Hong Kong-Macao, Est-Ouest

12 janvier 2009

Hong Kong et Macao : deux noms qui font rêver, deux histoires parallèles, mais deux sœurs loin d’être jumelles. Voisines, les deux cités cosmopolites du delta de la Rivière des Perles, aux portes de Canton, ont toujours été des plaques tournantes du commerce international. Échange des biens, brassage des hommes, mélanges de cultures : profondément asiatiques, ces deux ex-colonies britannique et portugaise, revenues dans le giron de la Chine, font se télescoper Orient et Occident, passé et présent.
Ville de tous les superlatifs, Hong Kong, l’industrieuse « qui ne dort jamais » et ses gratte-ciels touchant le ciel, ferait presque passer New York pour une bourgade assoupie. Macao et ses vestiges portugais est, quant à elle, en train de supplanter Las Vegas comme capitale mondiale du jeu. Chacune à leur manière, ces poussières d’empire sont aussi d’insatiables dragons aux multiples facettes. Intimidantes, déconcertantes et franchement irrésistibles, Hong Kong et Macao font perdre le Nord, entre Est et Ouest…
Asia's World City

Si vous partez à Hong Kong par un vol de nuit, ce n’est qu’au crépuscule du jour suivant que vous atterrirez à l’aéroport de Chep Lap Kok. À bord de l’Airport Express Line – le train à grande vitesse ultramoderne qui conduit au centre-ville -, vous verrez briller des tours dans la nuit, puis les docks d’un port gigantesque (Rotterdam ? Hambourg ?). Vingt minutes plus tard, vous débarquerez dans le hall aseptisé de Hong Kong Station.
Un étage au-dessus, vous vous perdrez sûrement dans le dédale de marbre de l’IFC Mall, l’un des plus grands temples climatisés de la consommation haut de gamme de Hong Kong. C’est l’un des innombrables escaliers roulants de ce centre commercial, tournant en boucle 24 heures sur 24, qui vous conduira vers la sortie, pour un premier contact avec la ville. Levez alors les yeux vers le ciel…
Première vision, premier choc : face à vous, la forêt, puissante et drue, des gratte-ciels étincelants de Central, le quartier des affaires, s’élève telle une muraille sur les flancs du mont Victoria. Au premier rang, les arrogants buildings de verre des banques et des multinationales dessinent la skyline de la ville. Derrière, tout aussi élevées, les tours d’habitations des années 70, avec des caissons d’air conditionné à chaque étage, s’élancent en rang serré vers le ciel. Le tout est couronné par la silhouette du Victoria Peak, qui domine la ville et la baie du haut de ses 554 mètres.
Bienvenue à Hong Kong, Asia’s World City, la 2e puissance financière d’Asie, adossée à l’eldorado chinois et capitaliste jusqu’au bout des ongles. Une plaque tournante du commerce international, jadis britannique, chinoise depuis 1997, un rêve d’Occident dans un cadre extrême-oriental. À moins que ce ne soit le contraire…
En survolant Metropolis

Est-on à Metropolis ? Dans la ville tentaculaire de Blade Runner ? Près de deux millions de personnes (sur les 7 que compte le territoire) habitent à Central, dans le nord de l’île de Hong Kong, sur une étroite bande de terre, coincée entre le port (Victoria Harbour) et la montagne (Victoria Peak). Elles n’ont donc d’autre choix que de vivre et de travailler en hauteur. Le manque de place tire évidemment les loyers vers le haut. Dans le quartier, le moindre studio affiche un loyer de 10 000 HK$ (1 000 €) par mois. Hong Kong est un millefeuille urbain, dont les strates en disent long sur ceux qui le peuplent. Plus l’étage est élevé, plus on est riche.
Est-on dans un labyrinthe ? Les perspectives et l’échelle européennes ne sont plus de mise. À Hong Kong, on ne touche plus terre, littéralement. Les rues et les avenues sont dédoublées par des passerelles : on peut passer d’une tour de bureaux à l’autre sans mettre le pied sur un trottoir. Des kilomètres d’escaliers roulants permettent ainsi de survoler la ville. Du cœur du quartier des affaires, à Central Market, c’est même un « serpent mécanique » de 800 m (record mondial !) qui permet de gravir la colline de Victoria jusqu’aux gratte-ciels chics des Mid-Levels et au quartier branché de SoHo, en passant par-dessus rues et immeubles !
La densité de population est étourdissante. Les rues sont bondées à faire frémir et pourtant la foule, dense et compacte, s’y déplace en toute fluidité, comme si elle glissait en un mouvement perpétuel. De jour comme de nuit, il y a du monde partout, travaillant, achetant, mangeant, bavardant. La ruche hong-kongaise, affairée et infatigable, vibre en accord avec les pulsations frénétiques des rumeurs de la rue, au rythme de la cacophonie du trafic, des coups de klaxon lancés par les nuées de taxis rouges, du vrombissement des autobus à impériale et des voitures de luxe, du crissement des roues du tramway sur les rails et du métronome incessant du signal sonore des feux rouges.
Du spirituel dans le fric

