Bulgarie, la mosaïque des Balkans

Charlotte Nicollet
par Charlotte Nicollet

04 octobre 2011

Charlotte Nicollet
Cap sur la Bulgarie, le pays de Sylvie Vartan, des yaourts et des jolies filles… Mais encore ? On connait finalement peu de choses sur ce petit pays balkanique. Autrefois, seuls quelques routards chevronnés osaient s’aventurer dans l’une des dernières Terra Incognita des Balkans. Aujourd’hui, destination bon marché, l’essor touristique profite surtout aux stations balnéaires de la mer Noire.

Mais une autre Bulgarie demeure, quant à elle, intacte, respectueuse de ses traditions, de son patrimoine naturel et culturel. Hautes montagnes pour le ski, la balnéothérapie et la randonnée, plages pour le farniente, monastères et villes-musées pour la culture, la Bulgarie a plus d’un tour dans son sac pour séduire le voyageur.
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Sofia, le melting-pot culturel

Charlotte Nicollet
Avec son allure de ville-brouillon, jamais tout à fait achevée, Sofia dévoile ses trésors à celui qui veut bien la découvrir. Avec pour devise « grandir sans vieillir », cette ville au nom de Sainte est un étonnant melting-pot culturel. Ville de l’Est ? Ville balkanique ou ville europenne ? Sofia est un peu tout cela à la fois.

Ne cherchez pas l’harmonie des couleurs ni des formes. Le minaret de la mosquée Banya Bashi, les coupoles éclatantes de la cathédrale Alexandre-Nevski (photo) et les nombreux gratte-ciels de la ville moderne se partagent le ciel sous le regard de la montagne Vitocha. La ville confond les cultures et les époques. Son histoire y est pour beaucoup. D’abord thrace, puis romain, byzantin, ottoman et bulgare, le centre-ville a conservé les traces de son riche passé. Issus des Proto-bulgares et des Slaves, les Bulgares forment une des plus anciennes civilisations d’Europe. À cela s’ajoutent les minorités rom, arménienne, macédonienne, grecque, turque et juive.

À Sofia, passé et présent cohabitent sans heurt. Ainsi, le paisible boulevard Vitocha rencontre l’affreux palais de la culture NDK. Conçu par des architectes japonais dans les années 1980, ce géant sorti de terre a fini par trouver sa place. Aujourd’hui, son parc est devenu l’un des lieux de promenades favoris des Sofiotes. On s’y retrouve pour discuter entre amis et déguster ces énormes parts de pizza accompagnées de ketchup et mayonnaise dont les Sofiotes raffolent.

À la rencontre des Sofiotes

Charlotte Nicollet
Le mélange des genres semble être la marque distinctive de Sofia. La rotonde Saint-George et ses ruines romaines sont encerclées par le bâtiment de la Présidence et l’hôtel Sheraton. Un marché d’antiquités s’étend au pied de la très sainte cathédrale Alexandre-Nevski. Du jardin des Docteurs au parc du Théâtre national Ivan-Vazov dans lequel les joueurs d’échecs aiment s’affronter (photo), un petit musée à ciel ouvert s’offre au visiteur. La Bibliothèque nationale Saint-Cyrille-et-Méthode, l’université Kliment-Ohridski, l’Assemblée nationale, l’Église russe Saint-Nicolas et l’Académie des sciences bulgares ne sont qu’à quelques mètres les unes des autres.

Pour aller à la rencontre des Sofiotes, il faut se rendre dans les nombreux parcs et marchés de la ville. Situé derrière la Synagogue de Sofia, le Marché des Femmes est le plus populaire de la capitale. Roms et Bulgares s’y côtoient. Sur fond de musique Chalga, vendeurs et acheteurs échangent leur idée de recette pour préparer la meilleure shorpska salata. Les couleurs de ce plat national composé de tomates, concombres, poivrons verts, oignons rouge et cirene rappellent celles du drapeau bulgare.

Au terme de cette promenade dans le Sofia authentique, l’impression d’austérité qu’inspire de prime abord la capitale bulgare disparait définitivement pour laisser place à l’image d’une ville à mi-chemin entre histoire et modernité.

