Cambodge : des berges du Mékong au Ratanakiri, pays des terres rouges

Dominique Roland
Le Cambodge ne se résume pas aux brillances d’Angkor. Il offre un catalogue d’expériences à disposition du voyageur, produit d’un peuple bigarré en prise avec des terres ici rudes et là douces. Notre itinéraire suit le Mékong à contre-courant avant de rejoindre un Far West oriental, encore emprunt de préhistoire et de jungle primaire : la province du Ratanakiri.

Dans cette région vallonnée et difficile d’accès, riche en possibilités de randonnée, le voyageur part à la rencontre de minorités ethniques peu connues et d’une biodiversité époustouflante. Récit d’un voyage à moto à travers le Cambodge jusqu’à cette fascinante nouvelle frontière asiatique.
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En route vers la queue du Dragon

Dominique Roland
La province du Ratanakiri s’étend au nord-est du pays. Sa pointe triangulaire, bordée par l’Annam vietnamien et le Laos méridional, est surnommée la « queue du Dragon ». Ces terres attirent les amoureux de voyages pimentés d’aventure. Vallonnées, difficiles d’accès, elles abritent encore des ethnies primitives ainsi qu’une riche biodiversité. Depuis Phnom Penh, l’itinéraire le plus séduisant longe le Mékong au lieu de divaguer sur les nationales. Petites routes et pistes champêtres rejoignent les ports de Kompong Cham, Kratie et Stung Treng, endormis depuis l’avènement de l’Asian Highway n°11.

Après avoir pris le pouls hydraulique et campagnard du Cambodge, mesuré l’étirement presque continu de hameaux et de villages, douté de l’espace-temps à chaque apparition d’un chariot à bœufs, comme sorti directement des bas-reliefs d’Angkor, vient le moment de mettre le cap vers l’est et le Ratanakiri, pays de « terres rouges », de citadelles vertes et d’ethnies fascinantes.

Moyen de transport national n°1 et vecteur de liberté, la moto est parfaite pour ce voyage. Nous sommes partis en indépendant depuis Phnom Penh, ce qui nécessite un minimum de préparation et de documentation. D’autres, plus en fonds et idéalement, entourés de compagnons, choisissent les formules de raid guidé à moto. Que les routards allergiques à la conduite ne se sentent pas lésés, on trouve partout des moto-dops (motos-taxis). Avec un peu de débrouille et quelques mots de khmer, rien n’empêche de suivre les étapes, en alternant éventuellement avec les transports publics.

De Phnom Penh à Kompong Cham

Dominique Roland
La piste du Mékong démarre en quittant la nationale 6A à la fourche de Roka, après être sorti de Phnom Penh par le pont japonais qui enjambe le Tonlé Sap au nord de la ville. Souvent proche des rives du fleuve, bordée de villages plus ou moins clairsemés, cette voie offre de multiples opportunités photographiques. La bourgade de Kang Meas, langoureusement installée à un confluent, tombe à pic pour la pause rafraîchissement. Des vendeurs itinérants s’installent au niveau du virage, après le pont métallique.

L’arrivée à Kompong Cham, port autrefois très actif, est l’occasion de méditer sur le sort contemporain du Mékong. Ayant naguère porté explorateurs et missionnaires, charrié des troncs arrachés aux cathédrales de verdure, peuplées de bêtes sauvages et de tribus insoumises, le fleuve est aujourd’hui à peine navigué en amont de Phnom Penh. En cause, l’amélioration perpétuelle du réseau routier. Pire, son régime même est menacé par la fièvre des barrages qui affecte le Laos voisin.

Ici au moins en 2001, le bitume a offert à la ville le premier pont cambodgien sur le Mékong. L’ouvrage en impose, malgré la froideur de son béton nu. Face à la campagne, la ville fermement attachée à la rive droite a conservé l’essentiel de son plan colonial : quadrillage de rues bordées d’anciens immeubles compartimentés, certains avec des toits de tuiles à plusieurs pans, marché central. Pensions, hôtels et restos-bars sont en nombre et qualité suffisante pour apprécier l’étape.

