Le Laos, au fil du Mékong

Marina Skalova
par Marina Skalova

14 mars 2012

Mekong Bateau Laos
© ggfoto - Adobe Stock
Au Laos, on surnomme le Mékong, troisième fleuve d'Asie, la « mère des eaux ». D’une longueur totale de 4 800 kilomètres, il traverse, en les séparant parfois, six pays – la Chine, la Birmanie, la Thaïlande, le Cambodge, le Vietnam et le Laos –, qu’il sillonne du Nord au Sud.

Au « pays du million d’éléphants », il est au cœur de la vie quotidienne des habitants. Source d’enchantement mais aussi zone d’enjeux stratégiques, il offre à voir les multiples facettes du Laos.

De la somptueuse Luang Prabang aux 4 000 îles de Siphandone, cet axe de communication majeur relie les plus beaux sites du pays. Au fil du fleuve, une diversité étourdissante de visages et de paysages se dévoile… Celle du Laos, vue du Mékong.
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Mékong, mère des eaux

Commerce Mékong
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Mae Nam Khong… La mère des eaux. C’est ainsi que les Laotiens appellent le Mékong, à la fois fleuve sacré et force vitale de la région. Il s’élance depuis les monts du Triangle d’or, puis ondule jusqu’aux cascades abondantes de Siphandone, dans le sud, là où ses courants sont tellement puissants que la terre se morcelle en une infinité de petits îlots. Lieu de magie et de mystère, entouré de légendes, le Mékong est l’axe de circulation principal et l’artère vitale du pays.

L’eau, c’est la vie. C’est ici une évidence. Tout au long du Mékong, un écosystème unique au monde a pu voir le jour, abritant une faune et une flore d’une diversité extraordinaire. À la manière de vaisseaux sanguins, les affluents du Mékong irriguent le pays en profondeur. Les cultures prospèrent, les rizières resplendissent d’un vert éclatant.

Tout comme la culture du riz, la pêche joue un rôle phare. Le mode de vie des multiples communautés de pêcheurs est entièrement rythmé par le fleuve depuis des siècles. Il est aussi le berceau de diverses traditions artisanales, du tissage de la soie à l’industrie de la noix de coco.

Avec ses innombrables canaux, le Mékong est une voie de communication pour les riverains, mais aussi un carrefour commercial de premier plan. Au cœur des relations entre le Laos et les pays frontaliers, il est le poumon de la vie économique de la région. Aujourd’hui, il est au centre de différents projets d’aménagement routiers d’une part, énergétiques de l’autre.

Sur l’impulsion de la Chine, onze barrages hydro-électriques sont en voie de construction au Laos, future « pile électrique » de l’Asie. Ces transformations affectent profondément la vie du fleuve. Le Mékong, matrice nourricière de l’Asie… Oui, mais pour combien de temps encore ?

Luang Prabang, splendide et surannée

Luang Prabang
Luang Prabang © davidionut - stock.adobe.com
Depuis la frontière avec la Thaïlande, à Huay Xai, des ferries mènent vers Luang Prabang (photo). Au cours de la traversée, chahuté par les flots, on observe la vie sur le fleuve : maisons flottantes, buffles, vie villageoise... Au confluent du Mékong et de la Nam Tha, se dresse l’ancienne capitale royale, lovée au creux de la presqu’île formée par les deux fleuves.

Autrefois au cœur de l’empire du million d’éléphants, Luang Prabang, classée depuis 1995 au patrimoine mondial de l’UNESCO, abrite un héritage architectural et religieux d’une beauté saisissante. Ici, tout n’est que splendeur et émerveillement. En flânant sur les berges du fleuve, on goûte une atmosphère d’une douceur inouïe. Les temples évoquent des maisons de contes de fées.

Le Wat Xieng Muan, ancien monastère transformé en école d’art par les moines, éblouit par ses fresques multicolores et les pièces de mosaïque apposées en relief sur la façade. Le temple le plus célèbre, le Wat Xieng Thong frappe par sa douce magnificence, avec ses murs roses et rouges gravés d'enluminures dorées et de mosaïque de verre (« l’arbre de l’Illumination »).

En suivant les vagues de bonzes qui partent recueillir des offrandes au lever du soleil, on accède à des escaliers surveillés par deux dragons. Des arbres tarabiscotés jonchent la montée vers le Mont Phou Si et le Tat What Chomsi, stupa surmonté d'une flèche dorée dominant la ville. Montagnes karstiques plongées dans la brume, effluves majestueuses du Mékong, temples… D’ici, on jouit de la vue la plus incroyable de tout le Laos.

Luang Prabang n’est pas le Laos, loin de là. Plutôt une ville de rêve, suspendue dans un ailleurs temporel, un espace-temps mythique. À l’évanescence cristalline, elle envoûte par sa beauté subtile et délicate. C’est dans cette fragilité que réside son charme, à la fois généreux et drapé de mystères. Tout en silences, à l’image du Laos.

