Mexique, les plages du Pacifique

Claude Hervé-Bazin
par Claude Hervé-Bazin

15 novembre 2013

Mexique Zipolite
Plage Zipolite © javarman - stock.adobe.com

Au sud d’Acapulco, le Mexique déroule une côte immense : plus de 800 kilomètres de falaises, de lagunes, de cocoteraies et de plages baignées par les eaux tièdes - mais souvent agitées - d’un océan pas toujours aussi pacifique que son nom voudrait le faire croire. Mexico est à 4 heures de route, les États-Unis à 2 heures d’avion.

 Acapulco, la bruissante capitale de la riviera mexicaine n’est plus ce qu’elle était. Un rapide coup d’œil à la « plus belle baie du monde » et, déjà, l’envie de découvrir d’autres horizons, plus sereins, se fait sentir.

Cap au Sud, donc, jusqu'à l'isthme de Tehuantepec où s'arrête le Mexique. Un fantastique voyage, de plage en plage, où l'on croise des lieux mythiques comme Puerto Escondido, Zipolite ou Puerto Angel.

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Acapulco, la plus belle baie du monde ?

Acapulco
Acapulco © qojoo - stock.adobe.com

Acapulco doit sa renommée au cinéma des années 1950 et aux acteurs de l’âge d’or d’Hollywood, comme John Wayne, Cary Grant, Errol Flynn et Johnny Weismuller (alias Tarzan).

Tombés sous le charme des falaises plongeant dans l’océan, ils ont fait construire leur propre hôtel au sommet. Ils le baptisèrent Los Flamingos et le peignirent en rose. Ceux qui y séjournaient, soir après soir, se retrouvaient devant un bon coco loco. La mode était lancée...

Six décennies plus tard, la jet-set a filé, les jet skis ont débarqué, bourdonnant à travers les 5 kilomètres de la baie, aux eaux pas très claires. Plus de paillettes pour Acapulco, mais des hordes de papys-mamies et de jeunes Ricains débarquant pour un spring break très sea, sex and sun.   Pour accueillir tout ce petit monde : 19 000 chambres d’hôtels et 25 000 condominiums.

Que reste-t-il ? Le vieux fort San Diego, bâti par les Espagnols pour veiller sur les galions revenant d’Asie. L’admirable fresque de Quetzalcoatl, le serpent à plumes, réalisée en 1955 par le peintre Diego Rivera sur le mur extérieur de la villa de Dolores Olmedo. Et, bien sûr, les plages. La Condesa, QG de la fiesta ; los Hornos, plus popote ; les Caleta et Caletilla, tapissées de bambins et de mamas.

C’est à deux pas, à La Quebrada, que les clavadistas (plongeurs) font leur cinéma. Un rapide coup d’œil, pour s’assurer de l’arrivée de la vague, un signe de croix et c’est parti, jusqu’au grand splash final, 2 secondes et 35 mètres plus bas. Pour trouver moins populeux, il faut dépasser l’orée de la baie : à Puerto Marqués, semée de palapas (paillotes), à Revolcadero, où s’étend le nouveau ghetto de luxe d’Acapulco.

Puerto Escondido : plus si caché que ça…

Puerto Escondido Plage Mexique
Plage de Puerto Escondido © jzajic - Adobe Stock

Après Acapulco, le no man’s land — ou presque. Huit heures de bus de nuit, histoire d’économiser l’hôtel. Au petit matin, la lumière dorée nappe une campagne tropicale semée de palmiers, puis de villas.

En 1970, Puerto Escondido ne comptait guère que 500 habitants, pêcheurs pour la plupart, disputant leurs ressources aux colères du Pacifique et à l’appétit des pélicans. Quelques gringos s’arrêtèrent pour surfer. Certains restèrent. Et le « port caché » devint station balnéaire, sa population multipliée par cent.

Des hôtels ont poussé face au tapis de sable grisâtre de la Bahia Principal, où se baignent les familles et dodelinent les dizaines de barques blanches des pêcheurs. Pas de Sheraton, ni de Hilton, rien qui ne dépasse encore le sommet des cocotiers. Mais tout un tas de petits établissements familiaux et quelques 3-étoiles.

L’après-midi, balade au large, avec le señor Ramírez. Le regard scrute l’horizon, bleu dessus, bleu dessous, à la recherche du premier aileron. Pas de tiburón (requin), rassurez-vous ! Rien de rien. Et soudain, après une demi-heure de mer,  sous nos yeux, un banc de poissons est en train de se faire dévorer. Un masque, un tuba et on voit leur monde à l’endroit.