Depuis le pont, en suivant le fleuve vers l’aval sur 500 mètres, on arrive en face de Koh Paen, une vaste île sablonneuse qui divise le cours du fleuve en deux sur une quinzaine de kilomètres. Couverte d’une mosaïque de maisons entourées de riches jardins, elle motive chaque année vers la mi-février la construction d’un pont temporaire entièrement fait de bambou. Ce véritable travail d’Hercule à la cambodgienne supporte même les gros 4x4 ! Un bac assure la liaison le reste de l’année.

Dans un agréable cadre campagnard immédiatement à l’ouest de la ville, le temple bouddhique du Wat Nokor (Xe siècle) vaut amplement la visite. L’enceinte alterne un grès assez clair à de gros lego de latérite, assombris et érodés par le temps jusqu’à ressembler à des éponges. Une pagode récente s’insère à l’arrière du sanctuaire central mais l’or de sa toiture et d’autres bâtiments adjacents crée finalement d’intéressants contrastes

Villages Cham et Chhlong, la belle coloniale oubliée

Dominique Roland
Après avoir convaincu le patron de l’hôtel qu’on préfère les pistes du Mékong au macadam de la nationale qui pénètre dans les terres, il nous suggère de rester sur la rive de Kompong Cham jusqu’au bac de Stung Trong. La journée sera riche en variations, alternant d’étroits chemins bosselés, parfois ombragés, à de larges bandes de latérite sur digues. Après trente kilomètres, le Phnom Hanchey Resort occupe le sommet aplati d’une colline qui s’élève au débouché d’un pont métallique. Au Cambodge, le terme « resort » est plus couramment utilisé pour les sites naturels et culturels que pour les hébergements. Un vieux stupa en ruine, des temples et pavillons récents, le splendide panorama à 180° sur le Mékong et les boissons à dispo incitent à une pause sereine.

Sept kilomètres plus loin, un gros village Cham nous rappelle que la majorité des membres de cette ethnie habitent la province dont le nom signifierait d’ailleurs « point d’accostage des Cham ». Ce peuple austronésien (comme les Malais), autrefois hindouiste et puissant, entretint une guerre quasi perpétuelle contre ses voisins avant de perdre à jamais son royaume centré dans l’Annam. Ces faits d’armes font l’objet de célèbres bas-reliefs angkoriens. Convertis à la religion musulmane à partir du XVIIe siècle, les Chams sont aujourd’hui assez déshérités, après avoir énormément souffert sous les Khmers Rouges. Jusqu’à Kratie, d’autres villages photogéniques de cette communauté enrichiront l’itinéraire.

Une trentaine de kilomètres après être passé sur la rive opposée, des paillotes garnissent la berge du village de Chumnik, au niveau d’un temple. Parfait ! Vingt kilomètres plus loin, une rangée de grands arbres annonce le délicieux bourg fluvial de Chhlong. Dans cet ancien comptoir du commerce du bois, des hommes s’imprégnaient autrefois d’une dernière bouffée de civilisation avant de pénétrer dans le « Haut Chhlong » (Mondolkiri) peuplé de tribus hostiles. La rue de la berge, dissimulée, court parallèlement à la route, entre un temple et un confluent majestueux. Malgré, ou peut-être à cause… du délabrement des quelques villas et compartiments chinois à arcade d’époque, on atteint ici un des climax du Cambodge colonial.

Pour prolonger l’expérience, on peut faire étape au Relais de Chhlong. Il faut tendre le cou pour apercevoir cette stupéfiante demeure par-delà de hautes haies. Datant de 1916, elle n’est pas l’œuvre de quelque administration ou colon notable mais de marchands chinois, traditionnels compagnons de fortune des Français. Son histoire récente reflète celle du pays : QG khmer rouge endommagé par une bombe américaine, siège temporaire du « libérateur » vietnamien, abandon, squat et reconversion hôtelière.

Kratie, Stung Treng et les dauphins

Dominique Roland
Kratie, ou Kracheh, est sans doute la plus belle escale urbaine en amont de Phnom Penh. Son orientation nord-sud le long du Mékong et l’arrière-plan encore sauvage de la rive opposée est propice aux beaux couchers et levers de soleil. Une série de rues perpendiculaires rejoint la place du marché, entourée de vieux compartiments chinois. Modeste mais charmant plaisir du tourisme urbain cambodgien, cet agencement classique est dans son jus, juste comme il faut, agrémenté de sympathiques petits hôtels dotés de resto-bars. Au sud de la ville, la pagode Kandal, petite mais élégante, est l’une des dernières en bois de tout le pays.

