettant en scène des problèmes
qui pourraient être les leurs, à la différence que bien souvent, les histoires
se déroulent dans les classes aisées de la société indienne - appartements
ultramodernes et filles sexy - qui sont loin de représenter la majorité
de la population ! Ensuite, tous les ingrédients dont nous parlions plus
haut doivent être également représentés : romance, action, suspense et
danse… Ce qui fait que ces films ne durent jamais moins de trois heures
! Et puis, il faut bien dire que plus c'est long, meilleur c'est, et en
plus on a le sentiment d'en avoir eu pour son argent.
Socialement, l'importance du cinéma est telle que les acteurs se voient
remplir, en plus de leur fonction de personnages, un rôle important de
modèles. Certains sont même considérés comme des demi-dieux, d'autres
prennent de l'importance dans le débat politique à petite ou grande échelle.
Comme la plupart des films hindis diffusent un message moralisateur, la
voix des héros est bien souvent celle de la raison. C'est dans les salles
de cinéma qu'on peut d'ailleurs se rendre compte de cette idéalisation,
et de l'identification que les spectateurs opèrent avec leurs héros.
Les Indiens ont en effet une manière bien particulière de regarder un
film sur grand écran. La première chose que remarque le visiteur n'est
pas l'écran immense sur lequel les couleurs semblent sorties d'un rêve,
mais l'épais nuage de fumée qui embrume la pièce… Ici, le ciné est un
lieu de vie comme un autre, comme le café du coin : on fume, bien sûr,
on mange bruyamment les chips de tapioca achetées à l'entrée, on boit
du thé brûlant, et on discute. Chacun y va de son commentaire : " Vise
un peu les biscotos ! ", " Damned ! Le méchant a tout compris ! " On encourage
le gentil quand il se bat vaillamment contre une bande d'affreux (et sort
vainqueur, of course), on siffle le chef des méchants quand un
gros plan cruel s'arrête sur ses yeux jaunes… Bref, on participe. Le public
est pleinement actif et se laisse aller à la crédulité, même si tout le
monde sait bien que " c'est du cinéma ".
Et
l'addition ?
Le
cinéma de Bollywood en quelques chiffres : on compte presque 15 000 salles
obscures dans tout le pays. Elles sont assidûment fréquentées : 150 millions
d'Indiens s'y rendent chaque semaine et plus de deux milliards et demi
de tickets sont vendus chaque année ! Les films hindis représentent aujourd'hui
30 % de la production nationale et 85 % des exportations : les habitants
d'Asie du Sud et du Sud-Ouest, du Moyen-Orient, ainsi que d'une part de
l'Afrique sont eux aussi très friands de ce genre de cinéma. Le commerce
de produits dérivés ou associés au cinéma a sa part dans le succès financier
d'une telle industrie : vidéos, DVD et cassettes audio en sont les principales
ressources. Il est d'ailleurs courant que les Indiens achètent les bandes
originales de certains films sans même les avoir vus. La musique des films
hindis fait partie de la pop du pays. Certaines mélodies de qualité
se suffisent d'ailleurs à elles-mêmes, et nombre de compositeurs à succès
(comme Sameer et Jatin Lalit) en font leurs choux gras !
Lagaan
est le tout premier film hindi à être diffusé cette année dans des salles
de cinéma d'art et d'essai en France et dans d'autres pays occidentaux.
Il a obtenu le prix du public au Festival de Locarno et une nomination
aux Oscars dans la catégorie " meilleur film étranger "… Pourquoi celui-ci
plutôt qu'un autre ? Et pourquoi s'intéresser à la production de Bollywood
seulement maintenant ? Difficile de répondre à ces questions… Il est toujours
à l'affiche en tout cas, alors allez jeter un coup d'œil sur cette fresque
historique (quand les Indes étaient colonies britanniques), longue de
3 h 40 !
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