On dira ce qu’on voudra, ce site vous tire des larmes. Il faut arriver tôt sur le site de Petra. Une journée peut suffire (mais les mollets des novices jonglent le lendemain, même avec l’aide d’ânes de passage…). Deux jours permettent de goûter aux grandes zones du site et de faire quelques belles marches. Trois jours, c’est le luxe ! On songe aux caravanes d’encens en transit dans cette capitale des Nabatéens, devenue nécropole et stocks de marchandises. On se repasse aussi Indiana Jones ! Et on pense aux Romains qui assoiffèrent la population en coupant notamment l’eau provenant des roches (conduits d’eau bien visibles sur les côtés du Siq, à l’entrée).
Une équipe télé française gonfle et dégonfle une jolie montgolfière de poche pour filmer le Khazneh, ce « trésor » creusé dans la roche. On les comprend ! Un camion de poubelles passe. Des carrioles dévalent le Siq en furie. Enfin il est à nous ! Dans ce tombeau creusé par le roi nabatéen Alherath III, on retrouve un patchwork architectural, grec, égyptien, assyrien. Les roches qui y mènent paraissent fausses tant les nuances rouges, roses, ocres, bleues et jaunes sont irréalistes. Un arc-en-ciel de pierre. On s’amuse à trouver des ressemblances : là un poisson-pilote, une femme sculptée, ailleurs un monstre… Tiens ! Un vrai pied ! Une vraie rose ! Des merlons enchanteurs, sortes de pyramides qui ressemblent aux redans du Nord, symbole architectural assyrien par excellence et des bétyles. Viennent ensuite le théâtre, les tombes plus ou moins secrètes, les vestiges romains et le Grand Temple.
Nous y voici : le Deir, le monastère. Faut le mériter ! On prie les ânes qui nous y mènent de ne pas songer aux ravins voisins. Ne regardons pas en bas ! Levons la tête ! Quelle beauté ! Gravée à jamais. Prises de vue hallucinantes. Près de 800 marches. Des fous y vont à pied ! Et il est là… d’abord il se cache, puis à main droite, demi-tour droite à nouveau, et il s’offre à nous. Un homme joue de la flûte au loin. Échos enchanteurs. Songeons juste que l’urne surmontant l’édifice fait 9 m de haut, une façade de 45 m de haut, le tout creusé dans la roche. Moins fin que le Khazneh, mais n’empêche, c’est tout simplement sidérant… Un petit tour vers les points de vue : le mont Aron, Israël au loin et une biquette qui vient nous chatouiller les mollets en regardant le « silver » des bédouins. « On peut payer par carte de crédit », m’assure le vendeur, son portable collé à l’oreille. Magie ou désespoir ?