Les Hongkongais adorent consommer. Leur ville a des airs de gigantesque centre commercial en duty free. C’est d’ailleurs ce qui attire nombre de touristes étrangers. Tout ici incite à la dépense. L’argent roi fait tourner cette Babel extrême-orientale, où le laisser-faire tient lieu de credo économique. On goûte avec ostentation aux plaisirs du luxe globalisé. Armani y possède son propre centre commercial, avec une douzaine de boutiques déclinant la marque. Vuitton, Agnès B., Tiffany’s et tutti quanti s’exposent sur de grands placards publicitaires.
De partout, on vient taquiner le veau d’or. Un architecte expatrié nous a confié gagner le double de son salaire londonien. Un ami taïwanais nous a avoué travailler jusqu’à douze heures par jour. Les Hongkongais, chinois à 95 %, vouent un culte au travail. Ici, les magasins sont ouverts sept jours sur sept et, dans le quartier jeune et branché de Causeway Bay, certaines rues sont fermées à la circulation le dimanche pour laisser la foule vaquer à ses affaires.
La gourmandise est l’autre péché mignon des gens d’ici. Le dimanche, par exemple, on se retrouve entre amis au restaurant pour prendre un brunch à base de dim sum, de délicieuses bouchées (raviolis, beignets…) à la crevette, à la viande ou aux légumes, accompagnées de thé et de sucreries en tout genre. Avec plus de 20 000 restaurants (!), Hong Kong est un petit paradis gastronomique où l’on trouve toutes les cuisines d’Orient et d’ailleurs. Nous avons même croisé l’enseigne d’un resto nommé « Bouillabaisse » !
Mais n’allez pas croire que tout n’est que pragmatisme et matérialisme à Hong Kong. Observez, par exemple, ces hommes d’affaires s’arrêter dans un temple pour y brûler de l’encens. Ici, les jeux de hasard ont la cote et la numérologie est une croyance répandue. Sous ses apparences de rationalité poussée à l’extrême, Hong Kong croit en l’irrationnel. Elle a l’art de mettre du spirituel dans le fric.
La meilleure preuve ? La construction des édifices emblématiques de la ville, et notamment des sièges sociaux de grandes firmes, s’inspirent des principes du feng shui. Art chinois millénaire, le feng shui permet d’aménager l’espace d’un lieu de manière à favoriser la circulation de l’énergie positive. Le bien-être et la prospérité de ses habitants en dépendent. Signée par l’architecte Norman Foster, la tour de la HSBC (notre photo), la principale banque de Hong Kong, a par exemple été conçue selon le feng shui : son rez-de-chaussée a été laissé vide pour favoriser la circulation de l’air. Au sud de l’île, à Repulse Bay, un immeuble d’habitation, situé en bord de mer, contient une énorme cavité en son milieu. Elle permet à un dragon mythique, chassant les mauvais esprits dans la montagne, de se désaltérer dans la mer de Chine…
Le règne des marchés

