Finlande : en Laponie, au pays des Samis

17 juin 2010

Tout est plat sur la taïga, immense paysage de tourbières, de lacs et de forêts. Il y a de l’or, des aurores boréales magiques, le soleil à minuit et des rennes par milliers.
Les Samis de Laponie ne seraient-ils pas les derniers gardiens d’une nature à apprécier à sa juste valeur ?
Les Lapons ne sont pas tous des Samis

La Laponie, ultime désert nordique, couvre une partie du cercle polaire européen. Les Samis, peuple aborigène, sont répartis en Laponie de Norvège (40 000), Suède (20 000), Finlande (9 000) et Russie (3 000). Ils parlent six dialectes différents et c’est à cela que l’on reconnaît leur provenance.
Le pays des Samis finlandais est situé à 1 000 km au nord d’Helsinki, à la hauteur de Mourmansk. Il est traversé par la route E75, de Sodankylä au sud, Ivalo et Saarisekä au centre, Kaamanen et Inari au Nord. Il comporte des lacs étendus tels Inarijärvi et Lokan, et des forêts immenses.
Situé au nord de Rovaniemi, la « ville du père Noël », le pays Sami est sur la route du pôle Nord qui attire de nombreux touristes dont les Japonais, persuadés des pouvoirs bénéfiques des aurores boréales et du magnétisme polaire, notamment pour les jeunes mariés...
La langue same, enseignée dans des écoles locales, bénéficie d’un statut spécial. Inari est le siège du parlement des Samis finlandais, au simple rôle consultatif. Les représentants sames peuvent néanmoins alerter l’ONU en cas d’atteinte à l’intégrité de leur territoire et à leur mode de vie, ce qui est déjà arrivé lors la construction d’un barrage ou de coupes massives en forêts.
Une culture en voie de disparition

Depuis une vingtaine d’années, les Samis habitent des maisons comme vous et moi et sont habillés à l’européenne. Il y a moins de 10 000 ans, les Samis se déplaçaient sur la totalité du territoire finlandais en suivant leurs troupeaux de rennes. Le chamanisme, remplacé plus tard par la religion luthérienne, était alors leur pratique. Cette vie nomade s’arrêta peu à peu à la fin du XIX° s.
Ils ne sont plus que 10 % aujourd’hui à vivre de l’élevage du renne qui a marqué leur culture. Nombreux sont donc les Samis ayant une autre profession dans le tourisme, le bâtiment ou les transports. Ils ont tous des motos-à-neige en hiver, et rentrent chez eux le soir. « C’était mon père qui avait un traîneau à rennes. Les traîneaux à chiens huskies, c’est au Canada et au Groënland ! », explique Maaret Matthus.
La culture same est en voie de disparition, même si les Samis portent encore fièrement leur costume national lors des fêtes traditionnelles ou chez eux pour les grands moments familiaux. S’ils aiment le tango finlandais, cher aux films d’Aki Kaurismäki, les Samis encouragent leur chant, le joik, exécuté a cappella et accompagné du tambour chamanique, comme le fait entendre Marie Boine. Le dialecte same est encore enseigné dans certaines écoles.
Cette culture sera-t-elle préservée par les générations à venir ? Rien de moins sûr, malgré le combat quotidien de certains Samis au gouvernement ou dans les médias.
Des rennes par milliers

Synonyme des fêtes de Noël, le renne nourrit tout le terroir. Bénéficiant des grandes étendues nécessaires à son élevage, la végétation du pays same se prête à ces animaux qui apprécient le feuillage des jeunes pousses de bouleaux. Pour une bonne photo, tendez-leur une branche !
Les étapes du rythme annuel du renne débutent par la naissance des veaux vers la fin mai et leur marquage un mois plus tard. Lâchés dans la nature, les rennes montent en été sur les collines pour éviter les moustiques et le soleil. Ils savent aussi nager. En grandissant, les bois des jeunes rennes deviennent poilus et chauds, car le sang y circule. Ils poussent de 2 cm par jour.
A l’automne a lieu le rut et le rassemblement de la harde, engraissée grâce aux champignons dont ils sont très friands, y compris les amanites hallucinogènes…. C’est dire ! Après le rut, les mâles perdent leurs bois qui sont ramassés et vendues alors par les Samis pour l’artisanat.
Les Samis sélectionnent et abattent les rennes, préfèrant souvent faire leur viande eux-mêmes pour éviter les intermédiaires d’une viande passant de 6 à 12 € le kg.
Du sport toute l’année

