Kandy : la Genève cinghalaise

Nous arrivons à Kandy en fin d'après-midi. La seconde capitale du pays a de faux airs de canton suisse. Posée au bord d'un lac, cernée de hautes collines, il y fait un climat beaucoup plus agréable qu'à Colombo. Les cerisiers ploient sous le poids des fleurs. Je tombe sous le charme de cette petite ville de province. Nous décidons d'y passer deux nuits. Après avoir déposé nos bagages à l'hôtel Suisse, un ancien palace, étonnamment désert, nous snobons le concert proposé par la réception pour assister à un spectacle de danse traditionnelle dans un petit théâtre municipal avant de marcher jusqu'au " temple de la dent ", où commence l'office du soir. La foule de fidèles se presse en grand nombre tandis que le soleil se couche. Nous laissons nos chaussures à l'entrée, passons le double barrage militaire (l'endroit fut attaqué au lance-roquettes la même année que l'aéroport) et entrons dans le saint des saints. Une mélodie étrange nous accueille dans la première salle. Tandis qu'un musicien enturbanné souffle dans une sorte de cor, un autre frappe à coups régulier un énorme gong. Un homme vêtu d'une élégante tunique blanche ouvre alors une porte richement ciselée abritant une statue dorée. Nous montons dans une petite salle abritant des manuscrits sacrés. La foule est si dense que l'on est presque porté par le flot. Impossible de s'arrêter. On marche lentement, entouré par des hommes et des femmes de tous âges, portant des fleurs en offrande. Doux parfum des pétales, murmure des psalmodies. On aperçoit sur la gauche un balcon, duquel le président (ou plutôt la présidente) fait parfois des discours au peuple. Un moine téléphone dans un coin. Je tente une photo. Puis nous pénétrons dans une salle plus petite où une grande table couverte de pétales m'impressionne davantage que le bouddha exposé. Des moines montent la garde. La foule est de plus en plus nombreuse. Mais d'où sortent donc tous ces gens ?
Littéralement transportés par la foule, nous arrivons dans une salle plus vaste où de grandes fresques racontent la vie de Bouddha. Les fidèles se dispersent dans le hall. On respire à nouveau. Les peintures naïves ressemblent à un grand catéchisme. Elles répondent toutes à une question simple : comment Bouddha connut la révélation sous l'arbre sacré ; comment il professa son enseignement fondé sur la tolérance ; comment il vainquit les démons qui terrorisaient l'île ; comment il fut protégé de la pluie par un cobra géant, comment sa mort fut un drame pour ses disciples. Les statues étincèlent de partout. La Thaïlande a fait de nombreux dons pour redorer les représentations de Bouddha. La ferveur populaire est très frappante. Elle monte encore d'un cran comme la foule s'engage en file indienne dans une salle pleine de boiseries et passe devant une niche où un coffret renferme la dent du " grand maître ". Certaines mauvaises langues prétendent que la vraie relique fut détruite au XVIe siècle par les Hindous et qu'elle fut remplacée par une dent de crocodile. Je n'ose poser la question au moine sévère qui demande aux fidèles d'accélérer la cadence.
Nous ressortons. La nuit est tombée. Des centaines de bougies brillent sous le firmament à côté de l'ancienne salle d'audience où les prêtres rendaient la justice. L'obscurité, dans la rue, est totale en raison des coupures d'électricité (3 heures le jour, 2 heures la nuit). Nous finissons la journée en jouant au snooker. Un serveur en redingote, figé contre le mur, commentant par moment nos coups.



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