Les eaux de Puerto Escondido abritent quatre espèces de dauphins. L’hiver, ils sont si nombreux que certains affirment en avoir vu des centaines en une seule journée ! Et des tortues aussi. Question de chance…

Siempre surfeando

Surf playa Zicatela
Surf playa Zicatela © Matthias - stock.adobe.com

Grâce au surf, Puerto Escondido est entré dans la légende. Une légende en constante évolution, qui se raconte autour d’une bière ou d’un jugo (jus), au Cafecito, au gré des vagues et des saisons.

On vous y contera le bonheur de surfer le beach break rapide et sans pardon de la plage de Zicatela (alias Mexican Pipeline), qui explose souvent en gerbes. Pas de baigneur assez fou pour tâter de ces eaux vigoureuses.

Zicatela n’est rien, pourtant, comparé à la gauche de Far Bar. Plus d’eau, moins de sable là-bas, mais un courant qui déporte et des gamelles qui conduisent parfois jusqu’à l’hôpital... Les plus gros des tubos débarquent l’été, avec les pluies, le vent et les Européens.

Zicatela s’est taillé une place dans la liste des spots mondiaux. La crème de la crème, comme disent les Américains (l’accent en prime), s’y retrouve en août, puis à nouveau en novembre, pour deux compet’ de haute volée. La Casa Babylon déborde et le Bar Fly dégorge alors jusqu’à l’aube ravers et chicas bronzées, lessivés par une interminable nuit de fiesta.

Les inconditionnels du silence dérivent vers Brisas de Zicatela, tout au sud de la plage. On s’y installe pour 100 malheureux pesos (6 euros) dans une cabaña sur pilotis, sous un toit de palmes léché par les frondes des grands cocotiers.

Zipolite, Z comme Zorro

Zipolite
Zipolite © fotoember - stock.adobe.com

Après Zicatela, Zipolite. Le surf trip se poursuit sur cette autre plage mythique, 2 kilomètres de sable fin et clair, qui a grandi avec les hippies, pour devenir l’une des Mecque du Mexico gay.

On la rejoint par Pochutla, avant de sauter dans une camionnette bâchée qui descend jusque-là. Quelques bâtiments en dur ont poussé, plus résistants aux ouragans, mais la civilisation n’a pas encore trop empiété.

Pas (ou presque) de téléphone ici, même portable. Sur le rivage, une brochette de posadas (auberges), la plupart en bois et palmes, jouent encore les repaires pour tout un hiver. On y dort par terre, sur un matelas, ou dans un hamac.

Tout ici, se fait les pieds dans le sable : dormir, manger, danser. Et, le soir venu, on trinque autour d’un feu, guitare en main, à l’ombre des dunes légères, tandis que le soleil s’enfouit sous l’horizon orangé.

Le lendemain, vers 11h — jamais trop tôt — les choses sérieuses recommencent. Au programme : un beach break, encore un, court et violent, lui aussi, qui n’admet aucune erreur, même minime. Aucun hasard si, en mazatèque, Zipolite signifie « plage des morts »...

Ceux que les conditions inquiètent se contentent d’apprivoiser les carrés de sable. Sur la playa del Amor, au fond d’une crique timide, la baignade est plus sûre et les maillots tout à fait optionnels. Un souvenir du temps où Zipolite était 100 % nudiste. 

Mazunte, sous le signe de la tortue

Mexique Mazunte
Mazunte © Suzanne Plumette - stock.adobe.com

Si Puerto Escondido est l’Acapulco de jadis, si Zicatela est le Puerto d’autrefois, alors Mazunte est le Zicatela que tous regrettent… Pas de vrai village ici, mais des cahutes éparpillées dans la jungle, quelques rues poussiéreuses de terre et de sable et une plage si épais que l’on s’y enfouit. On la partage avec pélicans et tortues.

Dans les années 1970, Mazunte possédait son propre abattoir à tortues… Une première interdiction du ramassage des œufs, en 1971, resta très théorique et il fallut attendre les années 1990 pour voir vraiment la fin du massacre.

Aujourd’hui, le Centro mexicano de la Tortuga veille. Grâce à lui, les animaux sont revenus : on a compté jusqu’à près d’1 million de tortues olivâtres sur la plage d’Escobilla, devenue réserve intégrale ! Elles débarquent en masse quelques jours après la pleine lune, entre février et mai, puis à nouveau en été. On appelle ces déferlements des arribadas. À d’autres périodes, on croise tortues carets, luths et prietas (vertes).

À La Ventanilla, les habitants ont organisé une coopérative d’écotourisme. Les gardes invitent à les suivre dans leurs patrouilles, lorsqu’ils récoltent les œufs pour les placer dans des incubateurs, ou relâchent les bébés après leur naissance.Un instant magique.

Ils organisent aussi des excursions en barque dans l’estuaire du río Tonameca, à travers la mangrove peuplée de cocodrilos, de hérons et autres aigrettes. On peut loger et manger sur place — une bonne manière d’encourager le développement durable.