Après Kratie, la balade bucolique continue sur les rives du fleuve et dessert Kampi, où l’observation des dauphins du Mékong constitue la principale attraction touristique régionale. En route, arrêt possible au site de méditation de Sambok, sur une colline plongée dans une luxuriante végétation. Bientôt, devant une rangée de cahutes, des étals exposent des centaines de sculptures presque identiques. Ces couples de dauphins enlacés sont, à vrai dire, plus expressifs que leurs modèles. Appelé aussi dauphin de l’Irrawaddy, ce mammifère, qui nage dans les eaux du Mékong, est presque aussi peureux que son cousin marin peut être enjoué et curieux. Son émersion respiratoire périodique garantit d’entrevoir sa tête mais n’espérez pas une pirouette à la Flipper ! Il a ses excuses.

L’homme et ses techniques violentes de pêche (l’électricité, les explosifs…) a été son grand ennemi. De plus, l’inéluctable développement de la région du Mékong menace toujours sa survie à terme. Autrefois commun sur le fleuve inférieur, sa population se résume aujourd’hui à une petite centaine d’individus, principalement répartis entre Kampi et les chutes du Mékong. La protection des dauphins est en partie financée par une exploitation touristique qui se veut éco-responsable : les barques doivent s’approcher lentement et moteur éteint des trous d’eaux profonds que l’animal affectionne. Privilégiez les heures dorées du matin et du soir pour cette sortie qui dure une heure.

Un peu en amont, au carrefour de Sandan, une route suit encore le fleuve jusqu’au site de Samlor mais nous tournons à droite pour rejoindre la N7 et filer plein nord sur 100 km jusqu’à l’embranchement de Stung Treng. L’excellent bitume n’empêche pas l’ennui de s’installer. Les abords de la route sont complètement dégarnis, sur une profondeur de plus en plus grande. Il y a peu, cette nationale n’était qu’une piste tracée dans la forêt. Comme me le fera remarquer ironiquement le proprio du lodge Terres Rouges, les panneaux interdisant la coupe n’ont sauvé que les quelques arbres où ils furent apposés... Stung Treng, dernier port sur le Mékong avant Champassak (Laos), est plus modeste que ses prédécesseurs. Pas grand-chose à voir ni à y faire mais c’est une bonne base d’excursion fluviale, sur le Mékong ou le Tonle Kong.

Banlung, capitale d’une province sans bitume

Dominique Roland
Pendant la nuit, de fortes pluies s’abattent sur Stung Treng. Eclairés par la lune, les courants du Mékong revêtent l’aspect inquiétant et visqueux de coulées de lave refroidie. De lourdes gouttes mitraillent le toit métallique de la pension. L’atmosphère hier si sereine devient dramatique. Au petit matin, on se demande inquiet de quelle humeur sera la journée. Négocier la patinoire de fine glaise, formée par la pluie sur une latérite déjà bien damée à cette époque, n’est pas une perspective réjouissante. Autant filer rapidement. Au carrefour tant attendu, seule vraie porte d’accès du Ratanakiri, une escadrille de pick-up entoure la station essence et les épiceries-restos. Les visages sont différents, plus sombres, et les sourires plus timides.

Chanceux, nous éviterons les averses tout au long des 130 km de piste, juste mouillée ce qu’il faut pour éviter des nuées excessives de poussière. Il faut respecter deux règles de base sur cette « auto-piste » : surveiller l’arrivée éventuelle de rapides 4x4 dans son rétro et les poteaux blanc et rouge qui signalent de petits ponts. Souvent cachés jusqu’au dernier moment, leurs planches sont parfois en mauvais état ou manquantes. Selon l’éclairage et la saison, cette percée plein est distille son lot de beaux paysages, pondéré par une déception : des friches assez laides bordent la plus grande partie de la route.

