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Le départ

Le départ

Heureusement, les liaisons aériennes sont finalement rétablies. L'avion de nos clients de marque n'a que quelques heures de retard. Il est 2 h du matin lorsque nous pouvons enfin nous retrouver devant une bière géante de l'une des trois boîtes de nuit de l'avenue Charles de Gaulle. Une nuée de filles entoure aussitôt les nouveaux arrivants. Et pour cause : j'avais fait courir le bruit qu'ils étaient riches… Rien de tel pour provoquer un vrai bel accueil chaleureux et pour se retrouver de plain-pied dans la réalité africaine. Après le calme et la sérénité de la classe affaires, Jidé et Fabrice ont fort à faire pour écarter les mains trop entreprenantes, les grappes de trois ou quatre filles qui veulent prendre possession de leurs genoux en même temps… et surtout veiller à la propriété de leurs verres, obsession bien compréhensive compte tenu du taux de sida et de l'obnubilation de jeunes cadres financiers propres sur eux. Dès l'aube, les hélices du petit Cessna bimoteur tournent en nous attendant. Certes, la nuit a été courte et le réveil brutal. Une courte lucarne horaire nous a été attribuée, car un vent de sable rasant chargé de chaleur bloque la visibilité à moins de 1 km. Plus tard, il serait peut-être impossible d'atterrir à Faya. Et pourtant, le pilote est un vieux routier de l'Afrique : Somalie, Érythrée… Son collègue copilote vient d'échapper à un crash à Madagascar. Jambe fracturée, il a erré quatre jours en brousse avant d'être sauvé par un pêcheur et d'être rapatrié, inconscient, en France… Midi : la chaleur est torride à Faya, mais les véhicules sont bien là, ce qui n'était pas certain, après 1 000 km de piste difficile. Nous sommes prêts à partir vers le Nord. Mais nous déjeunons auparavant chez le responsable local tchadien de la campagne de déminage du BET. Il existe encore des centaines de mines, parfois en périphérie de zones habitées. Faya est d'ores et déjà presque assainie, mais d'autres chantiers sont ouverts vers Iriba, Fada ou Ounianga Kébir. La tâche est immense… Le marché libyen sort de sa torpeur après la prière de 16 h. Par contre, le marché de chameaux est très décevant. Mais rien d'étonnant pour une oasis très étendue où la vie nomade n'a pas vraiment sa place. Des dattes, des mangues, des arachides, des théières, des bassines en plastique… On trouve presque de tout à Faya. En tout cas, tout ce qui est utile ici pour vivre. Et pourtant, nous passerons notre première nuit dans le désert…

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Photo : Philippe Frey



 


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