Un bol d’air pur à Rila

Charlotte Nicollet
Grâce à son patrimoine naturel exceptionnel, la Bulgarie est de plus en plus tournée vers l’écotourisme. Villages pittoresques, lacs, forêts, parcs nationaux peuplés d’une riche faune et flore, ce pays constitue un excellent terrain de jeu pour les amoureux de la nature.

Direction Rila où se trouve un parc naturel parmi les plus visités et appréciés des Bulgares. Délimitée par la vallée des rivières Iskar, Djerman, Strouma, Mesta et Maritza, Rila englobe les plus hautes montagnes de Bulgarie, à seulement une centaine de kilomètres de Sofia. Les activités sont infinies : randonnées, rafting, escalades, spéleo, alpinisme, VTT, parapente, chasse, pêche à la truite...

Pour découvrir ce lieu exceptionnel, rendez-vous à Maliovitza, le site le plus visité du massif de Rila. Dans cette partie du nord-ouest de la montagne, se trouve toute une série de lacs tous plus beaux les uns que les autres. Grâce à un télésiège qui permet d’atteindre plus rapidement le sommet, la foule se précipite pour découvrir les Sept lacs (photo), des cuvettes glacières étagées à différentes altitudes. Plus difficilement accessible, la cascade de Skakavica, avec ses chutes d’eau de plus de 70 mètres de hauteur, est un cadeau de la nature. La pureté de son eau est exceptionnelle. De nombreux chalets et refuges se trouveront sur votre chemin. Vous pourrez donc parcourir la montagne à votre rythme.

Au lendemain matin, du bas de la montagne, vous entendrez peut-être l’un de ses merveilleux chants orthodoxes qui s’élèvent vers le ciel depuis le monastère de Rila. L’office du matin est un moment rare dans la vie du monastère. Le silence qui y règne invite au recueillement. Après dix heures, le monastère n’est plus le même. L’ambiance est nettement plus touristique. Reprenez votre marche pour vous rendre sur la tombe du fondateur du monastère Saint-Jean-de-Rila. Enfin, ne quittez pas ce haut lieu de spiritualité sans vous rendre à la source magique de saint Lucas où l’on peut faire un vœu.

Plovdiv cosmopolite

Charlotte Nicollet
Deuxième agglomération du pays, Plovdiv, située à 150 kilomètres à l’est de Sofia, est un véritable musée architectural à ciel ouvert. Riche de vingt-quatre siècles d’histoire, la ville aux collines est une étape culturelle majeure. Née de la grande civilisation thrace, la ville s’est enrichie au fil des siècles des présences romaine, bulgare et ottomane. Sur le flanc de la colline, le théâtre romain (photo), construit par Trajan au IIe siècle est certainement l’un des plus beaux sites archéologiques de la ville.

Mais Plovdiv n’est pas que cette ville-musée. Sa richesse est avant tout humaine. Dans Abraham le Poivrot, Angel Wagenstein, l’enfant du pays, fait renaitre le Plovdiv cosmopolite quand Bulgares, Armeniens, Juifs, Turcs et Roms vivaient ensemble dans le respect mutuel. Depuis, les Juifs ont fait leur Alyah en terre d’Israël, les Turcs sont rentrés en Turquie. Seuls les Roms et quelques Arméniens sont restés. Mais si les hommes sont partis, les murs restent.

Le chant du muezzin s’élevant vers le ciel depuis la mosquée Djoumaia rappelle le passé ottoman. Cinq siècles de domination turque ne s’effacent pas d’un trait de plume. Un peu plus au nord de la vieille ville, près du complexe archéologique de Nebettepe, on découvre la petite église arménienne de Surp Kevork. Édifiée en 1828, l’église reste le lieu de rassemblement d’une communauté encore importante à Plovdiv. Un musée retrace l’histoire des Arméniens exilés en Bulgarie pour fuir les persécutions turques.