Banlung ! Nous réaliserons plus tard la révolution que vit ce poste avancé. Capitale d’une province irriguée par une poignée de pistes, aux nervures s’amincissant rapidement en sentier, elle lui fut longtemps fidèle, sans une once de bitume. Mais les travaux sont en cours : un Far West de plus passera aux mains des « macadam cow-boys ». Le quadrillage d’avenues surdimensionnées prouve que l’espace ne manque guère. Quelques petits immeubles en dur dominent les maisons et cahutes de bois. Seuls les environs du marché s’animent un peu : on y croise des Khmers des villes ou des champs ainsi que des habitants d’origine chinoise ou vietnamienne se mêlant au fond autochtone, issu de la douzaine d’ethnies régionales.

L’offre d’hébergement et de restauration est assez variée : robinsonnade, charme néocolonialiste, petit hôtel sino-khmer, café « éco-cool », gargote typique ou métissée par l’apport « d’expats ONG » et de voyageurs. Dans la catégorie charme, le déjà mythique lodge « Terres Rouges », fondé par Pierre-Yves en l’an 2000, mérite quelques lignes. Ayant découvert la région avec la FORPRONU (Force de Protection des Nations Unies) au début des années 90, ce quadra y a fondé famille et belle affaire. Adepte du franc-parler, aimant autant la grande histoire que les anecdotes, il se présente d’abord comme un « coureur des bois ». À juste titre, puisqu’il fut l’un des premiers à repérer des itinéraires à travers un paysage qu’il connut bien plus boisé et sauvage. D’où un soupçon de nostalgie bien compréhensible… Combatif, il adapte les excursions à cette nouvelle donne, sachant aussi que l’œil vierge du nouveau venu trouvera suffisamment de matière à s’émerveiller.

Tourisme éco-responsable contre cupidité des hommes

Pierre-Yves Clais
Les lois cambodgiennes protégeant la nature et les droits des minorités ethniques ne sont pas réellement appliquées. Elles s’apparentent à des déclarations d’intention plus ou moins sincères. Dans ce contexte, le développement du tourisme éco-respectueux représente l’un des seuls espoirs de survie pour un minimum d’oasis conformes à l’attrait même du Ratanakiri : un des derniers sanctuaires ethnique et faunique de la péninsule indochinoise, aujourd’hui en péril.

Ici, pas de place pour la langue de bois : une tragédie se joue, similaire à celle qui ronge l’Amazonie ou les jungles de Papouasie. Sur le terrain, le moratoire sur la coupe et le transport du bois est détourné par un système dont la simplicité est aussi confondante que les mensonges qui l’entourent. D’abord, les terres attirent les pauvres des régions surpeuplées du pays. Ne les accablons pas, ils n’ont pas forcément le choix. Pour subsister, ils mettent le feu à de vastes bandes de forêt, de manière bien plus dévastatrice que la culture sur brulis pratiquée par les autochtones semi-nomades. Puis, les autorités ferment les yeux quand d’autres compatriotes bien mieux placés s’emparent de gré ou de force des parcelles défrichées. Sans titre de propriété, les migrants n’ont aucun recours.

Idem pour les autochtones auxquels appartiennent coutumièrement ces terrains : ce sont les grandes victimes de cette manipulation. Ce scandale est abordé dans la presse, sans que cela change grand-chose pour l’instant. L’exploitation illégale de la forêt pose également problème. Le voyageur curieux entendra parler, ici ou là, d’un ancien haut responsable en fuite parce qu’il avait vraiment abusé en la matière… Ainsi la forêt du Ratanakiri, théoriquement protégée, risque de disparaître entièrement d’ici quelques années, hors parc national… et encore. Le Cambodge souffre malheureusement d’une corruption endémique, allant jusqu’à mettre sérieusement à mal l’intérêt national le plus évident.

Alors, il faut espérer que les retombées financières du tourisme éco-responsable contrebalanceront en partie les perspectives de gains rapides et élevés mais sans lendemain. Pointe d’optimisme, « l’éco » est entré dans le vocabulaire officiel provincial, et surtout, un nombre grandissant de structures indépendantes le pratique, au-delà du simple argument marketing. Ces dernières sont très recommandées pour les rencontres ethniques : les villages sont souvent difficiles à localiser, les habitants plutôt timides ne parlent pas un mot d’anglais et les coutumes — comme les coquines maisons de célibataires Kreungs, les cimetières animistes, les totems Jarai et bien d’autres — méritent amplement quelques explications.

