Un bon filon !

photo1
© Maksym Gorpenyuk | Dreamstime.com

Si l’on ne s’est pas encore accordé sur un nom, on est encore plus loin d’un label officiel international qui garantirait qu’un séjour est véritablement responsable. Il faut dire qu’il n’est facile ni d’évaluer ni de contrôler ce genre de chose.
Comme le souligne Françoise El Alaoui, auteur en 1999 d’un mémoire de Master sur le tourisme équitable, il ne suffit pas de labelliser le tourisme pour qu’il soit équitable, mais il « faudrait alors labelliser aussi les touristes pour s’assurer que leur comportement est correct ». Or le développement durable, l’écologie, l’humanitaire sont dans l’air du temps.
Des concepts très « marketing », que des professionnels du tourisme n’hésitent pas à afficher à tort et à travers pour attirer des clients pleins de bonnes intentions… mais pas très curieux de vérifier le bien-fondé d’arguments de vente prétendument équitables.

L’association française EchoWay répertorie dans le monde entier des lieux d’accueil du tourisme équitable, solidaire, écologique ou encore de missions d’écovolontariat. Au cours de leurs enquêtes, ses membres bénévoles relèvent aussi des exemples de structures qui se réclament abusivement de cette mouvance. Ils leur décernent un « carton rouge » et ne manquent pas de faire leur contre-pub sur leur site Internet www.echoway.org. Les exemples sont particulièrement nombreux au Mexique, où s’est développée une industrie qui n’a souvent d’« écotourisme » que le nom.

Les acteurs du tourisme responsable

Face à ces arnaques pas faciles à déceler avant le départ, comment s’assurer que, malgré sa bonne volonté, on voyagera réellement responsable ? Différentes initiatives visant à «encadrer» ou certifier le tourisme durable sont progressivement mises en place.

Chartes et labels du tourisme responsable

L’Organisation mondiale du tourisme a adopté en 1999 un Code mondial d’éthique du tourisme. Il repose notamment sur les principes suivants:
• contribution du tourisme à la compréhension et au respect mutuel entre hommes et sociétés;
• le tourisme doit être vecteur d’épanouissement individuel et collectif;
• il est facteur de développement durable;
• utilisateur du patrimoine culturel de l’humanité, il contribue à son enrichissement;
• c’est une activité bénéfique pour les pays et communautés d’accueil.
Le Code stipule également les obligations des acteurs du développement touristique et les droits des travailleurs de l’industrie touristique.

Dans la foulée, le ministère français délégué au Tourisme a édité une charte d’éthique du tourisme. Les professionnels signataires «expriment la volonté de contribuer au développement de l’éthique dans le tourisme et de privilégier un tourisme respectueux des équilibres écologiques, économiques et socioculturels». Ils s’engagent notamment à:
• réaliser des produits touristiques s’intégrant dans un tourisme durable;
• associer les pays d’accueil et leurs populations locales aux activités touristiques afin de leur permettre de bénéficier de leurs retombées économiques;
• lutter contre l’exploitation des êtres humains sous toutes ses formes, notamment sexuelles.
L’application de la charte donne lieu à la délivrance d’un label « Tourisme et éthique » aux entreprises et territoires qui en font la demande. Parmi ses signataires, on trouve Air France, ACCOR, FRAM, Havas Voyages, Nouvelles Frontières… Les principaux voyagistes français, donc. La charte n’ayant toutefois pas de caractère contraignant, on peut légitimement se demander jusqu’où va l’esprit «éthique» de ceux-ci. Ou bien doit-on considérer que les plus importants acteurs du tourisme s’étant subitement convertis à l’éthique, on peut désormais voyager en toute confiance?

Il existe toutefois en France des groupements de prestataires engagés qui ont créé leur propre charte, parfois un label, aux contraintes plus poussées:

L’Association du tourisme équitable et solidaire (ATES) fédère une vingtaine d’associations françaises qui proposent des voyages solidaires et équitables à l’étranger. La formule la plus répandue est celle du circuit itinérant, en petit groupe accompagné généralement par un guide local. Qu’il s’agisse d’un séjour prolongé au cœur d’un village ou d’un circuit touristique itinérant, le but de ces voyages est toujours la découverte d’une région et du mode de vie de ses habitants.
Afin de s’assurer du réel caractère équitable des activités de ces associations, l’ATES a élaboré une grille de critères permettant d’analyser leur travail. Ces critères correspondent à une charte dont tous les membres de l’ATES sont signataires ; ils s’engagent ainsi à respecter impérativement les critères du tourisme équitable. Parmi ceux-ci:
• Les populations locales sont au cœur du processus d’accueil et l’opérateur organise ses séjours en partenariat avec elles;
• L’opérateur choisit des partenaires organisés autour de projets de développement bénéficiant à la communauté;
• L’opérateur favorise la rencontre et l’échange dans la conception de ses voyages;
• Il met à disposition du voyageur la répartition du prix du voyage.
Partir avec une association membre de l’ATES est donc une garantie fiable.

Agir pour un tourisme responsable (ATR) est une autre association, qui fédère des tours-opérateurs spécialistes du tourisme d’aventure. Ceux-ci se sont regroupés autour de valeurs éthiques communes, dans le but de créer une certification officielle: le label « ATR : Tourisme responsable ». C’est chose faite depuis début 2008. Ce label reconnu par l’État, le premier dans le domaine, est délivré par l’AFAQ-AFNOR, au terme d’un audit permettant de certifier que les organismes contrôlés répondent aux critères, quantifiables et vérifiables, du référentiel du label.
Parmi ces critères, citons le respect des pratiques touristiques aux retombées économiques justes et transparentes, le souci du développement durable, la collaboration avec les acteurs locaux, le respect de l’environnement et la valorisation de la culture locale.

Signalons toutefois qu’il existe d’autres associations, encore plus «radicales», qui dénoncent déjà la frilosité du label ATR. L'Association des voyageurs et voyagistes éco-responsables dénonce par exemple la non-obligation de n’employer que des réceptifs originaires du pays visité (le référentiel du label imposant que 60 % des voyageurs soient pris en charge par des réceptifs dont 75 % du personnel soient d’origine régionale…) ! V.V.E participe à l'élaboration de critères au niveau national et international.

Les écogestes du voyageur

La clef du problème réside probablement dans le comportement du voyageur lui-même !
Le tourisme durable est avant tout fondé sur la notion d’échange et de respect : respect de vos hôtes, respect de leur culture et respect de la nature. Voici quelques petits conseils applicables partout dans le monde :
- – Renseignez-vous sur les comportements à adopter ou à éviter afin de ne pas choquer les populations locales : selon les pays, caresser la tête d’un enfant, se vêtir de manière trop dénudée ou s’embrasser en public peut en effet s’avérer choquant.
- Sur place, privilégiez autant que possible les hôtels et les prestations proposés par des locaux, et achetez de l’artisanat et des produits régionaux. Goûtez aussi à la cuisine locale.
- Respectez la nature et économisez les ressources naturelles, en particulier l'eau.
Page précédente im Page suivante
Accueil

Les articles à lire