Rue Tsareva-Livada, la nouvelle synagogue est le seul bâtiment qui nous rappelle l’existence de ce vieux quartier juif d’Orta Mezar. Aujourd’hui, la petite communauté de 500 personnes s’est dispersée dans les autres quartiers de la ville, mais quelques maisons ont gardé les traces de cette présence juive. Un mémorial remercie les Bulgares qui ont eu le courage de protéger cette communauté pourchassée par les nazis.

Concernant la communauté des Roms, il est difficile de parler de quartier sans parler de bidonville ou de ghetto. Autrefois nomades, ils se sont sédentarisés mais restent une communauté mal acceptée en Bulgarie.

Koprivchtitsa, pèlerinage révolutionnaire

Charlotte Nicollet
Assis sur un banc, sa canne à la main, un vieil homme raconte à qui veut bien l’entendre l’histoire de son village au nom imprononçable, Koprivchtitsa, situé dans les montagnes du Balkan à une centaine de kilomètres à l’est de Sofia. Resplendissant de bonté et de sagesse, Pavel, du haut de ses 86 ans, a l’esprit vif et le cœur joyeux. L’histoire qu’il aime si bien raconter, appartient à la grande Histoire : « Il y a longtemps, dans ce petit village niché sur les versants de la Sredna Gora, à l’approche de l’été, un peuple se souleva...»

C’est ici que le premier coup de fusil, annonçant le début de l’insurrection d’avril 1876 contre les Ottomans, fut tiré. De nombreux révolutionnaires bulgares, qui y sont nés, ont gardé, tout au long de leur vie, une attache très forte avec le village de leur enfance. Aujourd’hui, leurs demeures, pour la plupart construites selon les canons du style renaissance bulgare, peuvent se visiter.

Soudain, Pavel prend un air grave. Sur son visage, on devine la souffrance de son peuple autrefois oppressé par les Turcs. Lorsqu’il évoque Todor Kablechkov et Georgi Benkovski, les deux révolutionnaires qui ont proclamé l’insurrection, son récit devient plus enflammé, plus nationaliste. Son cœur parle. Ses yeux s’animent.

Pavel nous fait penser à ces conteurs d’Afrique qui transmettent aux générations futures leur histoire qu’ils tiennent eux-mêmes de leurs ancêtres. Le long des rues grossièrement pavées et des ponts voutés de Koprivchtitsa, vous vous sentirez plonger au plus profond de l’histoire nationale de la Bulgarie.

Désormais, le village est devenu un lieu de pèlerinage hautement symbolique pour tout le peuple bulgare. Chaque année, durant les premiers jours du mois de mai, on y célèbre l’insurrection d’avril. Sur la place centrale, les festivités vont bon train. On y danse le Horo. On met en chanson les poèmes révolutionnaires les plus célèbres. Le prêtre du village se mêle à la fête. Les cœurs sont légers. Koprivchtitsa la révolutionnaire prend les allures d’un village en paix avec son passé.

Escale insolite à Veliko Tarnovo

Charlotte Nicollet

Dans la partie centrale de la Bulgarie du Nord, aux abords du Balkan, se cache une ville des plus insolites qui soit : Veliko Tarnovo (photo). Située dans un amphithéâtre de montagnes boisées, Veliko Tarnovo, la « reine des villes », aligne ses maisons perchées sur les hauteurs et comme suspendues dans le vide. Grâce au grand maître bulgare, Kolyo Ficheto, la ville s’est forgée son propre style inspiré de l’époque de la Renaissance bulgare.

En bas de cette dégringolade de maisons, se faufile la rivière de Yantra et ses multiples méandres. Pour observer ce site architectural si atypique, rendez-vous au monument aux Assen érigé à la mémoire des fondateurs de la ville, Assen et Peter. D’ici, impossible de rater ses photos. La vue sur la vieille ville est splendide. Au-delà de son architecture, la « Reine des villes » est célébrissime puisqu’elle fut la capitale du deuxième royaume bulgare entre 1185 et 1393.

