Après les chaos de la piste, arrivée à Fada. Des peintures rupestres par centaines sont peintes sur les parois vertigineuses de grès, signalant l'entrée dans le massif de l'Ennedi. Le spectacle est inimaginable et surréaliste. De plus, depuis le puits de Ouaï, de très nombreux nomades et des caravaniers accompagnés de centaines de chameaux se rencontrent quotidiennement. Ils sont en route vers la Libye, malgré la saison torride. Belle leçon d'humilité face à la chaleur qui frôle parfois les 50 °C, car le besoin en viande du Maghreb ne souffre d'aucune interruption.
Près de Archeï, les chameaux nous attendent. Nous délaissons un temps la piste pour la vie de transhumance. Les nomades d'ici sont surtout des Bideyats - l'ethnie du président -, mais beaucoup de Toubous sont encore présents. Nous discutons souvent avec les locaux aux points d'eau. Presque chaque fois, un éleveur se souvient d'un Français venu seul en chameau par le désert du Soudan et de l'Égypte. C'est de moi qu'il s'agit ! Je suis stupéfait de cette mémoire du désert et des informations qui circulent… Déjà à Ounianga, j'avais rencontré un ancien capitaine de l'armée tchadienne avec qui j'avais dîné - plusieurs fois - de boules en sauce lors de ma détention de deux mois dans les geôles et les camps militaires tchadiens de 1990. Il m'avait même informé que mon geôlier de l'époque, Massoud - le n° 2 de l'armée - non seulement n'était pas mort, comme je le pensais, mais avait été nommé général à N'Djamena. On me promet même une visite cordiale de courtoisie…
Le trek entre les colonnes de grès en équilibre instable est fabuleux. Des nomades habitent les canyons en permanence. Les puits attirent les troupeaux de tous les alentours, en particulier en cette saison. C'est un festival de couleurs, de bruits, d'odeurs, d'animation…
On aurait pu penser que le Sahara était mort, que les nomades avaient disparu. Encore en saison tempérée, on aurait pu être abusé. Cette fois, au cœur de l'été, ils accourent, dans leur quête perpétuelle de l'eau, quasi quotidiennement.
Cinq jours durant, nous allons circuler entre les cheminées de fée, les couloirs de dune, les canyons. En cherchant un peu, on peut trouver des peintures rupestres inconnues de tous, des gueltas à sec en cette saison où des ânes sauvages et parfois des mouflons se sont fait piéger par la sécheresse, et parfois par la pente devenue trop raide pour en ressortir.
Au moins deux fois, nous voyons des hardes de mouflons. Puis des gazelles. Toutes les bêtes sont devenues beaucoup moins prudentes par la nécessité absolue de se rapprocher des points d'eau. En période tempérée, une telle vision n'aurait pu être possible. Souffrir un peu de la chaleur est apparemment le prix à payer pour profiter de spectacles impensables et qu'on croyait perdus à jamais.
Évidemment, chaque chose a son effet pervers. En milieu de matinée, nous nous engageons tous - les deux chameliers, trois Occidentaux et le guide, escortés de cinq chameaux de bât - dans un ravin impraticable ni en 4x4 ni même à pied sans logistique. Le but était de voir de superbes peintures des ancêtres des habitants de l'Ennedi - peut-être les plus belles - qui représentent presque des Peuls nomades actuels, escortés de leurs zébus à longues cornes.
Je marche avec Jidé un peu en retrait. Et soudain, une vipère des sables se glisse entre les jambes de notre compagnon. Certes, elle n'est pas très grande - une vingtaine de centimètres tout au plus -, mais largement assez toxique pour tuer. " Snake ! ", j'ai crié sans réfléchir. Jidé, heureusement, a bondi, chaussé de mes tongs en plastique, car il ne supportait plus ses chaussures de trekking fermées à 150 US$. Le reptile n'était qu'à un ou deux centimètres de ses orteils…
C'est aussi cela, partir au début de l'été, le moment où les insectes et les reptiles sont les plus actifs. Car pendant les mois d'hiver, ils hibernent et sont absents du biotope saharien.