Marrakech, place Jemaa-el-Fna, 17 h. Le choc. Le choc des cultures. La chaleur, ce jour-là, n'est pas au rendez-vous, mais la foule, oui. Pour qui n'est habitué qu'au grouillement humain des grands magasins des boulevards parisiens, c'est un choc.
Un choc que cette immense place où l'activité se fait protéiforme et la tchatche entendre en des mots de bienvenue français, anglais, italiens, afin d'attirer l'Européen à admirer et consommer, en vrac : le cobra qui tournoie en dessinant de lentes et courbes volutes aux vibrations de la flûte de son maître-musicien, avoir les mains et les pieds ornés de tatouages dessinés au henné par des femmes voilées, boire un verre de jus d'orange à l'un des nombreux stands-charrettes, effectuer l'incontournable cliché avec un porteur d'eau au costume coloré - les porteurs d'eau n'existent plus que pour le folklore et le touriste, les bouteilles en plastique les ayant remplacés depuis longtemps ! -, contempler des acteurs mâles déguisés en femmes, qui, en remuant des hanches, suggèrent une pseudo-danse du ventre, s'étonner d'une pyramide humaine, s'offrir un dentier (si si !), s'acheter un mélange de poudres aux vertus aphrodisiaques…
Et tout ça au sein de cette médina à la terre et aux murs ocre rouge si typiques. Cette foule bigarrée, qui, pour une Occidentale fraîchement descendue de son avion, fascine et impressionne avant que l'on ne s'y accoutume, appartient au quotidien de cette place, déclarée en 2001 par l'Unesco " chef-d'œuvre du patrimoine oral de l'humanité ".