Le business fait-il partie de l’ADN hongkongais ? Toutes les communautés, toutes les classes sociales semblent s’adonner au commerce. Hong Kong, en effet, ne se résume pas à une ruche de bureaux et de malls climatisés où se font et se défont les échanges économiques mondiaux. Au pied même des gratte-ciels de Central, le quartier des affaires, on trouve, nichés dans d’étroites ruelles comme Peel Street et Graham Street, d’étonnants petits marchés populaires regorgeant de babioles et de mets exotiques.
Les marchés forment l’un des spectacles de rue les plus fascinants de Hong Kong, en un saisissant contrepoint aux bureaux climatisés à l’occidentale. Sur l’île de Hong Kong, faites un détour par Sheung Wan, le « quartier (encore plus) chinois » bruissant d’activité, avec les magasins d’antiquités de Hollywood Road et le marché aux puces de Cat Row. Jetez un œil aux boutiques d’apothicaire avec leurs étranges produits médicinaux (peau de lézard séchée, racines de ginseng, hippocampes séchés…) s’utilisant selon des savoir-faire ancestraux. Sur Hiller Street, on trouve même des vendeurs de serpents. De là, un vieux tramway à impériale conduit du côté de Wan Chai et Causeway Bay, où s’est installé le marché aux oiseaux de Tai Wong Street West.
Ensuite, prenez le Star Ferry vert et blanc à deux ponts qui traverse le Victoria Harbour (vue sublime sur les tours de Central) vers Kowloon. C’est de ce côté-ci de la baie que se trouvent les marchés les plus pittoresques. Le quartier de Tsim Tsa Shui, avec ses boutiques de contrefaçon et ses vendeurs à la sauvette mérite un crochet pour les incroyables Chungking Mansions. C’est dans cet immeuble un peu glauque que Wong Kar Wai tourna son cultissime Chungking Express. On y trouve les guesthouses les moins chères de la ville, de véritables usines à routards. Au rez-de-chaussée, bureaux de change et échoppes en tout genre donnent à l’endroit des airs de souk.
L’artère principale de Kowloon, Nathan Road, illuminée la nuit par ses centaines d’enseignes aux idéogrammes multicolores, conduit aux quartiers populaires de Yau Ma Tei et Mongkok (l’un des endroits les plus densément peuplés de la planète) avec, là encore, d’incroyables marchés en plein air débordant de monde. Spectacle et émotion garantis au Ladie’s Market (tout pour les filles !), au Jade Market avec ses bijoux précieux, au GoldFish Market avec ses poissons rouges et ses espèces exotiques, aux très nombreux marchés aux fruits et légumes, au Flower Market et au Bird Market – les Chinois adorent les oiseaux - avec sa symphonie de piaillements de toutes sortes.
Poussières d'empires

Rendue à la Chine en 1997, ayant traversé depuis une crise économique et sanitaire (avec l’épidémie de SRAS en 2003), Hong Kong semble vivre dans l’instant. Les amateurs de vieilles pierres n’y trouveront pas vraiment leur bonheur.
Le « Port aux Parfums » (Hong Kong en chinois) possède tout de même quelques beaux restes de l’époque coloniale britannique. Le Peninsula, à Kowloon, est incontestablement le joyau de la Couronne. Cet hôtel luxueux, sorte de Ritz local, témoigne d’une époque révolue, avec ses lambris dorés et l’opulence de son hall. Il est encore fréquenté par les dames de la haute société lors des 5 o’clock teas servis selon la plus authentique tradition anglaise. Sur l’île de Hong Kong, à Central, quelques îlots coloniaux témoignent aussi du passé britannique comme l’Old Supreme Court Building qui accueille le conseil législatif hongkongais, la St John’s Cathedral, église anglicane de 1849 ou l’Old Dairy Farm Building où se trouve le bar select du Foreign Correspondant Club.
Enfin, les vieux tramways à impériale, le ferry du Victoria Harbour, les rues aux noms anglais et la conduite à gauche nous rappellent que la ville, où les Européens représentent pourtant moins de 3 % de la population, continue à cultiver sa différence : ici, Sir, vous êtes à Hong Kong, et non en Chine !
Pour les amoureux de l’Asie éternelle, guère de salut non plus. Signalons, au pied des buildings, les temples de Man Mo (à Central) ou de Tin Hau (à Yau Ma Tei) qui rend hommage à la déesse de la mer. À l’intérieur, à l’abri de l’agitation environnante, le temps semble s’être arrêté dans les vapeurs d’encens.
Autre survivance d’un mode de vie traditionnel : les jonques et les sampans d’Aberdeen, au sud de l’île de Hong Kong, où vivent encore les pêcheurs Hoklo venus du Guangdong. Même si aujourd’hui bon nombre se sont installés dans les immeubles aux alentours, les pêcheurs d’Aberdeen sont encore plusieurs milliers à habiter sur leurs « îles flottantes » et à vendre le fruit de leur pêche au marché aux poissons. Il est possible de visiter ce village de sampans en bateau à moteur pour la somme de 60 $ (6 €).
Les lumières de la ville

