Au pays du soroche

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Au pays du soroche

Arica, la Ciudad de la Eterna Primavera (« ville du printemps éternel »), est veillée par le Morro, un promontoire desséché qui domine l’océan, les plages et une plaza où se dressent une cathédrale et une ancienne douane dessinées par Gustave Eiffel. Mis à part cela, Arica n’a pas un charme fou, mais elle reste un lieu de transit obligé pour tous ceux qui se rendent au Pérou ou en Bolivie.

Le port dégorge d’ailleurs à longueur de journée un flot de camions poussifs chargés de containers qui, virage après virage, grimpent patiemment vers l’altiplano. De 0 à 4 600 mètres, le voyage est rude, la tête tourne, les tempes vrombissent, écrasées par le poids du soroche — le mal de l’altitude. Faut-il y voir la cause de tant de croix plantées le long du chemin, de tant de carcasses éventrées ?

Fuyant la « civilisation » — comme elle se désigne elle-même —, Andrea et Alex sont montés, eux aussi, pour poser leurs sacs en plein désert, à 3 200 mètres d’altitude. Alimentés par l’énergie solaire et éolienne, abreuvés par les rares pluies d’été, ils ont installé leur campement dans un vieux wagon et donné naissance à six enfants, grandis au grand air, sans chauffage, sans télé, sans école (mais pas sans éducation) et sans alter ego. Leur havre, ils l’ont baptisé Pueblo de Mallku. Andrea y presse les figues de Barbarie, fait le mate de coca (succulent), cuit son pain de quinoa pour les voyageurs de passage et alimente aussi les conversations : oui, on peut tout plaquer, cesser de courir après le temps.

Plus haut, vers Putre, la montagne reverdira — un peu. Les vigognes reparaîtront, plus nombreuses que jamais. Dans le grand enclos du Bofedal de Parinacota, semé de lacs, elles paîtront librement aux côtés des alpagas et des lamas. Et, dans les plans d’eau, se refléteront les cônes blancs, parfaits, des volcans andins.


Texte : Claude Hervé-Bazin. Photo : Claude Hervé-Bazin



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