Rendez-vous avec l’histoire sur la colline de Tsarevets, fantastique piton rocheux où vivaient les rois et les patriarches. C’est ici aussi que Ferdinand Ier de Bulgarie s’est rendu pour proclamer l’indépendance nationale de la Bulgarie, le 5 octobre 1908. Au sommet de la colline, l’église Saint-Sauveur, reconstruite il y a une vingtaine d’années, est ornée de fresques modernes qui ressemblent plutôt à des graffitis géants. Le résultat est surprenant, mais de bon goût. Une escapade insolite dans l’un des sites les plus extraordinaires de Bulgarie.

Farniente au bord de la mer Noire

Charlotte Nicollet

La Côte du Soleil, qui s’étend de Sozopol à Nessebar en passant par Bourgas, est devenue le triangle d’or du tourisme bulgare. L’été, des touristes venus de toute la Bulgarie mais aussi de Russie, d’Allemagne, de Scandinavie ou d’Angleterre s’y agglutinent pour découvrir les charmes de ses villages pittoresques. Mais attention, ces sites sont en danger. En seulement quelques années, les promoteurs immobiliers ont saturé le paysage côtier.

Pourtant, la Côte du Soleil possède un patrimoine hors du commun. Sur cette côte d’Azur bulgare, Sozopol a retenu notre attention. Cette bourgade de pêcheurs aux ruelles pavées est devenue la ville de prédilection des artistes. Peintres, écrivains, architectes, acteurs viennent se refugier dans ces maisons en pierre aux mille couleurs et aux vérandas de bois ornées de fleurs.

Quel dommage qu’il n’en soit pas de même pour Nessebar. L’été, les Sofiotes les plus aisés désertent la capitale pour se rendre sur les plages de Sunny Beach et de Nessebar. Le Saint-Tropez bulgare, avec ses interminables plages de sable fin, est tout de même classé au patrimoine mondial de l’UNESCO. La vieille ville, avec ses ruelles serpentines et ses galeries en bois, est un chef-d’œuvre. À éviter en été, toutefois.

Un conseil, continuez votre chemin en direction des plages d’Irakli, à seulement quelques kilomètres au nord de Nessebar où l’on peut planter la tente pour un repos bien mérité. Ici, pas d’hôtels, les plages d’Irakli, entre mer Noire et forêt, sont le royaume des amoureux de la nature et des naturistes. Tous les 1er juillet de l’année, le lieu est investi par quelques milliers de jeunes venus y célébrer le July morning. Le principe est simple et fédérateur. Au cours de cette fête nocturne, on veille jusqu’au petit matin afin d’assister ensemble au lever du soleil. Ambiance hippy garantie.

Plus au nord, les plages disparaissent pour laisser place aux falaises. C’est entre Balchik et Dourankoulak que la nature se présente dans son état le plus sauvage. À Tuylenovo, si la chance vous sourit, ce sont les dauphins qui viendront vous accueillir. De quoi apprécier l’art du farniente.

Fiche pratique

Pour préparer votre séjour, consultez notre fiche Bulgarie

Deux sites d’information sur la Bulgarie en français et en anglais

Comment y aller ?

En avion
Vols directs avec Bulgaria Air et Air France depuis Paris CDG. Vols low cost depuis Paris-Beauvais avec Wizz Air. Depuis la province, vols avec correspondance avec Lufthansa, Austrian Airlines

En bus Deux liaisons par semaine avec Eurolines, compter plus de 36 h de trajet.

Où dormir ?

Sofia
Hôtel Niky : doubles entre 45 et 50 €, suites de 65 à 105 €.

Plovdiv
Hôtel Dafi : doubles à 52 € petit dej compris, suite et studios de 66 à 75 €.

Rila
Dans le monastère, bureau d’accueil près du musée. Enregistrement à partir de 14h. Selon confort, de 5 à 15 €.

Koprivchtitsa
Bounchoba House : 088-726-80-69. Doubles à environ 20 €, appartement pour deux 25 €, et pour trois, 30 €.

Veliko Tarnovo
Mehana Gourko, E-mail : hotel_gurko@abv.bg. Double à 50 € avec petit dej.

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