Enfin au repos près de cette damnée de rivière. Après une bonne douzaine de kilomètres sous le soleil, marchant sur le caillou. Le paysan avait raison. Par là il y a effectivement une rivière, et la piste vers Olgii. On rêve de n'avoir aucun bagage, d'être un oiseau, d'être une voiture. La poésie décline à mesure que la soif grandit. C'est tout bonnement incroyable comme les kilomètres peuvent être insignifiants sur le plat total. On marche et rien ne bouge. Après dix bornes, on a l'impression d'en avoir fait deux : on voit tout, pareil, tout près.
Ne pas avoir le choix, marcher dans le désert, par exemple, ou attendre une voiture au bord de la route, c'est réduire le stress à l'état de fantoche ridicule, indigne de nous. C'est rendre débiles et indésirables les questions impatientes du monde occidental, étouffant, privé de vrai soleil. Macérant dans l'oppression vaine issue de la mauvaise gestion d'un grouillement de choix - souvent des pis-aller - et d'un temps ultra-limité. On peut être dehors ou dedans. On s'en rend toujours compte. On peut alors être fier si l'on est en dehors, les deux pieds dans le monde libre, et les mains qui œuvrent au perfectionnement et à l'expansion du plaisir de l'attente.