Corée du Sud, entre passé et futur

Nicolas Montard
par Nicolas Montard

03 décembre 2009

Nicolas Montard
Étonnante Corée du Sud. Dévastée il y a un peu plus d’un demi-siècle, elle est devenue en l’espace de quelques décennies l’une des places-fortes économiques de l’Asie avec Séoul, l’ultramoderne, véritable paradis de la consommation, en porte-étendard. Rassurez-vous, la péninsule recèle bien d'autres charmes non marchands : ses traditionnels hanoks, ses palais, ses temples, sa nature luxuriante, sa nourriture épicée... Et une zone unique au monde d'actualité avec la célébration des vingt ans de la chute du Mur de Berlin : la frontière avec la Corée du Nord.
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Bienvenue chez l’un des dragons asiatiques

Nicolas Montard
Été 2009. Salle d’attente dans une gare coréenne. Tous les visages sont rivés vers l’écran de télévision. Les chaînes retransmettent des images en boucle. Celles d'une fusée sud-coréenne qui décolle dans les cieux. Ils ont beau les avoir vues déjà des dizaines de fois, les voyageurs sont toujours scotchés à leur écran. Le train est annoncé. Tout le monde se dirige vers le quai. Et certains, sur leurs mobiles dernier cri, continuent de regarder les vidéos.

Un couple nous fait signe : « Venez voir, disent-ils en anglais. Nous sommes tellement fiers ». Fiers et heureux que pour la première fois, le pays réussisse à envoyer une fusée dans l'espace (sans le concours d'installations étrangères). Un lancement qui se soldera par un échec, mais cette scène symbolise à elle seule la Corée d'aujourd'hui : un pays moderne, doté des toutes dernières technologies (essayez de ne pas avoir accès à internet), mais qui souhaite continuer à avancer pour rattraper les grandes nations de la planète.

Pour le routard qui a déjà parcouru quelques pays d’Asie, la Corée du Sud est une expérience surprenante. Ne serait-ce que par l'absence de dépaysement à l'aéroport international de Séoul. Le voyageur est directement pris en charge par un système de bus ultra-organisé qui l'emmène dans le centre-ville où nombre de Coréens parlent anglais ou le comprennent. Dans les rues, les McDonald's côtoient les Dunkin'Donuts, symboles du capitalisme américain, quand vous ne trouvez pas les grandes marques mondiales dans les centres commerciaux. Héritages de l'accueil par le pays de grandes manifestations internationales, comme les Jeux Olympiques de 1988 ou la Coupe du monde de football en 2002.

Séoul, l’ultramoderne…

Nicolas Montard
À Séoul, les traces de ce développement sont bien présentes. Il suffit d’ailleurs de grimper sur la colline abritant la N Seoul Tower, tour de télécommunications haute de 236 mètres. Celle-ci permet de se rendre compte de l'immensité et du modernisme de la capitale coréenne, bâtie entre les montagnes. Là-bas, on aperçoit le stade de la Coupe du monde 2002. De l’autre côté, c’est le grand hôtel Hyatt, établissement de luxe très prisé. Aux quatre points cardinaux, à perte de vue, des immeubles et des tours ultramodernes...

Redescendons sur terre. Dans le centre de Séoul justement. L'impression d'une ville à l'horizontale continue de hanter le marcheur. Des tours à tous les coins de rues, des écrans vidéo qui crachent leurs réclames sur ces mêmes immeubles. Au milieu de cette frénésie coule une rivière : sa promenade, restaurée, permet d'échapper quelques minutes au vacarme ambiant et aux bourdonnements des actifs qui marchent d'un pas décidé vers leur lieu de travail. Car en Corée du Sud, le travail est une institution.

Et c'est parfois pesant pour les plus jeunes, en témoigne cette jeune femme, en partance pour la France pour y faire ses études et sa vie, espère-t-elle : « En Corée, nous n’avons que quelques jours de vacances par an. Je ne veux pas vivre comme ça ». Pas comme ses parents qui font partie d’une génération à avoir relancé la Corée du Sud vers les sommets mondiaux après une guerre de Corée dévastatrice dans les années cinquante. Un travail qui a payé : aujourd’hui, le pays est en haut de l’échelle planétaire. Dans le top 15 des puissances économiques mondiales. Avec Séoul en élément phare : la capitale attire nombre d’entreprises internationales.