C’est la nuit que Hong Kong se fait la plus séductrice. Néons publicitaires, buildings brillant de mille feux, crépitement des phares de voiture, éclairage blanc des magasins, idéogrammes rouge vif ou vert fluo : selon l’intensité et la couleur, vous aurez l’impression d’évoluer dans un jour artificiel ou d’être plongé, entre chien et loup, dans un tableau d’Edward Hopper.
Tous les soirs à 20 h, la belle se met en scène avec la Symphony of Lights, l’un des plus extravagants sons et lumières urbains qui soient : trente-trois buildings s’illuminent des deux côtés de la baie dans des jeux de laser censés évoquer le dynamisme de Hong Kong. Impressionnant, malgré la musique plutôt kitsch. Il faut également prendre le funiculaire qui grimpe raide jusqu’au Victoria Peak, culminant au-dessus de Central. Du sommet, la vue plongeante sur l’habit de lumière des gratte-ciels est époustouflante.
Autre ambiance nocturne à ne pas manquer : le fantastique marché de nuit de Temple Street et ses centaines d’étals de fortune, tous les soirs de 18 h à minuit. Bien sûr, on y trouve l’habituel bric-à-brac de gadgets, CD piratés, bibelots chinois, sacs, fringues, soieries et contrefaçons de marques prestigieuses (bonjour "Channel" et "Calvin Klain" !). Mais aussi, de très nombreux restaurants de rue tous bondés, des diseurs de bonne aventure, des joueurs d’échecs et de mah-jong, des orchestres de rue, des karaokés et même… des chanteurs d’opéra cantonais !
De l’autre côté de la baie, à Lan Kwai Fong et SoHo (à Central), c’est un autre monde : la jeunesse dorée et les expats s’éclatent dans des restos selects, des bars branchés, des pubs et des boîtes qui ne jureraient pas à Londres ou à New York. Atmosphère endiablée bien qu’un tantinet élitiste, belles filles et beaux gosses bien sapés, voitures de sport. Ça sent le fric et la frime, d’ailleurs la moindre bière coûte 50 $ (5 €) ! Mais qu’importe : comme nous l’a assuré une jeune designer malaise, qui a vécu à Shanghai et à Tokyo, « c’est à Hong Kong que l’on s’amuse le plus en Asie, car l’ambiance y est cosmopolite et électrique ! »
Les possibilités d'une île

Étonnant ! À une demi-heure de bus ou de ferry de Central, la nature reprend tous ses droits. Hong Kong dévoile son visage le moins connu avec des plages désertes, des sentiers de randonnée à travers la forêt luxuriante et des temples nichés dans la montagne. En fait, la population se concentre sur le tiers du territoire, qui compte pas moins de 260 îles, dont la majorité sont inhabitées.
Hong Kong possède 23 parcs régionaux, couvrant 40 % de la superficie de son territoire. Ces parcs sont sillonnés par des sentiers de randonnée, comme le MacLehose Trail (100 km) ou le Hong Kong Trail (70 km) filant à travers vallées boisées, sommets balayés par le vent et côtes rocheuses. On peut y croiser des singes, des tatous et de très nombreuses espèces d’oiseaux.
Plusieurs ferries desservent les îles depuis Central ou Kowloon. Cheung Chau ou Lamma, peuplées de pêcheurs et de paysans, sont des havres de verdure et de paix. Aucune voiture n’y circule et les plages désertes invitent au farniente ou à la baignade. Elles abritent quelques bons restos (pas chers) de fruits de mer. Bref, de véritables petits paradis.
L’île la plus facile d’accès demeure Lantau, qui est deux fois plus grande que Hong Kong, mais très nettement moins peuplée. Malgré la présence du nouvel aéroport international et de Disneyland Asie, Lantau a su conserver son atmosphère bucolique : des sommets escarpés, des monastères à flanc de colline, de pittoresques villages de pêcheurs comme Tai O et de magnifiques plages de sable comme Cheung Sha ponctuent le paysage.
Merveille à ne pas manquer : le monastère bouddhiste de Po Lin, perché à plus de 500 m d’altitude sur le plateau de Ngong Ping. Il se trouve face à la plus grande statue de Bouddha assis au monde (26 m de haut), que l’on rejoint en montant un escalier très raide de 270 marches. En haut, panorama époustouflant sur les montagnes de Lantau et la mer de Chine. Pour rentrer sur Hong Kong, prenez le téléphérique qui relie Ngong Ping à une station de métro. En chemin, vous aurez une vue plongeante sur l’aéroport de Chek Lap Kok et le ballet des avions à l’atterrissage ou au décollage.
Macao, sur un air de saudade

