Djambia et Kalachnikov
Djambia
La djambia, poignard à large lame plus ou moins recourbée, est le principal
accessoire de la tenue traditionnelle du Yéménite. Symbole initiatique, elle marquait le passage à l'âge adulte (maintenant de
plus en plus d'enfants « gâtés » en portent une à leur taille), et
elle avait une fonction précise qui s'estompe un peu ; la confisquer, la
restituer... Dans le règlement d'un conflit, c'était le rituel juridique, et
la « vendetta » a toujours fait partie des relations intertribales. Vous aurez sûrement l'occasion d'assister à une danse (pacifique) de la djambia.
Kalachnikov
Aujourd'hui, la djambia n'a pas disparu, mais sa fonction défensive ne fait plus le poids devant le « chouchou » russe : la Kalachnikov. Le port des armes blanches et/ou à
feu s'est étendu à la région d'Aden, d'où le phénomène avait disparu depuis
des années. Elle détermine encore la position sociale et le prestige. Aussi,
il est courant de rencontrer des hommes armés jusqu'aux dents. On parle de près de 60 millions
d'armes en circulation au Yémen, pour 24 millions d'habitants !
Khat
Presque aussi lié à l'image du Yémen que l'architecture... mais nettement moins
prestigieux ! Le khat (qât) est un stimulant proche des amphétamines, prohibé comme substance toxique dans
certains pays (dont la France), interdit comme « péché » dans d'autres
(Arabie saoudite).
De celui du botaniste à celui de l'économiste en passant par le sociologue, les ouvrages et avis
de référence ne manquent pas. Il a y a des « fans » inconditionnels,
et des détracteurs (rarement yéménites !).
Le Coran n'apportant aucune lumière sur une telle consommation, à chacun de
s'arranger avec lui-même... Entre 50 et 90 % des hommes et de 30 à 50 % des femmes
de plus de 18 ans en consomment, jusqu'aux enfants de moins de 12 ans
(estimés entre 15 et 20 %).
L'ampleur du phénomène est telle que le gouvernement a et aura énormément de
mal à lutter contre la « passion verte ». Il était bien question d'en
interdire la vente dans les marchés des villes, mais c'était compter sans le
tollé des habitants suite à l'annonce gouvernementale. D'autant que limiter
la vente risque d'engendrer une plus grande pauvreté chez les personnes qui
vivent directement ou indirectement de la petite feuille.
Les femmes, de leur côté, chez elles ou chez des
amies, ont aussi leur khat party. Certaines disent l'utiliser comme
« coupe-faim » dans leurs régimes amincissants...
Religion
Islam
L'islam est la religion officielle au Yémen. La conversion du Yémen s'est faite du vivant du Prophète, et l'islam y
est profondément enraciné aujourd'hui ; c'est peut-être ce qui explique
l'absence de manifestations ostentatoires de religiosité, telles qu'on peut
le constater chez les « nouveaux convertis » d'Afrique de l'Ouest
par exemple, ou les « reconvertis » d'Algérie.
Courants de l'islam
C'est la religion dominante au Yémen. Tout le monde connaît l'existence des deux branches principales de
l'islam.
- Le sunnisme (majoritaire dans le monde). La succession
du Prophète revient à ses compagnons, et la Sunna (actes et paroles de
Mahomet rapportés par ses « disciples ») est l'œuvre de référence
extrêmement importante avec le Coran.
- Le chiisme privilégie Ali, gendre du Prophète, dont le rôle
se perpétue au travers de ses descendants.
Dans le chiisme, on distingue 2 courants.
- Le chiisme duodécimain, dont les adeptes attendent le retour d'un imam
« caché » (le 12e descendant d'Ali). Leur communauté
est importante dans cette partie du monde et en Iran.
- L'ismaélisme, en référence à Ismaïl, 7e imam (d'où aussi leur nom
de septimains). Les ismaéliens se sont réfugiés dans le djebel Harraz
où l'on peut visiter leurs villages haut perchés, encore lieux de pèlerinage.
Autres courants religieux
On passe sur les nombreux chiismes et les sectes qui en découlèrent pour évoquer les principaux courants religieux au Yémen.
- Le judaïsme : les juifs, dont la grande majorité rejoignit Israël à la demande de l'État hébreu (opération « Tapis volant »
en 1949-50), continuent de quitter le pays. En 1992, 1 200 juifs
vivaient encore dans la région de Saada essentiellement ; il en resterait
aujourd'hui moins de 500 (se reporter au chapitre consacré au quartier
juif dans la rubrique « À voir » à Sanaa). Dans Exodus, Leon
Uris consacre quelques pages à ce moment de leur histoire.
- Le zayidisme, issu du chiisme, n'existe plus qu'au Yémen. Le
1er de ses imams arriva au Yémen en 898, et le dernier mourut
à Taïz en 1962.
- Le shafeïsme, secte sunnite mieux implantée au sud du pays.
- Le christianisme et l'hindouïsme sont très peu
représentés (gens venant d'Éthiopie ou d'Inde).
Savoir-vivre et coutumes
- Lorsqu'on vous refuse l'entrée d'une mosquée ou de certains lieux, n'insistez
pas. Idem pour les photos...
- Dans un pays musulman encore peu ouvert au tourisme, boire de l'alcool
(même de la bière) dans un endroit public relève de la provocation.
- L'homme seul ne peut accéder au monde des femmes. Les femmes seront
acceptées facilement et pourront pénétrer dans les maisons,
qu'il n'y ait que des femmes ou qu'elles soient en famille, avec homme
et enfants.
- Si l'on vous invite à boire un thé, à assister à une fête, à entrer dans une
maison, c'est sans arrière-pensée intéressée. Il n'est pas dans les mœurs du
pays de faire du zèle dans l'espoir d'une quelconque récompense. Alors,
appréciez !
- Déchaussez-vous comme tout le monde dans l'entrée de la maison ou de la pièce
aménagée en restaurant (même si vos hôtes ont recouvert la moquette de plastique).
- Si vous êtes amené à partager le plat communautaire, sans vos ustensiles occidentaux,
utilisez la main droite (la pure) et prenez exemple sur vos voisins.
- N'oubliez pas que la notion de temps est différente selon les cultures,
alors essayez d'oublier la vôtre : si vous assistez à une qât party,
vous devez en accepter la lenteur du rituel et savoir que vous n'en serez pas
sorti de sitôt... En revanche, si vous êtes invité à partager un repas familial, il est de règle
de ne pas s'attarder à table.