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Arrivée à Puerto Montt
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Je retrouve la route panaméricaine du sud toujours rectiligne et toujours interminable, avec encore ses ribambelles de panneaux publicitaires aux messages de songe-creux, plantés au bord de paysages fertiles. En arrivant à Puerto Montt, sous la pluie, le bus quitte la voie express, entame la descente d’un flanc de colline sur une route glissante, toute en courbes. Bâties sur les versants des collines comme à San Francisco, les maisons ressemblent à de drôles de gros cubes en bois, cou-verts de toits de tôles. Ces demeures construites par des pionniers, dans une période de conquête, semblent avoir été figées dans le temps ou par le temps. Certaines font penser à des maisons de l’ouest californien, encore habitées par les descendants des familles d’aventuriers du siècle dernier. Le jour décline et le crépuscule approche. L’océan Pacifique apparaît soudain, tel une immense plaque couleur plomb virant à l’argent, dans une large baie aux eaux lisses. Un bateau de guerre sommeille dans la baie, éclairé par un chapelet de lumières qui entoure chaque hublot et se reflète dans des eaux sombres. Ce jeu de guirlandes lumineuses évoque une sculpture de déité hindoue au bord d’un étang sacré. Au loin, des silhouettes de montagnes indistinctes se dessinent dans la brume. Suis-je arrivé à Trondheim, à Narvik, à Tromso, ou dans un de ces ports pluvieux de la côte nord-ouest de la Norvège ? Sur un terre-plein, le long de la grève, quelques bustes en bronze représentent des célébrités locales. De gros chalets en bois de plusieurs étages, avec de confortables balcons, semblent avoir été transportés par avion-cargo depuis une station thermale des Alpes bavaroises. Il y a comme de la Scandinavie germanique dans cette Amérique-là.
A Santiago, les jeunes filles se promenaient en bustier, exposant au soleil la peau dorée de leurs épaules nues. A Puerto Montt, les mêmes beautés portent des bonnets, des anoraks. Certaines sont emmitouflées dans des parkas et des imperméables. Trente degrés au moins dans la capitale, une quinzaine à peine à Puerto Montt, encore moins la nuit. Bref, on passe de Séville à Oslo. Je commence à mieux comprendre l’immensité du Chili. De la frontière nord à l’extrême sud, c’est grosso modo la distance de Paris à Téhéran. Les différences climatiques dépassent nos normes d’Européens. On trouve ainsi sur le même territoire une des villes les plus sèches du monde (Arica) dans le désert d’Atacama, et un des points les plus arrosés de la planète, la région des canaux et des fjords au nord du cap Horn. Un écrivain chilien n’a-t-il pas écrit de son pays « Le Chili est un pays où la géographie est atteinte de folie » ? Ce pays présente la forme d’un curieux cétacé filiforme, une sorte de haricot longiligne coincé entre les Andes et le Pacifique. La cordillère des Andes en serait la colonne vertébrale, Santiago l’œil unique et la Patagonie, la queue osseuse et dévertébrée. Il suffirait qu’un géant agrippe la croûte de ce monstre pour que le Chili entier bascule dans les eaux du Pacifique. (...)
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