Hong Kong et Macao sont voisines. Tous les quarts d’heure, des ferries relient en une heure environ les deux villes. Dernière enclave européenne à être revenue dans le giron chinois en 1999, Macao, à part l’architecture coloniale de son centre historique, n’a en fait plus grand chose de portugais. N’essayez pas de dire « Bom Dia » à vos interlocuteurs chinois, ils ne vous comprendront pas. Plus personne – ou presque – n’est lusophone, même si le portugais est toujours l’une des langues officielles de la minuscule péninsule de Macao qui est administrativement autonome.
La petite Macao n’a rien des extravagances de sa flamboyante consœur. Peuplée d’à peine 450 000 habitants, elle paraît presque provinciale, voire assoupie. Sans doute est-ce du aux vestiges de son passé colonial, qui lui confèrent un aspect intemporel, une atmosphère mélancolique, renforcée à notre passage par une brume de chaleur blanchâtre. Superbement restauré, le vieux Macao invite à un voyage dans le temps et l’espace. Sans la population et les touristes pratiquement tous asiatiques, on se croirait presque à Porto ou à Funchal. Sur le Largo do Senado, la place principale de la ville, la mosaïque blanche et noire du sol, dessinant des vagues, fait penser aux trottoirs de Copacabana.
On flâne avec délice dans les étroites ruelles du vieux Macao conduisant vers des édifices et des églises baroques du XVIIe siècle aux façades jaunes et blanches, comme São Domingos et São Lourenço. De nombreux restaurants servent des plats macanais, fruits du métissage des cuisines portugaises, chinoises et malaises comme le caril de galinha (poulet au curry) ou le pombo assado (pigeon rôti). Macao a ses trésors cachés, comme les azulejos du XVIIIe siècle de la cour intérieure du Leal Senado, un imposant bâtiment colonial aux murs blancs et aux volets verts.
Mais tout cela n’est rien à côté de la façade de l’église São Paulo, remarquable vestige d’une église du début du XVIIe siècle détruite par un incendie en 1835. Situé en haut d’un vaste escalier, ce symbole de Macao a tout d’un mirage surgi du passé. Sa façade, où des inscriptions chinoises et un dragon se mêlent aux symboles chrétiens, s’élève dans le vide. Derrière elle, il n’y a qu’un champ de fouilles et, plus loin, les immeubles décrépits de la ville chinoise où s’entassent les Macanais les plus modestes. La vision est saisissante, nombreux sont les touristes qui photographient cet ersatz d’un monde évanoui.
Quelle étrange sensation pour un Européen de voir l’un de ses lieux de culte sous la forme d’un vestige archéologique ! On ne peut s’empêcher de rapprocher São Paulo de Monte Alban ou d’Angkor Vat. Sauf qu’à Macao, c’est un édifice chrétien qui tient lieu de ruine évoquant une culture disparue. Ne vous laissez pas tromper par les édifices coloniaux : à Macao, le Portugal n’est plus qu’un vieux souvenir. Vous êtes bel et bien en Asie, dans un univers bien moins métissé que Hong Kong.
Son nom de Venise dans Coloane désert