Attention, les Finlandais sont des super-sportifs et bien plus habitués que nous à la vie au grand air. Tenue sport décontractée de rigueur… Les Finlandaises sont persuadées que les Françaises se baladent toujours en talons aiguilles. Alors ne jouez pas Délivrance, et faites attention aux conditions météo en pleine nature.
Pas de saison morte en Laponie ! Toute l’année, il s’y passe quelque chose : manifestations sames dont la fête nationale le 6 février, naissance des rennes en mai, soleil de minuit en mai et juin. Puis la Ruska au début de l’automne qui rougit la taïga, les aurores boréales de novembre à mars qui accompagnent la saison des sports de neige.
Juin-juillet est la période des vacances finlandaises et des moustiques qui varient suivant les périodes. Cette année, coup de bol, ils étaient dans le sud ! Les Samis n’y font plus attention et finalement, on se fait moins piquer qu’en Camargue…
La fin août et septembre sont une période idéale pour la randonnée et la pêche. On trouve tout l’équipement nécessaire dans les supermarchés ou en location auprès des offices de tourisme et des hôtels.
Puis arrivent les sports d’hiver, roller sur piste, safaris de motos-neige et ski nordique. Et pourquoi pas une course de traîneaux à rennes ? Il n’y a que l’embarras du choix, avec peut-être un peu d’excès pour les prix du tout-venant. A vous de comparer auparavant auprès des offices de tourisme, car la documentation est souvent dispersée.
Marcher sur de l’or

Mettez donc votre chapeau de cuir ou un bonnet de fourrure acheté au marché d’Inari, et vos bottes pour dormir quelques nuits dans les cabanes en rondins et bien sûr, prendre un sauna. J’ai même vu une dame d’un certain âge et de multiples kilos, à peu près nue, se rouler avec délices dans l’eau glacée de la rivière, vers 18 heures du soir, dans la lumière irisée au milieu des rochers noirs…
Un coup de vodka ou un café noir dans une tasse ou kukka, taillée dans la racine de bouleau et tout va bien après ! Les cabanes des sites miniers sont réservées longtemps à l’avance dans la forêt profonde.
A Laanioja, les huttes sont entourées de rosiers jaunes sous les conifères et les orpailleurs trouvent quelques pépites. La machinerie s’est améliorée depuis les années 1950 ! La plus grosse, de 5 cm de diamètre, remonte à 1920. Le championnat des orpailleurs de Tankavaara se tient chaque permier dimanche d’août.
A Saariselkä, au Pub Panino, on peut même payer ses consommations en poussières d’or… Et en cas d’échec, vous pouvez acheter de l’or sur place. C’est à voir et les pancake au sirop d’érable, au milieu des nichoirs de « mésangeais » et des écureuils, font perdre la notion du temps. Une certaine sagesse au milieu de la fièvre de l’or. Les Samis ne disent-ils qu’il faut « savoir écouter le silence » !
Taïgas, lacs et toundras

N’oublions pas qu’ici, les arbres mettent trois fois plus de temps à croître qu’en Europe occidentale. Deux grands parcs nationaux, ceux de Lemmenjoki et Urho Kekkonen, protègent cet environnement exceptionnel, sillonné de nombreux sentiers de randonnées balisés.
Une nature qui laisse des visions plein la tête : épilobes roses le long des rivières, lacs bleus ou gris aciers, cascades, forêts de sapins sombres striés de bouleaux blancs, roselières vert tendre, linaigrettes aux plumets blancs, tapis de bruyères et de myrtilliers…
Le pays des Samis, c’est la nature à l’état pur où les rennes profilent leurs silhouettes hautaines sur le chemin. Il existe 400 mots dans le vocabulaire same pour les désigner !
Peut-être croiserez-vous l’ours brun qui se nourrit essentiellement de baies. Le glouton solitaire aux mâchoires redoutables s’attaque aux jeunes rennes. Le lynx et le loup sont protégés. Le lagopède, perdrix des neiges au plumage blanc, se retrouve plus facilement empaillé (7 €) à l’aéroport d’Ivalo. Le rare pygargue à queue blanche, le lièvre et le renard arctiques comme le petit lemming, laissent leurs traces sur la neige, en hiver.
Attention au Staalo de la forêt et au Hiisi du lac… Ce sont des trolls qui font peur aux enfants et ne sont pas dans les guides de nature.
Saumon ou renne, une assiette au naturel

