Routard.com, guide voyage en ligne



Pour vous abonner
à la lettre du routard
indiquez votre adresse e-mail

La rose du vent des routes

La Turquie

La Turquie

Avion pour Istanbul

Dans la salle d'embarquement, un homme m'offre de m'enseigner quelques rudiments de turc. Je note avec soin les mots de politesse si essentiels à la découverte respectueuse des peuples.
Une fois de plus, je suscite bien des interrogations, à voyager ainsi seule. À mon annulaire gauche, une alliance dorée… comme un talisman, comme une protection aussi. Une femme mariée est respectée dans des pays où le couple demeure la structure essentielle d'une vie honorable.
Propulsée par un engin à réaction, je me retrouve en une poignée d'heures à la frontière de l'Orient.
La Turquie, et plus précisément Istanbul, se situe à la limite entre Orient et Occident. À ce titre, Istanbul, avec sa rive occidentale et sa rive asiatique, possède un charme très particulier et offre mille facettes au voyageur qui s'y perd à loisir, ivre de bonheur et cheminant de découvertes en moments de cœur.
Me perdre d'un quartier à un autre, passer d'un univers à un autre : tantôt occidentalisé et touristique, tantôt simple, modeste et dénué d'à peu près tout… sauf de la denrée la plus précieuse : la générosité.

Au détour d'une rue, un marché aux épices. La Turquie excelle dans cette tradition d'hospitalité que l'on retrouve partout en Orient et, plus précisément, dans les pays où l'Islam est religion majoritaire.
Impossible de payer le moindre verre de thé ! On m'invite sans cesse, ravis de me rencontrer, fous de joie de me parler.
L'Islam est pratiqué ici avec largesse.
Les femmes s'offrent aux regards, très rarement voilées, surtout dès que l'on s'éloigne des villes pour fureter dans les campagnes reculées.

Au fil de la route, s'offre une variété de paysages subjuguante. On passe des montagnes de l'Est aux cheminées de fée de Cappadoce, au lac d'Egirdir, aux côtes de la mer Noire, de la mer de Marmara ou de la Méditerranée tandis qu'au Nord se dresse le mont Ararat. Je découvre cette montagne majestueuse juste avant de passer la frontière iranienne. Il avait neigé toute la nuit sur l'Anatolie. L'air était sec et glacé, fendu par un soleil éclatant.

Au loin se dessinait sur la terre brune le palais d'Ishak Pasha, gracieusement fondu dans l'horizon. Difficile d'imaginer que l'on se trouve ici au cœur d'une région - l'Est turc - où le PKK sévissait d'acte terroriste en acte terroriste. Des bombes pour des idées, des bombes pour lutter contre le manque de tolérance qui est sans doute la chose du monde la moins bien partagée. Peut-être est-ce le fantôme de la violence qui donne à ce lieu une atmosphère toute particulière : je m'y sens tout à la fois heureuse et perdue. Les yeux grands ouverts, parfois peu rassurée quand pourtant rien ne se passe, sinon le déroulement de la vie quotidienne des uns et des autres. Certains ont encore peur ; une peur qu'on lit au fond des yeux. Voilà pourtant trois ans que la zone est redevenue calme. Mais les guerres fratricides finissent rarement. Et des siècles plus tard, on se combat toujours.

Quelques pas sur le marché d'Amasya où quantité de casseroles rutilantes brillent dans le soleil. Je me repose un instant sur les marches d'un perron. Me croyant seule, je me mets à dessiner.

Aussitôt, les enfants d'Amasya s'approchent. Discrètement, lorgnant par-dessus mon épaule pour tenter d'apercevoir quelque chose. Ils sont bientôt dix, quinze, vingt peut-être. Distraits dans leurs jeux par ma présence, ils viennent un à un s'asseoir à mes côtés, toujours plus près, toujours plus intrigués. L'un d'eux, souple comme un chat, escalade un arbre et le mur voisin pour chaparder une grenade juteuse qu'il m'offre sur-le-champ. Des heures s'écoulent au milieu de cette volée de moineaux qui se met à chanter, à danser de leurs corps bouillonnants de vie. Qui d'eux ou bien de moi se trouve le plus heureux ? J'aurais peine à le dire !

Je zigzague en tous sens dans cette Turquie si belle, sans souci d'objectif, sans route préalablement tracée. Le Nemrut Dag apparaît, tumulus étonnant parmi mille collines beiges. Au crépuscule, des ânes chargés de fardeaux grimpent le sentier de cailloux. Quelques minutes de marche, et soudain, le sommet est atteint. Le tombeau d'Antioche. Que l'on n'a jamais retrouvé. Il se cache là, paraît-il, sous mes pas, sous cette colline où des statues sont posées en quinconce : têtes coupées, blanches et mates, qui affichent un sourire serein. On se sent plus petit que jamais devant un tel calme, devant le soleil qui se couche, miracle quotidien. Le sourire paisible des visages figés renferme sans doute un secret. Je contemple, interdite, cette beauté parfaite où tous les éléments semblent rassemblés pour former l'équilibre absolu. L'immensité du paysage, l'inchiffrable lointain où porte mon regard, le silence et le vent comme autant d'expressions de la liberté d'être au monde… liberté de diriger mes pas chaque jour où bon me semble. Ce soir, sur le tombeau, assise en tailleur près d'une sculpture blanche… Et demain en Iran.


Texte : Ingrid Thobois. Photo : Ingrid Thobois
Mise en ligne le 27 mars 2003


 



Accès rapide : Contact, Recrutement, Photos de voyage, Billet d'avion, Hôtels, Maroc, Italie, Portugal, Paris, Espagne, Tunisie, Madrid, Chine, Thaïlande, Egypte, Canada
Marrakech, Etats-unis, Barcelone, République Dominicaine, Sénégal, Cuba,Vietnam, Mexique, Madagascar, Berlin, Toulouse, Turquie, Venise, New-York, Seychelles, Japon
Paris, Budapest, Bretagne, Corse, Amsterdam, Bruxelles, Vienne, Québec, Ile Maurice, Réunion, Normandie, Australie, Lyon, Nice, Marseille, Croatie