Djambia et Kalachnikov
La djambia, poignard à large lame plus ou moins recourbée, est le principal
accessoire de la tenue traditionnelle de l'homme yéménite.
Symbole initiatique, elle marquait le passage à l'âge adulte (maintenant de
plus en plus d'enfants « gâtés » en portent une à leur taille), et
elle avait une fonction précise qui s'estompe un peu ; la confisquer, la
restituer... Dans le règlement d'un conflit, c'était le rituel juridique, et
la « vendetta » a toujours fait partie des relations intertribales.
Aujourd'hui, sa fonction défensive ne fait plus le poids, on s'en
doute, devant le « chouchou » russe, la Kalachnikov, mais elle n'en
a pas disparu pour autant. Au contraire, le port des armes blanches et/ou à
feu s'est étendu à la région d'Aden, d'où le phénomène avait disparu depuis
des années. Elle détermine encore la position sociale et le prestige. Aussi,
il est courant de rencontrer des hommes armés jusqu'aux dents. On parle de 60 millions
d'armes en circulation au Yémen, pour 18 millions d'habitants ! Plus
pacifique, vous aurez sûrement l'occasion d'assister à une danse de la djambia.
Fêtes et jours fériés
Les fêtes et jours fériés fixés par l'autorité religieuse sont rattachés
au calendrier islamique qui ne correspond en rien au grégorien. Il débute à
l'hégire, date du départ de Mahomet à Médine, en 622, et suit le cycle
lunaire. De ce fait, les jours fériés sont mobiles.
Fêtes légales fixes
- 1er mai : fête du Travail.
- 22 mai : anniversaire de la réunification des Yémen Nord
et Sud (1990).
- 7 juillet : jour de la Victoire.
- 26 septembre : anniversaire de la Révolution (1962),
chute de l'imamat.
- 30 novembre : départ des troupes anglaises et indépendance du Sud (1967).
Le qât
Presque aussi lié à l'image du Yémen que l'architecture, mais nettement moins
prestigieux ! On peut dire brièvement qu'il s'agit d'un stimulant proche des amphétamines, prohibé comme substance toxique dans
certains pays (dont la France), interdit comme « péché » dans d'autres
(Arabie Saoudite).
De celui du botaniste à celui de l'économiste en passant par le sociologue, les ouvrages et avis
de référence ne manquent pas. Il a y a des « fans » inconditionnels,
et des détracteurs (rarement yéménites !).
Le Coran n'apportant aucune lumière sur une telle consommation, à chacun de
s'arranger avec lui-même... Avec les Yéménites, pas d'ambiguïté ! Jugez
plutôt : entre 50 et 90 % des hommes et de 30 à 50 % des femmes
de plus de 18 ans en consomment, jusqu'aux enfants de moins de 12 ans
(estimés entre 15 et 20 %).
L'ampleur du phénomène est telle que le gouvernement a et aura énormément de
mal à lutter contre la « passion verte ». Il était bien question d'en
interdire la vente dans les marchés des villes, mais c'était compter sans le
tollé des habitants suite à l'annonce gouvernementale. D'autant que limiter
la vente risque d'engendrer une plus grande pauvreté chez les personnes qui
vivent directement ou indirectement de la petite feuille.
Les femmes, dans leur « coin », chez elles ou chez des
amies, ont aussi leur qât party. Certaines disent l'utiliser comme
« coupe-faim » dans leurs régimes amincissants.
Religion
En tant que musulmans, les Yéménites se doivent de respecter la loi
coranique et se soumettre au dogme dont les fondements sont : la profession
de foi ; la prière 5 fois par jour (selon le lieu où vous dormirez,
vous apprécierez celle d'« avant le lever du jour »...) ; le
jeûne du ramadan ; l'aumône légale ; le pèlerinage à La Mecque.
La conversion du Yémen s'est faite du vivant même du Prophète, et l'islam y
est profondément enraciné aujourd'hui ; c'est peut-être ce qui explique
l'absence de manifestations ostentatoires de religiosité, telles qu'on peut
le constater chez les « nouveaux convertis » d'Afrique de l'Ouest
par exemple, ou les « reconvertis » d'Algérie.
Tout le monde connaît l'existence des deux branches principales de
l'islam.
- Le sunnisme (majoritaire dans le monde). La succession
du Prophète revient à ses compagnons, et la Sunna (actes et paroles de
Mahomet rapportés par ses « disciples ») est l'œuvre de référence
extrêmement importante avec le Coran.
- Le chiisme privilégie Ali, gendre du Prophète, dont le rôle
se perpétue au travers de ses descendants.
Appartiennent à cette dernière tendance les deux courants suivants.
- Le chiisme duodécimain, dont les adeptes attendent le retour d'un imam
« caché » (le 12e descendant d'Ali). Leur communauté
est importante dans cette partie du monde et en Iran.
- L'ismaélisme, en référence à Ismaïl, 7e imam (d'où aussi leur nom
de septimains). Les ismaéliens se sont réfugiés dans le djebel Harraz
où l'on peut visiter leurs villages haut perchés, encore lieux de pèlerinage.
Nous passerons sur les nombreux chiismes et les sectes qui en découlèrent pour
nous attacher aux principaux courants religieux du Yémen, à savoir :
- Le zayidisme, issu du chiisme, n'existe plus qu'au Yémen. Le
1er de ses imams arriva au Yémen en 898, et le dernier mourut
à Taïz en 1962.
- Le shafeïsme, secte sunnite mieux implantée au sud du pays.
- Le judaïsme : les juifs, dont la grande majorité (43 000 personnes)
rejoignit Israël à la demande de l'État hébreu (opération « Tapis volant »
en 1949-1950), continuent de quitter le pays. En 1992, 1 200 juifs
vivaient encore dans la région de Saada essentiellement ; il en resterait
aujourd'hui moins de 500 (se reporter au chapitre consacré au quartier
juif dans la rubrique « À voir » à Sanaa). Dans Exodus, Leon
Uris consacre quelques pages à ce moment de leur histoire.
- Le christianisme et l'hindouïsme sont très peu
représentés (gens venant d'Éthiopie ou d'Inde).
Remarque : sachez qu'il n'est plus possible de visiter
l'intérieur des mosquées (sauf à Taïz).