Le choix est restreint entre le poisson et le renne, mais c’est toujours bon et sain. Les recettes sont à base de beurre et de crème. Il existe mille façons d’accommoder la viande de renne et le poisson avec des champignons et des baies. La bière locale Lapin Kulta III est délicieuse et légère (3,90 €, 50 cl). La vodka finlandaise Koskenkorva est vendue dans les magasins d’État. L’eau pure et glacée, même au robinet, est délicieuse… Préférez le jus de myrtille servi en carafe au vin trop onéreux.
Le lavaret et la truite rouge sont abondants dans les lacs. La rivière Deatnu est le centre de la pêche au saumon : un délice avec une sauce tartare. La viande de renne, anti-cholestérolique, est rôtie en lamelles ou en ragoût et accompagné d’airelles et de concombres doux.
Au dessert, les mûres arctiques, jaunes et riches en vitamines C, les baies d’argousier et l’angélique du bord des rivières – divine en schnaps - sont un régal. La réputation de ces plantes bénéfiques remonte à des millénaires. Plus rustique, la soupe same faite de saumon émietté, de crème, de pommes de terre, d’oignons et de poivre en grains, ou à la viande de renne fumé et de fromage au bleu, se déguste avec du pain noir grillé.
Etonnant, les Finlandais n’hésitent pas à amener leurs bières au sauna, en lisant les dernières nouvelles… Qu’on ne s’étonne plus alors devant le gabarit impressionnant de ceux-ci! Kippis, à votre santé !
Un artisanat très local

En tête, le couteau lapon et son étui en cuir garantissent une fabrication artisanale autour de 80 €. Le bol en bouleau de 20 € est souvent taillé en usine. Les bijoux en argent sont en tête des prix scandinaves. Les broderies de perles et les vêtements sont plus abordables, encore faut-il porter le bonnet lapon en feutre bleu et rouge à quatre pointes, dit « des quatre vents », à votre retour ! Autrefois, il pouvait servir d’oreiller…
Comptez au moins 200 € pour un tambour chaman ou guavddis en cuir, gravé des symboles sacrés, sinon préférez quelques objets plus modestes en corne ou en os. Certes, il y a un peu d’abus sur ces marchandises, mais cela fait vivre le pays same et amuse les touristes qui restent sur place. Ne vous précipitez pas, comparez avant d’acheter.
À titre d’exemple, un simple bois de renne varie entre 5 € et 20 €, dans les magasins. Vous serez bien vite lassés de ces « prisunics » du souvenir et chercherez alors la jolie pièce chez les véritables artisans Samis, dispersés en pleine forêt que vous indiqueront les Offices de Tourisme qui les ont parfois en dépôt.
Fiche pratique