Vientiane, capitale zen

Pha That Luang
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Que l’on glisse sur le Mékong en bateau ou zigzague sur les routes montagnardes en bus, le voyage vers Vientiane est loin d’être de tout repos. À l’arrivée, Vientiane semble la capitale la plus zen d’Asie du Sud-Est. Ici, ni embouteillages tentaculaires, ni gratte-ciel vertigineux. Seules quelques enseignes occidentales, trônant aux cotés de vieilles bâtisses de style soviétique, témoignent d’une entrée timide dans la mondialisation.

Vieilles berlines décapotables, devantures décaties datant du temps de l’Indochine… La ville, bercée par une langueur teintée de mélancolie, dégage une atmosphère des années 50. Vientiane s’ouvre tout doucement, en regardant, de l’autre côté du Mékong, le développement frénétique du voisin thaï, relié à la ville par le pont de l’amitié lao-thaïlandaise. Les berges du fleuve, très appréciées par les jeunes couples laotiens, invitent à la flânerie.

Symbole national, le Wat That Luang (photo), littéralement « stupa honorable », est le monument religieux le plus important du pays. Le Wat Sisaket, quant à lui, est le monastère le plus ancien de Vientiane. Il abrite une collection remarquable de plus de 10 000 figurines de Bouddha, tous styles et époques confondus. Le Wat Ho Phra Kaeo abrite le musée d’art sacré de la ville, mais c’est le Wat Simuang, qui est le plus visité, notamment par les femmes enceintes, auxquelles il est réputé offrir sa protection.

Dans les environs, le Xieng Khuan, dit Buddha Parc, jalonné de gigantesques sculptures surréalistes, a été édifié en 1958 par l’artiste laotien Boun Leua Soulilat. Son œuvre fascinante entrelace les différentes religions asiatiques. Autre escapade intéressante dans la banlieue de Vientiane : la brasserie de Beer Lao. C’est là que l’on produit la fameuse bière, qui fait la fierté des Laotiens de tous les âges !

Le Centre : le Laos des plaines

Tham Kong Lo
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En aval, à 300 km de Vientiane, autour de Tha Khek, le centre du Laos est parsemé de grottes nichées dans des montagnes karstiques. Tels des monstres de pierre, d’impressionnants jaillissements rocheux, recouverts de jungle, jonchent la route serpentine qui mène vers Tham Pha Pa. Cette caverne obscure recèle plus de 229 statues de bronze de Bouddha. Ceux qui sont motorisés pourront ensuite s’aventurer à l’est de la route 12, qui regorge d’autres lieux intrigants.

De quoi se mettre l’eau à la bouche avant de découvrir Tham Kong Lo (photo), une grotte longue de 7 km, qui sommeille au cœur d’un impressionnant bloc de roche. Cette cavité gigantesque, traversée par la Nam Hi Bun, un affluent du Mékong, est striée de coulées de pierre. Stalagmites et stalactites s’entrelacent, gravant des formes tortueuses dans la roche. C’est l’un des multiples trésors que recèle la ZNP de Phu Hin Bun, un immense territoire naturel, où forêt pluviale et formations karstiques s’entrechoquent.

Plus au sud, Savannakhet est le point de départ de nombreux treks d’écotourisme, notamment vers la forêt sacrée de Dong Natang où vivent des peuples katang. Troisième ville du pays, elle est au cœur de l’axe qui relie le Vietnam, la Thaïlande et le Laos, via le Mékong. Ici, le fleuve joue le rôle d’un carrefour commercial de premier plan, sur lequel s’engouffrent barques et bateaux surchargés de marchandises.

Malgré l’affluence, Savannakhet est une sympathique cité au charme provincial. Avec ses ruelles verdoyantes, son architecture en damier et ses bâtiments coloniaux, elle évoque Luang Prabang, sans temple ni touriste. Une ville tranquille, où l’on observe le ballet des tuk-tuks et des chiens errants en faisant un brin de causette avec les cuisinières qui s’affairent sur des poêles à charbon, le long des berges...

Le Sud : temples khmers, plantations et cascades

Wat Phou Champassak
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Au fur et à mesure que l’on se laisse dériver vers le sud du Laos, le rythme devient de plus en plus détendu. Dans les campagnes du Champassak, on vit sans se presser, enveloppé par une sorte de gaieté léthargique.

Le plus important temple khmer du pays, le Wat Phou Champassak (photo) se trouve ici, au pied de la montagne sacrée du Phou Kao. Depuis le Xe siècle, ce sanctuaire, aux origines hindo-bouddhistes, est l’un des plus vénérés du pays. Des ruines sont disséminées dans la campagne, encerclant un lac aux teintes cristallines, où se reflète le vert des rizières. L’harmonie de l’ensemble crée un effet pictural percutant.