Balades et treks au Ratanakiri

Dominique Roland
- Dans la « banlieue » de Banlung, le célèbre lac Yeak Leom, d’origine volcanique, est parfaitement circulaire et totalement limpide. Ne pas oublier son maillot de bain, plusieurs pontons sont aménagés pour jouir de cette piscine géante. Royale même, ce qui n’a pas échappé à Norodom Sihanouk qui y construisit une villa. Il n’en reste plus rien depuis les khmers rouges. La gestion du lieu a été confiée aux autochtones qui s’acquittent plutôt bien de leur tâche, d’autant que l’endroit est sacré à leurs yeux. L’atmosphère est assurément particulière, notamment au petit matin. Le sentier qui fait le tour du lac en collant à la berge, est ombragé par les géants de la forêt et irradié par les étranges reflets miroitant sur les flots. Quelques pêcheurs-nageurs, armés de petits carrelets ne parviennent pas à perturber le calme des lieux.

- Les 3 chutes Cha-ung, Katieng et Ka Chahng, proches de Banlung, sont facilement accessibles depuis la route de Stung Treng. Les pensions les proposent en circuit à la journée, jumelées avec le lac. Cha-ung est la plus sauvage, on peut passer derrière le rideau liquide. Les deux autres permettent la baignade.

- Les districts de Ven Sai et Taveng bordent le sud du parc de Virachey, respectivement à trente kilomètres au nord-ouest et quarante kilomètres au nord-est de Banlung. Ces excursions agréables sur des pistes correctes, gentiment sinueuses et vallonnées, sont ponctuées de beaux panoramas, de sections boisées et de villages ethniques.

- Des rizières, une rareté régionale, précèdent le village de Ven Sai, assoupi au bord de la rivière Tonle San. Un petit bac rejoint la berge opposée. Surprise : loin de tout, un village propret de chinois « Hakka », avec son modeste temple, son école et ses échoppes ! Le proprio de l’épicerie-gargote installée à la sortie du bac nous apprend que ses ancêtres vinrent ici il y a environ 150 ans, attirés par les bonnes terres. Soit.

- En aval, le village de Pakalan est réputé pour ses poteries. Plus au nord, reconnaissables à leurs pagodes au toit bas, plusieurs villages sont peuplés de Laotiens. « Tout ces gens sont d’abord cambodgiens » dira le pilote du bac, un peu irrité par la question des nationalités. Depuis la rive de Ven Say, une piste suit la rivière vers l’amont jusqu’au village ethnique de Kachon. À son entrée, un cimetière typique est planté de grandes statues funéraires. Les habitants préfèrent que les touristes visitent celui de la rive opposée (traversée en barque).

- La région de Ta Veng est encore plus « paumée » et riche en ethnies que la précédente. En route, de nombreux chemins filent vers des villages. Quelques stands et un marché marquent l’entrée du « chef-lieu ». Continuer tout droit, dépasser la station des rangers puis franchir un petit pont suspendu. Le chemin se fait sentier et zigzague sur une grande distance entre maisons et rivière. Plus loin, Il y aurait de superbes falaises. Le temps nous manque. Tant pis, l’impression d’avoir atteint un village au bord du monde subsistera.

- Quasiment inhabité, le Parc de Virachey chapeaute sur 3 300 km2 le nord de la province. Depuis que la déforestation s’est accélérée, c’est la plus sûre option pour les amateurs de longue randonnée en forêt. Toute excursion doit être accompagnée par les rangers (droit d’entrée journalier et frais de guidage). Le QG de Banlung est le meilleur endroit pour organiser un trek.

Infos pratiques

Dominique Roland
Pour préparer votre voyage, consultez notre fiche Cambodge

Banlung : excursions, randos, ONG

- Eco-tourism Information (QG des rangers de Virachey) : dans le Département de l’Environnement. Depuis le centre, se diriger vers le lac Yeom. Dans une rue sur la gauche (panneau). Du lundi au vendredi de 8 h à 12 h et de 14 h à 17 h. Tél. : 012-17-26-817 (Mr Soukhon), 012-507-334 (Mrs Nika). Documentation, bonnes infos et personnel accueillant. Un peu de matos à louer, comme des hamacs et moustiquaires. Proposent des randos de niveau difficile (8 jours) ou moyen (3-4 jours). Pour 3 jours sur une base 4 personnes, prévoir environ 50 US$/jour/personne.