Pour préparer votre séjour, consultez notre fiche Finlande.
Liens utiles
Office de tourisme de Finlande
Office de tourisme de Laponie
Comment y aller ?
Aéroport d’Ivalo, vols Finnair directs en hiver, sinon changement à Helsinki où la correspondance est parfois longue.
Autour de Saariselkä
- Office du tourisme de Saariselkä : 00-358-16-668-402. (réservation de refuges et de huttes).
- Randonnées dans le parc national Urho Kekkonen, l’un des parcs les plus sauvages d’Europe. Parcours de découvertes et pistes de ski nordique balisés. Safaris en snowmobiles, 3 h, 100 €/pers.
- Mine d’Or et village d’orpailleurs à Laanioja. 48 €/pers. OT de Saariselkä.
- Musée de l’Or à Tankavaara : 8 €.
- Ferme des Rennes : un peu le Disneyland same, mais sympathique. 23 €/pers. à 13 h. Renseignements OT Inari.
- Safari de rennes avec Petri Mattus à Kittiläntie près Ivalo. Tél. 358 400 193 950, groupe de 6 pers. Pour partager une réelle virée same de 2 à 4 h. Entre 20 et 45 €.
Autour d’Inari
- Office de tourisme d’Inari : pour toutes réservations et randonnées été-hiver, accueil très dynamique. Liste des artisans sames labellisés (boutique Sami Duodji en face). Egalement inarilapland.org
- Musée Siida à Inari : musée Sami en plein air et expositions pour tout connaître sur l’habitat, les coutumes, la flore et la faune de la Haute-Laponie.(Boutique, restaurant Sarrit, prix raisonnables et produits naturels). De juin à fin septembre : 9h-20h tlj, d’octobre à fin mai : 10h-17h, fermé le lundi. 8 €
- Poussez la porte de l’église d’Inari pour voir la grande fresque où saint Joseph et en costume same, gardant des rennes et non des moutons…
- Croisière sur le lac Inarijärvi et ses 3 318 îles : de juin à sept. 2 h de bateau vers l’île Ukko, lieu de sacrifice chamanique et escalier panoramique.14 h et 16 h en été. 15 €. Canoë sur le lac d’Inari (réservation à l’OT) : 35 €/j. VTT : 20 €/j. « Fishing trip » pour débutants.
- Randonnée à l’église sauvage de Pielpajärvi. 12 km de marche A/R à pied depuis Inari et 4 km l’été par bateau, pour cette église en bois dans la forêt, épargnée par les guerres.
- Descente en canoë à moteur à travers le parc national Lemmenjoki et les chutes Ravadas. 118 € depuis Inari. Hébergement à Lemmenjoki (à partir de 35 €/j. la hutte pour 2 pers.). De là, vous pouvez aller camper loin, très loin…
Hébergement, restauration
Choisir votre hôtel en Finlande.
À Saariselkä
- Hôtels et appartements Tunturi, dont l’hôtel Tutuvill Gielas. Ch.dble à partir de 115 €. Sauna privé électrique.
- Appartement à louer, s’adresser à l’OT : 600 € pour une semaine et 4 pers.
- Restaurant Pirkon Pirtti. Plats traditionnels à partir de 15 €.
- Village de glace de Kakslauttanen, un complexe célèbre pour ses igloos de verre et son sauna fumé, le plus grand du monde (80 pers.). Restaurant et 25 chalets. A partir de 1 245 € la semaine pour 4 pers. Igloo pour deux : 145 €. Randonnées en traîneau à rennes (2 h, 100 €/pers), safaris de nuit (2 h, 130 €/pers). Etonnant de s’endormir sous une coupole de verre face à une aurore boréale ! La chapelle taillée dans la glace attire de nombreux mariés.
À Inari
- Hôtel-restaurant Inarin Kultahovi, famille Nikula, au calme au bord de la rivière. Ch. simples mais restauration excellente. Produits fermiers. Tél : 358 16 511 71 00. Ch.dble à partir de 85 €. Plats délicieux autour de 20 € ou menu à 33 €.
- Hôtel-restaurant Inari , central, au bord du lac. Tél. 358 16 671 047. Arrêt des cars. Ch.dble à partir de 90 €.
- Villa Lanca, sympathique mais petit . 78 € ch. dble avec cuisine.
En pleine nature
- Au parc naturel national de Lemmenjoki (45 km au sud-ouest d’Inari) : Lemmenjoen Ahkun Tupa. Tél. 358 16 673 435 (juin à septembre). Cottages pour 2 pers (200 € sem., 35 €/j) à 6 pers (440 € sem., 68 € nuit). Restaurant.
- Huttes à louer au bord de l’eau ou dans la forêt : pour 4 personnes, 20 €.j. Lit sur un bac-flanc en bois, grill et sauna extérieurs. Toilettes en dur, même en forêt. Huttes-refuges ouverts ou Autio Tupa, libres à condition de laisser en l’état. Renseignements dans les offices de tourisme.
Adresses utiles à Paris
- Institut finlandais : 60 rue des Écoles 75005 Paris. Tél. 01 40 51 89 09. Ouv. l’après-midi, fermé le lundi.
- Finnova, bijoux et accessoires à Paris 35 quai de la Tournelle 75005 Paris.
- Nortours : circuits et séjours en Laponie. Ex : 1 170 € par pers pour 4 jours A/R depuis Paris, avec hôtel et raids en motoneige.
Psst... En plus, il y a un cadeau à l'inscription à nos newsletters !
Les idées Week-ends, les derniers reportages en Finlande

Finlande : la Laponie en été, escapade au pays du soleil de minuit

Finlande : sur les traces de l’architecte Alvar Aalto à Jyväskylä

Finlande : Helsinki ou l’art d’être heureux

Helsinki, capitale du design finlandais

Helsinki, 5 raisons d’y aller
Infos pratiques
Bons plans voyage Finlande























