Le trajet en bus vers Kachgar dure trente-cinq heures. La gare de Turpan est tenue par des Chinois avec qui la communication s'avère bien plus complexe qu'avec les Ouïghours. Conscients des dangers de la route, les Chinois ont choisi la manière forte pour sensibiliser les chauffeurs. D'immenses posters de cadavres écrasés sous des pneus de camions, décapités, ou encore encastrés dans leur véhicule au fond d'un précipice décorent la gare routière. Évidemment, ça ne met pas vraiment en confiance. Et l'efficacité de la campagne reste à démontrer. La première partie du trajet consiste à rejoindre l'autoroute en traversant les montagnes. La route est sinueuse et la conduite du chauffeur laisse supposer que celui-ci tient absolument à avoir sa photo à la gare de Turpan.
Un peu avant d'arriver sur Kachgar, je change de bus, le mien ayant décidé de bifurquer directement au Sud, vers Markit et Yarkand. Je suis le seul à aller à Kachgar, et même si cela correspondait à l'itinéraire prévu, chacun préfère éviter un détour et arriver plus tôt chez lui. Le bus dans lequel j'avais embarqué était plutôt confortable, malgré un chauffage qui s'apparentait à un sauna pendant la nuit. Celui dans lequel le chauffeur m'installe est rempli de Ouïghours qui semblent tous habiter là depuis une semaine. Le sol est jonché de détritus, mégots, graines de tournesol, le fond du bus est plein de cartons dans lesquels des poules font un barouf d'enfer, les hommes fument à qui mieux mieux, et le véhicule ne semble tenir entier que par la force des dernières traces de peinture. Allah est grand ! Il faudra six heures pour parcourir les derniers 200 km.