La nuit tombe. Et c’est encore à ce moment-là que le modernisme devient le plus flagrant. Entre les innombrables voitures et motos (les scooters sont peu nombreux ici comparé à d’autres capitales asiatiques) qui patientent dans les embouteillages, les lumières s’allument. De toutes parts. Séoul, véritable sapin de Noël quelle que soit la saison, s'illumine avec ses enseignes en hangeul (alphabet coréen). Et dans certains bâtiments, des Coréens qui continuent de s'engouffrer en masse...

Un paradis de la consommation

Nicolas Montard
À Séoul, comme dans les autres villes du pays, difficile de ne pas consommer. Restons dans la capitale : les centres commerciaux se succèdent à tous les coins de rues. À quelques mètres de l’une des gares routières, au TechnoMart, c’est le paradis de la photo et des technologies : les stands se succèdent, chacun essayant d’attirer le chaland. Prenons le métro : il n’est pas rare, à la sortie des rames, de devoir traverser plusieurs allées souterraines pleines d’échoppes. On y vend de tout : des vêtements, de la photo encore (véritable sport national), des disques… Quand on ne tombe pas directement dans le mall COEX. Il faut des heures pour arpenter les dizaines et les dizaines de magasins qui s’y côtoient dans une ambiance artificielle… Et quelques minutes pour dépenser sa monnaie.

On vous conseille d’essayer de garder quelques wons (la monnaie locale). Car s'il faut faire l'expérience de quelques centres commerciaux sud-coréens, le shopping le plus intéressant se retrouve en dehors de ces enceintes. Dans la très jolie rue d'Insa-dong par exemple : vitrines soignées, marchands sur le pavé, elle attire bien entendu les touristes à la recherche d'art authentique. Si tout n'est pas inoubliable, on peut y faire de bonnes affaires entre porte-bonheurs, trousses, théières, éventails ou masques par exemple.

Autre style, autre ambiance : le marché de Namdaemun. Là, vous découvrirez une autre facette de la Corée : un quartier entier consacré au shopping en tous genres où viennent se fournir les grossistes… En se baladant dans les vieux immeubles aux allées étroites, vous verrez transiter tout l’artisanat coréen, dont une partie fabriqué sur place dans une ambiance parfois surréaliste… Condition sine qua non pour y entrer : savoir négocier.

Escales traditionnelles et culturelles

Nicolas Montard
Séoul uniquement moderne et commerçante ? Ce serait bien entendu réducteur. Et c’est tout l’intérêt de flâner et de se laisser bercer dans les rues de la capitale. Car si elle n’est pas la ville la plus riche au niveau du patrimoine historique, vous pouvez croiser entre les immeubles des vestiges du passé. Les temples d’abord où, si vous avez un peu de chance, vous pourrez assister aux cérémonies locales quand la nuit tombe. Les palais ensuite. Séoul en recense plusieurs. Ceux de Gyeongbokgung (édifié en 1394, le principal palais de la dynastie Joseon) et Changdeokgung (avec ses très beaux jardins) valent notamment le détour, afin, le temps de visites historiques très intéressantes, d’échapper à la pression urbaine.

En sortant du deuxième palais, il suffit d’ailleurs de marcher quelques centaines de mètres pour se retrouver à Bukchon, l’un des quartiers préservés. Un véritable enchantement : des rues plus étroites, moins de circulation, une architecture traditionnelle. Avec ces hanoks, les fameuses maisons coréennes en bois : plusieurs guesthouses proposent d’ailleurs aux voyageurs d’en déguster les charmes le temps d’une nuit. Une expérience unique et indispensable pour un voyage en Corée du Sud tout comme celle d’entrer dans l’un des nombreux spas que propose Séoul : certains sont ouverts 24h/24 et dès les premières lueurs du jour, hommes et femmes s’y rendent avant d’enchaîner avec une journée de travail…

Andong, la pause nature

Nicolas Montard
Filons vers le Sud. En train ou en bus, au choix, mais de jour, tant la géographie coréenne, verte et montagneuse, vaut le détour. Arrêt à Andong, l'un des centres historiques du confucianisme en Corée. Le nom vous est familier ? Normal, la ville est associée depuis 1999 à la reine d’Angleterre Elisabeth II qui s’y est arrêtée lors d’un voyage… Une visite que les locaux ne manqueront pas de vous raconter…

C’est à quelques kilomètres de la ville que réside la principale attraction de la région : le village Hahoe. Perdu en pleine nature, l’ensemble créé, sous la dynastie Joseon, est toujours habité. Les maisons traditionnelles n’ont subi que très peu de transformations au fil des années, ce qui donne tout son charme à une balade de quelques heures dans les artères de la cité, réputée aussi pour ses masques, une vraie tradition régionale qui donne lieu chaque année, fin septembre-début octobre, à un festival international reconnu.