- ONG Médecine de la Nature : voir aussi Café de la Nature plus loin. Tél. : 092-665-832. medecinedelanature@gmail.com Petite ONG ayant pour mission d’installer des dispensaires prescrivant une médecine naturelle et traditionnelle. En dehors d’être plus abordable pour les autochtones, cet usage encourage à la conservation voire au développement d’un savoir immémorial aujourd’hui menacé. L’organisation d’excursions éco-responsables est également à l’ordre du jour, avec l’aide d’une ONG spécialisée en la matière.

- Autres interlocuteurs : nombreux mais de compétences très variables, ils ne peuvent légalement entrer dans le parc de Virachey sans l’aide des rangers. Se cantonnent plutôt à la découverte des villages ethniques, cascades, lacs et mines de la région ou à des activités annexes comme le canoë, la chambre à air et la balade à dos d’éléphant. Terres Rouges (priorité aux résidents mais rien n’empêche de tenter sa chance), Tree Top et le Café de la Nature sont recommandés (voir plus loin).

Où dormir ? Où manger ?

Banlung

- Tree Top : depuis le rond-point de l’Indépendance, tourner à gauche juste avant le marché. Poursuivre sur 300 mètres, bifurquer à droite (panneau resto Adam). Tél. : 011-600-381 ou 012-490-333. medecinedelanature@gmail.comtreetop-ecolodge@yahoo.com.kh Bungalows avec salle de bains, 10 US$. Grands chalets de bois et bambou aux toits de chaume, répartis sur un lacis de plateformes et passerelles surplombant un vallon luxuriant. Tout le confort nécessaire. Petite restauration.

- Terres rouges : au bord du lac Beung Kansaing. Tél. : 075-974-051 ou 012-214-468 (Banlung) ; bureau de Phnom Penh (7, rue 228), 023-215-651. www.ratanakiri-lodge.com. Dans cette grande propriété joliment jardinée, on loge dans l’ancienne maison du gouverneur ou dans une série d’opulents bungalows. La déco soignée mélange colonial, art déco khmer et ethnique. Au charmant resto-bar, ne pas dédaigner la sélection sino-khmère malgré la présence des seuls coqs au vin et viandes de qualité à des milles à la ronde. Grande piscine et spa. Boutique d’artisanat. Doubles à 40-65 US$ ; suites à 85 US$. Plats : 6-15 US$. Internet

- Café de la Nature : en allant vers le lac Yeak Leom depuis le rond-point, tourner à gauche au niveau des stations-essence. Panneau sur la droite. Tél. : 092-532-101. Tous les jours du mardi au dimanche de 7 h jusqu’au dernier client. Initié par l’ONG Médecine de la Nature (voir plus haut). Bar, petites huttes traditionnelles, nattes et tables basses se partagent un terrain ombragé par de grands arbres. Jus de fruits, café « éthique », thés médicinaux, douceurs, sandwichs et petit déj. Fêtes prévues le week-end.

Kompong Cham

- Mékong Hotel : rue de la berge, en amont du pont. Tél. : 042-941-536. Double avec salle de bains entre 7 et 15 US$. Installé dans un grand rectangle jaune pâle de deux étages, c’est l’hôtel le plus moderne et confortable de la ville.

- Lazy Mekong Daze : rue de la berge, proche du pont. Tél. : 099-569-781. Resto-bar animé par un aimable breton et sa compagne khmère. Parfait pour se laisser gagner par « l’étourdissement paresseux du Mékong ».

- Restaurant Hoi Han : à l’intersection de l’avenue et d’une rue venant du marché (à l’opposé du fleuve) Tél. : 012-941-234. Un des meilleurs exemples de resto sino-khmer que l’on connaisse. Plats servis en trois tailles, voir le conseil sous Gecko Place.

Kratie, Chhlong

- You Hong GH et resto : deux adresses, l’une face à l’angle nord du marché, l’autre sur une perpendiculaire entre le marché et la berge (plus récent et coquet). Tél. : 012-957-003. youhong_kratie@yahoo.com Confort et tenue plutôt bonne. Petits plats simples, locaux et occidentaux. Résa de transport et d’excursions, location de vélos et motos. Double et triple avec salle de bains entre 3 et 13 US$. Plats : 1,50-3,50 US$. Internet sur poste payant, wifi gratuit dans la salle (!).