Macao, c’est avant tout des casinos. L’immense majorité des 27 millions (!) de touristes que reçoit la ville ne vient pas pour goûter aux délices de la saudade, mais plutôt à l’« enfer du jeu », décrit par le roman homonyme de Maurice Dekobra. Aujourd’hui, les tripots qui ont fait la mauvaise réputation des lieux ont été remplacés par des casinos pharaoniques. Depuis 2007, Macao est devenue la capitale mondiale du jeu, dépassant Las Vegas en termes de recettes. La ville est d’ailleurs le seul territoire de la République populaire de Chine à pouvoir héberger des casinos. Et quand on connaît la passion dévorante des Chinois pour le jeu, il n’y a rien d’étonnant à ce que les recettes de ces établissements aient dépassé l’an dernier les 10 milliards de dollars.
Près du centre se trouve l’historique Casino Lisboa, qui évoque le Macao d’antan avec ses salles de jeu grouillantes et enfumées. De l’autre côté de la rue, changement de style avec le Grand Lisboa, gigantesque édifice doré et clinquant en forme d’ananas (ou de fleur de lotus, c’est selon) avec plusieurs étages de salles de jeu et de chambres d’hôtel. Les deux établissements appartiennent au magnat Stanley Ho, figure haute en couleurs de la vie locale.
Mais M. Ho a fort à faire avec la concurrence. Devenu le nouvel Eldorado du jeu, Macao constitue désormais une proie de choix pour les promoteurs américains. Les terrains vagues de la zone périphérique, située entre les îles de Taipa et de Coloane, sont aujourd’hui en ébullition. On n’y compte plus les grues et les chantiers. D’ici quelques années, ce sont de rutilantes salles de jeu qui s’élèveront à la place des marécages. La dernière sensation est le MGM Grand Macau, avec, à sa porte, deux lions dorés de dix mètres de haut et pesant plus de soixante tonnes chacun !
Le Venetian Macau, copie du célèbre casino de Las Vegas, fait encore plus fort : construit au cœur d’un no man’s land de 5 km2 gagnés sur la mer, entre Taipa et Coloane, c’est le plus grand complexe de jeux et le plus imposant bâtiment du monde après l’usine de Boeing. Surgissant au milieu de nulle part, le Venitian reproduit, pratiquement grandeur nature, les monuments les plus célèbres de la Cité des Doges, comme la place Saint-Marc, le pont du Rialto et le Campanile. À l’extérieur, des airs de Vivaldi, diffusés en boucle par des hauts-parleurs, accentuent l’étrangeté du lieu.
À l’intérieur, tout n’est que dorures, servant d’écrin à plusieurs milliers de machines à sous, 850 tables de jeux et 3 000 chambres d’hôtels ! Au troisième étage du bâtiment, des canaux de cinq cents mètres de long, sur lesquels évoluent des gondoles, sont censés évoquer le Grand Canal avec, sous les répliques de façades de palais vénitiens, des boutiques de fringues de luxe. Après un an d’ouverture, le Venetian a fait le bonheur de quelque 20 millions de touristes chinois, trop contents de trouver, à quelques kilomètres de Canton, le dépaysement de l’une des plus belles villes d’Europe, fût-elle de carton pâte. Encore un mirage de l’Occident, dans cette déconcertante Macao.
Infos pratiques

Pour préparer votre voyage, consultez nos fiches Hong Kong et Macao.
Office de tourisme de Hong Kong
www.discoverhongkong.com
Office de tourisme de Macao
www.macautourism.gov.mo
Comment y aller ?
Vols directs quotidiens avec Air France et Cathay Pacific à partir de 750 € l’aller-retour. Tarifs moins chers avec des vols en correspondance.
Liaisons en ferry entre Hong Kong et Macao avec Turbojet. Durée : 1 h.
Où dormir ?
- Central Park Hotel : 263 Hollywood Road, Sheung Wan, Hong Kong Island. www.centralparkhotel.com.hk Idéalement situé dans le quartier des antiquaires, cet hôtel-boutique est l’annexe du très chic Lan Kwai Fong Hotel. Design très épuré pour des chambres un peu petites mais très lumineuses. Doubles à partir de 840 HK$ (85 €).
- YMCA Salisbury : 41, Salisbury Road, Kowloon. www.ymcahk.org.hk Si vous préférez dormir de l’autre côté de la baie, la plupart des chambres de cet immeuble, qui se trouve à côté du Peninsula ont vue sur la mer. Chambres fonctionnelles, mais aussi resto, piscine, salles de fitness, laverie, coiffeur, etc. Doubles à partir de 800 HK$ (82 €).
Pour les moins regardants, à Kowloon, nombreuses pensions dans l’immeuble de Chunking Mansions sur Nathan Road avec des chambres à partir de 300 HK$ (33 €).
Où manger ?
- Yung Kee Restaurant : 32-40 Wellington St., Hong Kong Island. www.yungkee.com.hk Ouvert de 11 h à 23 h 30. Une institution locale, connue pour ses canards laqués et ses délicieux dim sum. Plats entre 100 et 300 HK$ (11-33 €).
Sinon, on trouve de nombreuses échoppes dans la rue, dans les marchés et de nombreux fast-foods dans toute la ville.
- À Macao :
Fat Siu Lau : 64, rua da Felicidade. www.fatsiulau.com.mo L’un des plus vieux restaurants de Macao (fondé en 1903) sert une authentique cuisine macanaise aux accents lisutaniens, que l’on peut accompagner de vinho verde. Plats entre 50 et 150 Pat. (5-15 €).
Goûtez également aux laits aromatisés (spécialité locale) de Leitaria I Son sur le Largo do Senado. Délicieux et rafraîchissants.
Où sortir ?
Très nombreux bars dans la rue de Lan Kwai Fong, à Central, où la foule déborde sur le trottoir. Nombreux restos, cafés et boîtes branchés (beaucoup d’expatriés) non loin de là à SoHo (South of Hollywood Road). Consulter le Time Out Hong Kong ou le supplément dominical du South China Morning Post pour les bons plans et les bonnes adresses.
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