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Nicolas Bouvier est né en 1929 à Genève, où il meurt en 1998. Enfant, il est immergé dans les livres. Grâce à un père bibliothécaire, il lit, dès l'âge de sept ans, tout Jules Verne, Curwood, Stevenson, London et Fenimore Cooper. À l'âge de huit ans, il reçoit un album fantastique, NPCK (les quatre lettres de l'élite de la chocolaterie) dont les images évoquent des pays lointains, des cartes historiques et des scènes fabuleuses : Saigon, Ceylan, Samarkand… Il dira lui-même : " À huit ans, [il traçait] avec l'ongle de [son] pouce le cours du Yukon dans le beurre de [sa] tartine. Déjà, l'attente du monde : grandir et déguerpir ". Le milieu cultivé dans lequel il grandit lui permettra de rencontrer Yourcenar, Hermann Hesse…

Au choix d'une carrière universitaire, Bouvier oppose celui des grands chemins. Son père lui donne sa bénédiction, avec pour seule condition de tout lui raconter au retour. " Les premières fois que j'ai voulu partir, je n'ai même pas eu à fuguer : mon père m'y a poussé. Lui n'ayant pas pu voyager autant qu'il le souhaitait l'a ainsi fait par procuration. "
Nicolas Bouvier va alors s'engager toujours un peu plus sur une route voyageuse et, très tôt, il s'habitue à narrer ses pérégrinations, ses errances, ses rencontres…

Un de ses plus grands voyages, il le fera accompagné du dessinateur Thierry Vernet. Ils partent pour la Yougoslavie. Les deux comparses suivent la route des Tziganes et déboulent à Kaboul. De ce voyage naîtra L'Usage du monde, récit de voyage polyphonique, devenu la " bible " du travel writing. Puis il poursuivra sa route, avec pour mot d'ordre : cap à l'Est ! De la Laponie à l'Anatolie, du Tibet au Japon, de l'Irlande à la Corée…

Nicolas Bouvier sera tour à tour poète, photographe, iconographe, homme de radio et de télévision, guide touristique en Chine (pour une petite agence de voyages culturels) et professeur. Un homme à la croisée des chemins, en quelque sorte.

Classé parmi les " écrivains voyageurs ", il pointe du doigt la vacuité des étiquettes… Lui préfère se prendre en filature en tant que " voyageur voyeur ".

Nicolas Bouvier se plaît à voyager avec une lenteur extrême. Il lui faudra trois ans pour atteindre le Japon. " J'allais plus lentement que les frères Polo ", dit-il.

C'est qu'il souhaite laisser la place à tous les hasards, car " un voyage est fait de quelques décisions que nous prenons et de beaucoup qu'on nous impose. Ces dernières sont souvent les meilleures. " Ainsi, lors de son séjour en Azerbaïdjan, la neige bloque son avancée vers l'Est. Finalement, il garde de ce séjour un souvenir inoubliable, résumant cette expérience par ces mots : " C'est ce que j'appelle la dérive ".
Alors qu'en Occident, l'abandon aux choses est considéré comme une attitude passive, en Asie, il s'agit de suivre et d'épouser le courant vital. De même le voyage, considéré comme marginal en Occident, prend une valeur noble en Asie. " (…) Le statut de nomade en Asie est souvent relié à des pèlerinages religieux. Voyager est considéré comme un projet extrêmement respectable. D'ailleurs, les différents mots qu'on utilise pour route, voyage, voyageur en patchoun, en urdu, en farsi, sont des mots nobles. "

Prendre la route, pour Bouvier, c'est déjà refuser l'establishment : " on peut s'en aller par exemple pour ne pas occuper la niche que déjà la société vous prépare, pour ne pas s'appeler Médor ".

Mais c'est aussi et surtout une quête de soi-même. " On dit souvent que les voyages sont des fuites, pour moi ce sont plutôt des quêtes. " Pour lui, voyager, c'est apprendre à mourir, ce que l'on met si souvent aux oubliettes en Occident. La route, c'est une école de l'appauvrissement et non de l'enrichissement, " comme une eau, le monde vous traverse et pour un temps vous prête ses couleurs. Puis se retire, et vous replace devant ce vide qu'on porte en soi, devant cette espèce d'insuffisance centrale de l'âme qu'il faut bien apprendre à côtoyer, à combattre, et qui paradoxalement est peut-être notre moteur le plus sûr ".

Nicolas Bouvier cherchait dans le voyage et dans l'introspection une ouverture, une échappée. Et s'il est des choses auxquelles il faut savoir dire adieu, selon Emerson qu'il cite à la fin de L'Usage du monde, " une fois les frontières franchies, nous ne reviendrons jamais plus tout à fait les misérables pédants que nous étions ".

Le vagabond a une envie irrésistible, irascible de comprendre le monde un peu mieux. " Il y a des voyants qui n'ont pas besoin de parcourir le monde pour en percevoir (…) l'héraldique secrète. Il y a aussi des voyageurs voyeurs, famille à laquelle j'appartiens, auxquels il faut le déplacement dans l'espace pour que les écailles leur tombent des yeux. "

Bouvier pratique le globe comme un exercice spirituel : " Il m'a paru bien vite (…) que la terre (…) nous était donnée comme une vaste merveille à déchiffrer. Avec trois clés reçues dans mon berceau : la lecture, le voyage et l'écriture ".




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