Puerto Ángel

Puerto Ángel
Puerto Ángel © Roberto Romanin - stock.adobe.com

Au fond d’une jolie baie verdoyante gardée par de timides pains de sucre, une longue plage se déroule, semée de barques colorées. Puerto Angel, « le port de l’ange » est bien un port, vivant, actif — pas une station balnéaire. Son long muelle (jetée) dit bien de quoi il retourne : ici, on est pêcheurs de père en fils.

Le soleil n’a pas encore atteint la plage que, déjà, un attroupement s’est formé. Partis relever leurs filets avant l’aube, les pêcheurs reviennent les uns après les autres, lançant leur moteur à fond pour mieux laisser glisser leur embarcation sur le sable humide.

Les habitués, restaurateurs en tête, louchent sur les plus belles prises. Pas de pez vela (espadon-voilier) ni d’espadon aujourd’hui, mais quelques huachinangos (vivaneaux), un cazón d’un bon mètre (requin) et des thons albacores, surtout — petits et moins petits. Déjà, les femmes ont sorti leur balance de main : un compteur, un crochet et puis voilà. Vingt pesos le kilos (1,25 € !).

Les thoniers industriels sont la plaie de Puerto Ángel. Théoriquement tenus de lancer leurs immenses filets dérivants à plus de 10 milles au large, ils n’ont cure des règlements et soudoient les autorités locales pour qu’elles ferment les yeux… Et tant pis si tortues, dauphins et raies sont pris dans la nasse. Les affrontements avec les pêcheurs locaux, privés de leurs ressources, ont souvent dégénéré. À coup de fusil parfois. Comment lutter contre ces géants malfaisants qui repèrent les bancs d’hélicoptère ?

Vers l’isthme de Tehuantepec

Huipile
Huipile Tehuantepec © Amelia - stock.adobe.com

Passé l’artificielle Huatulco, la plus orientale des stations balnéaires du Pacifique Sud mexicain, la forêt règne en maître. Une forêt sèche aux arbres étranges, nus comme des vers lorsque, l’hiver, pour économiser l’eau, ils laissent tomber les feuilles et ne produisent que de gros bouquets de fleurs rouges ou jaunes…

Voilà 200 kilomètres à traverser d’une quasi virginité, entrecoupée de pas mal de virages et de villages sans âge.  S’y arrêter ? Une petite aventure. Chercher une moto-taxi du regard et, s’il n’y en a pas, caracoler à pied, pendant quelques kilomètres, vers la plage la plus proche. Pas un touriste, pas même un surfeur ici. Juste quelques palapas, le sable doux et les vagues qui chantent.

Le voyage se termine là où le Mexique se serre la ceinture : Tehuantepec et son isthme, pas si étroit que cela en vérité.  Au marché, les tehuanas, ces matriarches vêtues d’un huipile (blouse) brodé de fleurs,  haranguent les foules pour vendre leur viande d’iguane au marché.

Leurs formes girondes cachent un caractère bien trempé, qui inspira à Frida Kahlo plusieurs tableaux et un changement complet de garde-robe. De la tehuana, elle fit un symbole du combat des femmes au pays du machismo et traîna ici Diego Rivera, puis André Breton.

Quel rapport entre Tehuantepec et les surréalistes ? La notion, peut-être, que réalité et rêves se rejoignent parfois. Loin des fastes artificiels d’Acapulco et proche d’un quotidien où le visiteur fait encore figure d’exception.

Fiche pratique

Plage Mexique
© Elzbieta Sekowska - stock.adobe.com

Pour préparer votre séjour, consultez notre fiche Mexique.

Office du tourisme du Mexique (en anglais)

Comment y aller ?

Si l’on ne craint pas de devoir passer la douane lors du transit aux États-Unis, on peut emprunter une compagnie américaine pour rejoindre Acapulco, Puerto Escondido ou Huatulco (800-900 € l’aller-retour).
Autres options pour Mexico avec Iberia, Air France, Aeromexico, etc. De la capitale, service de bus pour Acapulco.

Quand y aller ?

C'est idéalement entre octobre et avril que l'on se rend au Mexique, éventuellement jusqu’en mai sur la côte Pacifique. Le soleil est alors au rendez-vous, jour après jour. Quant à la température de l’océan, elle atteint généralement 27° à 29 °C, une sinécure !

Où dormir ?

Il y en a pour tous les goûts et c’est bien ce qui fait (aussi) le charme du Mexique : 5-étoiles patentés d’Acapulco, resorts (complexes balnéaires) à l’américaine vivant en vase clos, simples petits hôtels des centres-villes aux chambres brutes de décoffrage et, tout au bout de la route, au-dessus du sable, des paillotes sur pilotis humant bon les palmes séchées.

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