- Relais de Chhlong : chemin au bord du Mékong, secteur du temple. Tél. : 089-597-960. lerelaisl@online.asia Depuis 2008, la reconversion hôtelière de cette icône coloniale est assurée par des Français habitués de ces tours de force. Aménagé dans un style épuré, asiatico-contemporain. Chambres de 75 à 95 US$. Résa maisonentière : 350 US$. Petit déj. inclus. Repas : 12 US$. Accès internet possible.

Stung Treng

- Riverside GH et resto : en face de l’arrêt des bus, face au Mékong. Tél. : 012-439-454. L’efficace Mr T a fait de sa pension une étape routarde populaire sur la route du Mékong, entre Cambodge et Laos. Resto-bar au rez-de-chaussée, toit-terrasse. Résa de transports : bus, minivan et bateau (vers le Laos). Séduisante gamme d’excursions fluviales d’un à trois jours sur le Mékong (dauphins et chutes comprises), ou, sur le Tonle Kong, en direction du parc de Virachey (Siem Pang). Double avec salle de bains de 3 à 10 US$. Plats entre 1,50 et 3,50 US$.

Artisanat

Encore en grande partie produits pour l’usage quotidien, les tissages et vanneries du Ratanakiri sont très intéressants. Hottes et sarongs font de très beaux souvenirs, les plus belles pièces ont une véritable valeur artistique. Tenter sa chance dans les villages, avec respect et sens du marchandage, ou fureter dans les quelques boutiques qui bordent le marché, sans oublier celle du lodge Terres Rouges.

Documentation, services

- Banques présentes dans toutes les capitales provinciales, Banlung compris. Service de change et distributeur de billets.
- Librairie « Carnets d’Asie » : Phnom Penh, voisin du Centre Culturel Français (voir le Guide du Routard). Parmi beaucoup d’autres, on y trouve les ouvrages ci-dessous :
- Cambodia Road Map (collection Gecko Maps). Considérée comme la meilleure carte du pays ;
- Atlas du Cambodge Total. Cet atlas routier inclut un cahier de pages pratiques et culturelles, intéressant et utile.
Combinés (nomenclature et transcriptions locales varient grandement), ces deux outils permettent généralement de se repérer en communiquant avec les autochtones. On l’a fait… Profitant des quadrillages GPS inclus, d’autres y rajouteront la précision cartésienne des astres.

Notre itinéraire

Dominique Roland
En bus

- Depuis Phnom Penh : départs journaliers et matinaux pour Kompong Cham (deux-trois heures de trajet), Kratie (six heures, 7 US$), Stung Treng (huit heures, 10 US$) et Banlung (douze heures, 15-17 US$).
- Stung Treng-Banlung : un bus/jour à 8 h, (quatre heures de trajet, 7 US$) ou minivan, environ 17 US$.
- Stung Treng- Laos : une heure de trajet, 4 US$. Attention : pas de visa laotien à la frontière, s’en munir préalablement.

À moto

- The Bike Shop : 31, rue 302  Tél. : 012-351-301 (français) ou 012-331-330 www.motorcyclecambodia.com Probablement la meilleure adresse pour louer une 250 cm3 trail, idéale pour cette escapade. Managée de main de maître par Bernard, un Français expatrié de longue date.

Le parcours

De Phnom Penh à Kompong Cham :
Sortir de la ville par le pont japonais. Quitter la N6 à la fourche de Roka (kilomètre 35) pour la petite route qui suit la rive droite du Mékong. Dix kilomètres environ après le village de Roka, la route devient piste, bosselée mais facile. Toujours se laisser guider par le fleuve qui s’incurve vers le nord-est pour négocier les quelques intersections et fourches. De jolies berges érodées précèdent le bourg de Sour Kong (à 33 kilomètres environ de la fourche de Roka) séparé de celui de Kang Meas par le grand pont (temple, gargotes).

