Le pays des bédouins caravaniers et des marins qui, comme Sindbad, naviguaient entre l'Afrique et l'Orient a longtemps vécu dans les ténèbres. C'était l'époque de l'ancien monarque (le père de l'actuel sultan) qui, le soir tombé, fermait à clé les portes de sa minuscule capitale par peur que les génies et les djinns du désert ne viennent lui dérober sa puissance. Il avait fait interdire les radios, la télé, les lunettes de soleil et les voitures. C'était l'époque de l'imamat ibadite au centre du pays, des luttes entre le pouvoir de Mascate (le pays s'appelait alors Mascate-et-Oman) et les tribus de l'intérieur sous contrôle de l'imam.
En 1970, le monarque démodé fut détrôné par son fils suite à une révolution de palais. Cette date est perçue par les Omanais comme le début du renouveau, une période propice à l'unification du pays qui s'accompagne d'une prospérité grâce aux ressources du pétrole. Dans ce sultanat où plus de la moitié de la population a moins de vingt ans, on continue à croire autant aux djinns qu'aux prophètes. Avec une différence de taille : désormais l'éducation, la santé et l'accès au travail font partie des acquis inaliénables.
Mascate, la capitale d'Oman, est une ville à l'image du souverain. Tout porte son nom : les rues, les parcs, les hôpitaux. Le processus d' " omanisation " préconisé par l'actuel pétromonarque prévoit non seulement une priorité pour ses citoyens dans l'accès au travail, mais s'accompagne également d'une homogénéisation vestimentaire et d'une valorisation du patrimoine folklorique.
Courtois, réservés et accueillants, les Omanais se montrent toujours impeccables comme dans une pub pour un produit de lessive. La sobriété de la tunique masculine à manches longues contraste avec la tenue polychrome des femmes que l'on voit dans toute leur splendeur dans les zones rurales et beaucoup moins en ville, à cause de l'abbaya, une ample houppelande noire qui les occulte des regards indiscrets.
Les rues de Mascate ont peu de trottoirs et beaucoup de voitures, notamment des tout-terrain japonais. Dans son rôle de centre administratif, la capitale abrite une foule de fonctionnaires habillés dans des longues tuniques blanches en coton nommées dishdasha. Parent proche de la djellaba marocaine et de la gandoura arabe, le vêtement officiel des Omanais se distingue par l'absence de col boutonné et par une ficelle accrochée au col, ficelle que l'on parfume. D'ailleurs, au pays des essences rares, tous les vêtements sont accrochés au-dessus d'un encensoir afin de les purifier une fois lavés. Pour les cérémonies, ils enfilent une longue cape ouverte (bisht) taillée dans un drap sombre rehaussé de fils dorés. On complète sa tenue par une large ceinture assortie au turban, dans laquelle on glisse le khanjar, un poignard ouvragé en argent à lame recourbée.
L'or et la soie ne conviennent pas aux hommes, ces matières molles et délicates appartiennent au monde féminin. Les Arabes omanais se montrent élégants sans affectation, leur port est noble, mais sans orgueil et les accessoires qui complètent leurs tenues ne manquent pas de raffinement. Tout d'abord une étoffe nouée en turban appelée masarr, en coton ou en laine souple du Cachemire. Le kumma est un chapeau rond en tissu blanc brodé que les Omanais ont rapporté de Zanzibar. Les plus prisés (et les plus onéreux aussi) sont les modèles faits à la main et piqués du nombre exact de petits trous nécessaires pour éviter la surchauffe. Si le turban fait partie de la tenue officielle, le kumma est un couvre-chef plus décontracté avec lequel on se laisse aller à quelques fantaisies. Il se décline dans tous les dessins et coloris imaginables. À chacun sa façon de le porter, pouvant s'aplatir ou se gonfler au gré de la température ambiante et de l'humeur de son propriétaire.
Quelques notes de couleur sont également consenties aux hommes, notamment dans les tons décontractés des dishdasha pour le week-end (marron, lilas), les motifs des turbans et du wizar, le sous-vêtement de type sarong qu'on noue à la ceinture sous la dishdasha (très coloré pour les habitants du Dhofar). D'autres détails de reconnaissance géographique ou tribale viennent s'ajouter aux tenues, malgré l'intention d'amalgamer sous un même habit les Omanais de différentes origines et confessions. On remarque souvent une boîte en argent accrochée à la ceinture où l'on range des versets du Coran et des grigris pour se protéger du mauvais sort. Les bagues en argent avec ou sans pierre sont d'usage courant chez les hommes tandis que la bijouterie féminine en or ou en argent est nettement plus élaborée.