L’association française EchoWay répertorie dans le monde entier des lieux d’accueil du tourisme équitable, solidaire, écologique ou encore de missions d’écovolontariat. Au cours de leurs enquêtes, ses membres bénévoles relèvent aussi des exemples de structures qui se réclament abusivement de cette mouvance. Ils leur décernent un « carton rouge » et ne manquent pas de faire leur contre-pub sur leur site Internet: www.echoway.org. Les exemples sont particulièrement nombreux au Mexique, où s’est développée une industrie qui n’a souvent d’«écotourisme» que le nom.
L’exemple suivant, tiré du Guide de l’écotourisme solidaire Mexique – Guatemala publié par l’association, montre que la situation n’est guère meilleure au Guatemala. La réserve de la biosphère Maya (région du Petén) est considérée comme le poumon de l’Amérique centrale et comme un réservoir exceptionnel de biodiversité. Or la forêt, qui renferme aussi des sites archéologiques mayas majeurs (Tikal, le Mirador), est menacée notamment par de vastes projets d’aménagements touristiques de luxe. Avec par exemple celui d’un archéologue, Richard Hansen, qui tente d’y créer une structure «écotouristique»: une station de luxe, pour des touristes qui descendraient directement en hélicoptère de Cancùn au Mexique pour passer la nuit dans les éco-lodges, visiter le site et repartir aussitôt. On voit mal l’intérêt écologique d’un vaste complexe arraché à la forêt, ni les retombées sociales et économiques pour les populations locales de ces allers-retours express. L’archéologue a fondé un parc national (El Mirador – Rio Azul) en expropriant des communautés et en les dépossédant de leurs droits d’exploitation raisonnée de la forêt – source de revenu indispensable pour eux. Heureusement, des associations ont obtenu de la justice la redéfinition des limites du parc.
Face à ces arnaques pas faciles à déceler avant le départ, comment s’assurer que, malgré sa bonne volonté, on voyagera réellement responsable ? Différentes initiatives visant à «encadrer» ou certifier le tourisme durable sont progressivement mises en place.
Chartes et labels du tourisme responsable
• L’Organisation mondiale du tourisme a adopté en 1999 un Code mondial d’éthique du tourisme. Il repose notamment sur les principes suivants:
•contribution du tourisme à la compréhension et au respect mutuel entre hommes et sociétés;
•le tourisme doit être vecteur d’épanouissement individuel et collectif;
•il est facteur de développement durable;
•utilisateur du patrimoine culturel de l’humanité, il contribue à son enrichissement;
•c’est une activité bénéfique pour les pays et communautés d’accueil.
Le Code stipule également les obligations des acteurs du développement touristique et les droits des travailleurs de l’industrie touristique.
• Dans la foulée, le ministère français délégué au Tourisme a édité une charte d’éthique du tourisme. Les professionnels signataires «expriment la volonté de contribuer au développement de l’éthique dans le tourisme et de privilégier un tourisme respectueux des équilibres écologiques, économiques et socioculturels». Ils s’engagent notamment à:
•réaliser des produits touristiques s’intégrant dans un tourisme durable;
•associer les pays d’accueil et leurs populations locales aux activités touristiques afin de leur permettre de bénéficier de leurs retombées économiques;
•lutter contre l’exploitation des êtres humains sous toutes ses formes, notamment sexuelles.
L’application de la charte donne lieu à la délivrance d’un label «Tourisme et éthique» aux entreprises et territoires qui en font la demande. Parmi ses signataires, on trouve Air France, ACCOR, FRAM, Havas Voyages, Nouvelles Frontières… Les principaux voyagistes français, donc. La charte n’ayant toutefois pas de caractère contraignant, on peut légitimement se demander jusqu’où va l’esprit «éthique» de ceux-ci. Ou bien doit-on considérer que les plus importants acteurs du tourisme s’étant subitement convertis à l’éthique, on peut désormais voyager en toute confiance?
Il existe toutefois en France des groupements de prestataires engagés qui ont créé leur propre charte, parfois un label, aux contraintes plus poussées:
• L’Association du tourisme équitable et solidaire (ATES) fédère une vingtaine d’associations françaises qui proposent des voyages solidaires et équitables à l’étranger. Afin de s’assurer du réel caractère équitable des activités de ces associations, l’ATES a élaboré une grille de 10 critères permettant d’analyser leur travail. Ces critères correspondent à une charte dont tous les membres de l’ATES sont signataires ; ils s’engagent ainsi à respecter impérativement les critères du tourisme équitable. Parmi ceux-ci:
•Les populations locales sont au cœur du processus d’accueil et l’opérateur organise ses séjours en partenariat avec elles;
•L’opérateur choisit des partenaires organisés autour de projets de développement bénéficiant à la communauté;
•L’opérateur favorise la rencontre et l’échange dans la conception de ses voyages;
•Il met à disposition du voyageur la répartition du prix du voyage.
Partir avec une association membre de l’ATES est donc une garantie fiable.
ATES: www.tourismesolidaire.org.
• Agir pour un tourisme responsable (ATR) est une autre association, qui fédère des tours opérateurs spécialistes du tourisme d’aventure. Ceux-ci se sont regroupés autour de valeurs éthiques communes, dans le but de créer une certification officielle: le label «ATR : Tourisme responsable». C’est chose faite depuis début 2008. Ce label reconnu par l’État, le premier dans le domaine, est délivré par l’AFAQ-AFNOR, au terme d’un audit permettant de certifier que les organismes contrôlés répondent aux 25 critères, quantifiables et vérifiables, du référentiel du label.
Parmi ces critères, au moins 60 % des voyageurs doivent être accompagnés par du personnel régional; les prestataires doivent être sensibilisés à une politique de gestion des ressources naturelles et des déchets; le tour opérateur doit s’engager envers ceux-ci sur la base d’une relation durable; le client doit être informé sur le respect de l’environnement, du patrimoine et des cultures locales… Début juin 2008, 3 des membres d’ATR avaient déjà obtenu la certification: Allibert, Atalante et Chamina Voyages. Les autres étaient en cours de certification.
ATR : www.tourisme-responsable.org.
Signalons toutefois qu’il existe d’autres associations, encore plus «radicales», qui dénoncent déjà la frilosité du label ATR. L'Association des voyageurs et voyagistes éco-responsables dénonce par exemple la non-obligation de n’employer que des réceptifs originaires du pays visité (le référentiel du label imposant que 60 % des voyageurs soient pris en charge par des réceptifs dont 75 % du personnel soient d’origine régionale…) ! V.V.E participe à l'élaboration de critères au niveau national et international. Les critères de base sont même déjà déterminés pour le niveau international. Des évaluations de terrain devraient par ailleurs permettre de voir se concrétiser des avancées significatives. Mais la clef du problème réside probablement dans le comportement du voyageur lui-même !