Si l’autre merveille des environs d’Andong est le temple Bongjeongsa (et son pavillon en bois, le plus ancien du pays), un autre site, à une quarantaine de kilomètres d’Andong, mérite que l'on s'y attarde, à la fois pour son environnement et son passé : la colonie d’artistes Jirye. L’histoire d’abord : dans les années quatre-vingt, un barrage a été construit enfouissant plusieurs villages séculaires. Kim Won-Gil, poète local, décide de sauver la maison familiale, datant de 1660. Il entreprend alors de la faire déplacer plus haut dans la montagne pour la reconstruire à l’identique. On ne saurait que saluer son entêtement.

Aujourd’hui, l'ensemble de hanoks domine le lac artificiel dans un environnement coupé du monde. Un lieu de quiétude rare où l’on peut séjourner une nuit - ou plus -, ne serait-ce que pour le bonheur de se réveiller une matinée en pleine nature, partager des repas traditionnels et le fameux kimchi (piments et légumes fermentés) avec les propriétaires des lieux ou, une fois la nuit tombée, déguster en compagnie d’autres convives l’Andong Soju, la boisson alcoolisée (plus de 40°) phare de la région.

Gyeongju, musée à ciel ouvert

Nicolas Montard
Gyeongju : l’une des plus importantes destinations touristiques de la Corée du Sud avec des millions de visiteurs chaque année. Surnommée le musée à ciel ouvert. Passé le centre-ville – qui n’a vraiment rien d’un musée –, on comprend le sens de ce surnom. Et pourquoi plusieurs édifices de la cité et des alentours ont fait leur entrée au Patrimoine mondial de l’humanité. Une distinction que la ville, située dans le sud-est de la Corée, doit à un passé glorieux, marqué par le royaume de Silla, créé en 57 av. J.-C. et qui perdura ainsi jusqu'en 935 et le moment de l'unification de la péninsule. Gyeongju en était la capitale.

Du coup, dans la ville et aux alentours, c’est un véritable festival historique et culturel qui s’offre à nos yeux. D’abord avec ces drôles de collines qui parsèment l'un des parcs de la ville. Recouvertes d’herbes, ce sont en fait des tumulus, les tombes des différents souverains.

Un peu plus loin, au cours d'une agréable promenade qui permet de traverser un quartier traditionnel préservé et de découvrir le musée national, on retrouve d'autres tombes du même acabit. Mais également plusieurs merveilles dont l'observatoire Cheomseongdae, le plus vieil observatoire connu d'Asie (bâti au VIIe siècle), et l'étang d'Anajpi autour duquel s'articule un ensemble de bâtiments et de jardins de toute beauté que vous pourrez atteindre après avoir traversé un bucolique champ de lotus. Il vous faudra ensuite prendre un bus pour atteindre l'une des autres merveilles de la région, à quelques encablures du centre de Gyeongju : le temple Bulguksa. L'un des plus connus de Corée du Sud. Et l'un des témoignages les plus édifiants du royaume de Silla (il a été bâti en 535 avant d'être agrandi en 752) qui a retenu l'attention de l'UNESCO en le classant parmi l'héritage culturel mondial. Classement mérité avec cette succession de terrasses de pierre au sein d'un jardin zen et ces bâtiments parfaitement conservés. Tout comme la distinction donnée au voisin du temple, la grotte de Seokguram qui abrite l'un des sanctuaires dédié à Bouddha.

À la frontière de la Corée du Nord

Nicolas Montard
Retour vers le Nord. L’extrême Nord. Et un étrange passé-présent qui s’entrechoque dans une zone d’un autre âge : la DMZ (zone démilitarisée). En fait, en guise de zone démilitarisée, nous sommes plutôt dans un endroit où la tension est plus que palpable : la frontière avec la Corée du Nord, établie ainsi depuis la fin de la guerre de Corée dans les années cinquante.

On peut bien sûr se poser la question : faire du tourisme à quelques centaines de mètres d'une des pires dictatures du monde est-il réellement opportun ? Question de conscience, car c'est aussi l'un des derniers témoignages d'un pays scindé en deux : au Nord, la pauvreté et la dictature, au Sud, le modernisme et la liberté...