À partir de là, rien de tel qu’une escapade en moto pour rejoindre le Plateau des Bolovens, qui s’étend sur 200 km entre Paksé et Tat Lo. Une expérience de nature à l’état brut, dans les régions les plus sauvages et inexplorées du Laos où, ça et là, jaillissent des cascades à la beauté vertigineuse. À Tad Fan, des rafales aquatiques s’abattent sur la nature, plongeant sur plus de 120 m. Plus au Sud, le gigantisme des chutes de Tad Suong, auxquelles l’on accède après une pérégrination aventureuse à travers la jungle, évoque les monumentales chutes d’Iguaçu.

En admirant les paysages époustouflants le long de la route, on slalome dans des flaques de boue, suivis à la trace par des cochons de lait qui gambadent gaiement. De villages en villages, les plantations de café se succèdent. Bien que réputé être l’un des meilleurs du monde, le café laotien est cultivé dans les contrées les plus reculées et les plus pauvres du pays, celles du Saravane et de l’Attapeu. Ces régions, demeurées rigoureusement traditionnelles, sont aussi celles ou la diversité ethnique est la plus importante : ethnies lao laoum et soung, peuples môn-khmers… Un vrai kaléidoscope de cultures.

Les 4 000 îles de Siphandone

île du Mékong
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Un jour, la terre s’est fragmentée, lézardée. Depuis, une multitude d’ilots épars, de bouts de terre sporadiques, flottent sur le Mékong, chaotiquement dispersés au gré du fleuve. Il s’agit des 4 000 îles de Siphandone. Dans une errance désoeuvrée, arbres déracinés et buissons apatrides vagabondent sur les flots. Les buffles, vaches et autres animaux paissent paisiblement, sur ces fragments à la dérive, au milieu de nulle part.

Don Khône (photo), la plus grande des îles, a été la première à s’ouvrir au tourisme. Elle a été suivie par l’ensommeillée Don Det qui est devenue le rendez-vous des fêtards, avec ses innombrables restaurants et bars à la carte. De l’autre coté de l’immense pont ferroviaire bâti par les Français au XIXe siècle, Don Khong, plus calme, invite les voyageurs en quête de sérénité. À pied ou à vélo, on arpente ses rizières presque fluorescentes, d’où l’on voit surgir, quelquefois, des huttes en bois sur pilotis.

Après avoir essayé d’apercevoir les dauphins d’eau douce enfouis dans les profondeurs du fleuve et goûté au délicieux poisson grillé du fleuve, une apathie cotonneuse nous envahit. Ici, il n’y a rien à faire. Seulement se laisser voguer en contemplant le Mékong et ses eaux boueuses, qui s’écoulent avec la lenteur d’un hippopotame.

Des femmes se reposent sur leurs nattes avec leurs enfants, en sirotant des noix de coco plus grosses qu’eux. De temps en temps, une barque, un pêcheur. Ils passent. En face, l’autre rive, quelques huttes en bois sur pilotis. Et au loin, la nuée des montagnes qui embrasse la jungle luxuriante. Le monde pourrait disparaitre que l’on resterait là, sur le rivage déchiqueté, à se balancer sur son hamac, en écoutant la mélodie du fleuve...

Fiche pratique

Jean-Philippe Damiani

Pour préparer votre séjour, consultez notre fiche Laos.

Comment y aller ?

Pour aller au Laos, il est presque obligatoire de transiter par Bangkok. De là, plusieurs possibilités s’offrent pour rejoindre le pays très facilement : avion, train, bus...

Pour ceux qui veulent suivre le Mékong, il faut passer la frontière au nord-ouest du pays, à Huay Xai. On peut ensuite rejoindre Luang Prabang en bateau, au cours d’une belle traversée de deux jours. Attention toutefois d’éviter les speed-boats, où la sécurité est loin d’être garantie.

Où loger ?

À Luang Prabang et à Vientiane, on trouve des hébergements de toutes les gammes et pour tous les portefeuilles. Dans le reste du pays, on loge dans des guesthouses, qui sont souvent des entreprises familiales. Il faut alors compter, en moyenne, entre 4$ et 10$ pour la nuit.

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Où manger ?

Luang Prabang est le paradis des gourmets. Capitale gastronomique du Laos, elle offre tout ce que l’on peut désirer. Les amateurs de desserts penseront absolument à goûter le khao niao mamuang, un riz gluant à la mangue et au lait de coco, absolument succulent.

Autres spécialités laotiennes à découvrir : le laap (un hachis de viande agrémenté de menthe et d’épices), le pho (soupe de nouilles de riz et de viande), les algues du Mékong, la saucisse lao et bien sûr l’incontournable lao lao, l’alcool de riz dont les laotiens raffolent.

À savoir

- Pour dire bonjour : Sabai dee - Pour dire merci (beaucoup) : Korp chai (lai lai)

La monnaie locale est le kip. 10 000 kip correspondent environ à 1€ (facile pour les calculs).

Un livre à lire : Le Mékong de Lâm Duc Hiên et Philippe Franchini.

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