De Kompong Cham à Kratie :
Des pistes filent vers l’amont depuis les deux rives. Rester sur la droite, celle de Kompong Cham. Aux environs du kilomètre 30, grimper directement sur la butte du « Phnom Hanchey Resort », ne pas suivre le panneau. Revenu sur la piste, environ 500 mètres après le Phnom, prendre la branche droite (descendante) de la fourche, long secteur particulièrement sensible aux inondations (parfois infranchissable pendant la saison des pluies). Gros village Cham au kilomètre 47. À la sortie de Stung Trong (kilomètre 54), prendre le bac (1 US$) pour la rive gauche (celle de Chhlong et Kratie). Piste toujours bosselée.
Nouveaux villages Cham et Khmers. Vingt kilomètres environ après le bac, retour du bitume, un peu avant le village de Roka. Chumnik est tout proche. Vingt kilomètres plus loin, tourner à gauche à l’entrée de Chhlong, sur une petite route longeant un mur d’enceinte. Prendre le chemin à droite (proche du temple) pour trouver la rue de la berge. Noter qu’une bretelle rejoint la N7 depuis Chhlong (une heure de trajet). Sortir de Chhlong par le pont métallique. Sur 18 kilomètres environ, bonnes latérites sur digue ou chemins bosselés desservant les villages de la berge. Bitume sur les derniers quinze kilomètres avant Kratie.

De Kratie à Banlung :
Suivre la berge du Mékong. « Sambok Mountain » sur la droite au kilomètre 13 puis Kampi au kilomètre 20. L’intersection de Sandan est neuf kilomètres plus loin. Bretelle de 14 kilomètres jusqu’à la très roulante N7. 85 kilomètres jusqu’à l’intersection de Banlung, dix de plus pour celle de Stung Treng. 130 kilomètres de piste assez bonne jusqu’à Banlung.

Chutes de Cha-ung
Rejoindre le croisement de pistes situé à trois kilomètres de Banlung en allant vers Stung Treng (panneaux). Tourner à droite. Un kilomètre après, prendre à main gauche et 400 mètres plus loin, à main droite. Bifurcation (panneau) après cinq kilomètres, d’où il reste 4,5 kilomètres jusqu’au guichet (passage d’un village en route, rester à main droite).

Chutes de Katieng et Ka Chahng
Depuis le croisement aux panneaux indiqués ci-dessus, tourner à gauche. Après quatre kilomètres, deux embranchements signalés se succèdent sur la droite.

Ven Sai, Taveng
- Dans les deux cas depuis le centre-ville : prendre à gauche au carrefour des stations-essence, à droite à la fourche au-delà d’un petit lac puis traverser un village avec école avant d’arriver à une intersection avec panneaux (à neuf kilomètres du centre en tout). Pour Virachay/Taveng, suivre « ethnic culture Poy».
- Depuis Kachon, suivre sur huit kilomètres l’axe perpendiculaire à la rivière ramène à la piste principale de Banlung sans repasser par Ven Sai.

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Située au nord-est du pays, Kratie, petite ville aux allures provinciales, est tout de même la capitale de la province éponyme. Il ne faut pas longtemps pour en faire le tour mais elle reste le point...
Cambodge : le Tonlé Sap, un lac à part

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Situé à une quinzaine de km au sud de Siem Reap et des temples d'Angkor, le Tonlé Sap est le plus grand lac d’eau douce d’Asie du Sud-Est. Parsemé de villages flottants, doté d’un écosystème assez...
Cambodge : Siem Reap, la ville aux portes d’Angkor

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Que voir, que faire à Siem Reap ? Pour les voyageurs, Siem Reap est la porte d’entrée des temples d’Angkor. Mais cette ville en plein développement mérite également d’être découverte… Capitale de la...
Les temples d'Angkor, merveilles du Cambodge

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Visiter les temples d'Angkor : que voir ? que faire ?  On pense tout connaître d’Angkor : ses temples extraordinaires se mirant dans les eaux, ses bas-reliefs couverts de danseuses, les robes safran...
Cambodge : Kampot, la capitale du poivre

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Posée au bord du golfe de Thaïlande, à environ 4 heures de voiture de Phnom Penh, Kampot est une autre capitale : celle du poivre, auquel elle a donné son nom. Le Cambodge a relancé, dans les années...

Bons plans voyage Cambodge

Le Cambodge en Immersion
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