Les visites s'effectuent forcément en groupe avec des guides. Car vous entrez sur un territoire militaire : long de 238 kilomètres et large de 4. Uniquement occupé par les militaires de deux Corées et de l'ONU, à l'exception de quelques villageois au sud ayant décidé de rester dans leur village malgré le risque (des compensations financières leur sont accordées).

Pour ceux qui prennent le tour complet, la première étape est Panmunjeom, le lieu où a été signé l’armistice en 1953 entre les deux Corée. Là, accompagné de militaires, il faut montrer patte blanche et surtout écouter les conseils du guide (interdiction de pointer le doigt) car la situation peut dégénérer d’un moment à l’autre : si vous avez de la « chance », vous pourrez entrer dans le baraquement où a été signé la paix et vous apercevrez à quelques mètres des soldats nord-coréens (notre photo). Et d’un promontoire, le fantôme nord-coréen : une ville construite par le gouvernement nordiste mais où personne ne vit…

La suite du tour est moins impressionnante. En fait, vous rejoignez celui d’une demi-journée pour voyageurs pressés, mais elle n’en reste pas moins un bon complément. Au cours de votre visite sur la DMZ, une zone pour laquelle les biologistes du monde entier se passionnent du fait de la quasi-absence de vie humaine, vous découvrirez quelques centaines de mètres du Troisième Tunnel : l’une des galeries creusée par les Coréens du Nord pour passer la frontière et attaquer Séoul (à 50 kilomètres de là), découverte à temps par les Coréens du Sud. À l’observatoire de Dora, vous observerez également un panorama sur la zone (où l’on aperçoit encore le fameux village nord-coréen)…

Une dernière étape se fait à la nouvelle gare, celle de Dorasan, la dernière de Corée du Sud d’où partent quelquefois des trains vers la Corée du Nord. Ultramoderne et déserte, régal des touristes qui peuvent tamponner sur un bout de papier une trace de leur passage dans ce no man’s land si particulier. Point d’orgue d’une Corée du Sud décidément aux multiples facettes.

Fiche pratique

Nicolas Montard

Consultez notre fiche Corée du Sud

Office du tourisme de Corée

Comment y aller ?

Pour aller en Corée du Sud, de nombreuses lignes desservent l’aéroport de Séoul. Depuis la France, des vols directs sont opérés par Korean Airlines et Air France, à partir de 750 € l’aller-retour. Vols à partir de 560 € avec correspondance.
À l’aéroport international d’Incheon, très moderne, peu de chances de vous perdre. Vous avez la possibilité de prendre un taxi jusqu’à Séoul (solution un peu onéreuse) ou un bus local (moins cher, mais attention tout est en alphabet coréen…). Solution annexe (et la plus intéressante à notre avis qui vous sera proposée dès votre arrivée sur le tarmac : optez pour le Limousine Bus (9 000 won, environ 5 €), un système desservant directement Séoul.
À l’intérieur du pays, les trains et bus sont nombreux et bon marché. Ils vous permettent en outre de profiter du paysage coréen, grandiose.

Où dormir ?

- À Séoul, vous ne manquerez pas de choix. Pour tous les budgets, même s’il faut l’avouer, Séoul est une métropole coûteuse. Les solutions les moins chères restent les guestshouses (la guesthouse Beewon par exemple).
Plus onéreux, mais intéressant pour la localisation dans le centre de Séoul et la vue, le Seoul Tower Ville, des appartements-hôtels Enfin, pour la tradition et la volupté coréenne, ne manquez pas les guesthouses traditionnelles du quartier Bukchon (la plupart se valent dans le quartier).
- À Andong, on vous conseille de profiter d’une étape de charme, la Colonie d’artistes Jirye que nous évoquons plus haut. Se réveiller en pleine nature dans un habitat traditionnel vaut vraiment le détour.

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Se restaurer

La nourriture sud-coréenne est réputée pour ses épices et son kimchi (légumes fermentés). Estomacs fragiles, faites donc attention, mais les Coréens sont habitués aux demandes des étrangers. Évitez les produits écrits en rouge sur les cartes, c’est souvent symbole d’épices.
Pour déjeuner ou dîner, vous trouverez une foison de restaurants, mais aussi des stands dans les rues. À vous de faire attention à la propreté. À noter aussi, la forte présence de restaurants japonais, héritage historique.

Visite de la DMZ

Pour visiter la DMZ, plusieurs tour-operators opèrent depuis Séoul. Difficile d'établir un classement, il faut demander l'avis des hôtels... Nous avons testé Cosmojin qui pour 137 000 wons (environ 79 € selon le cours du won) proposait un service et une visite de qualité (en anglais).

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