Galeries d’art
De nombreuses galeries à Kiev, une des plus étonnantes étant le Pinchuk Art Center (Internet : http://pinchukartcentre.org). Financé
par l’homme d’affaires ukrainien Victor Pinchuk, ouvert en 2006, c’est
le premier centre d’art contemporain en Ukraine. Dessiné par
l’architecte français Philippe Chiambaretta dans un style high-tech
futuriste, il couvre 2 600 m² sur deux niveaux de l’immeuble Arena (qui
abrite aussi le garage Bentley de Kiev), face au marché Bessarabskaya.
Des artistes ukrainiens de pointe y exposent : Oleg Kulik ou Boris
Mikhailov.
Au dernier étage, sous les combles, le Sky Art Café
est la « cantine » du centre. Décoration dépouillée, murs et canapés
blancs comme dans un OVNI, baies vitrées avec vue à 180 degrés sur la
place et les alentours. Superbe lieu de rendez-vous pour boire un verre
parmi la jeunesse branchée de Kiev.
Littérature
Rares sont les œuvres ukrainiennes traduites en français, même depuis l’indépendance de l’Ukraine.
Dans le passé, les lecteurs francophones avaient pu découvrir des écrivains majeurs comme Isaac Babel (juif ukrainien), auteur des « Récits d’Odessa ». Vassili Grossman auteur de Vie et destin, est considéré comme un des géants de la littérature russe mais il est originaire d’Ukraine (né à Berditchev en 1905). N'oublions pas Nicolas Gogol né près de Poltava, Vladimir Jabotinsky, né à Odessa, dont les œuvres sont disponibles en français.
Depuis l’indépendance de l’Ukraine, l’auteur le plus prometteur s’appelle Iouri Androukhovitch (né en 1960 à Ivano-Frankisvsk). Essayiste, romancier, il représente bien la nouvelle littérature d’Ukraine. Il fonde en 1985 le groupe Bu-Ba-Bu (Burlesk-Balagan-Bufonada) c’est-à-dire : Burlesque-Attraction-Bouffonnerie. Il a écrit quatre romans dont un seul traduit en français par les éditions Noir sur Blanc en 2007. Son titre : Moscoviada (Métaphysique du Carnaval).
Musique
Parmi les grands compositeurs ukrainiens, citons Mykhaïlo Verbytsky (1815-1870), auteur de l’hymne national ukrainien.
En France, la maison de disques Prikosnovénié, basée à Clisson (Loire-Atlantique) a monté un label destiné à promouvoir la jeune musique et les groupes contemporains comme le groupe Flëur dans lequel chantent les charmantes Olga et Léna. Signalons aussi dans le registre des belles voix féminines : Rouslana Lyjytchko, gagnante de l’Eurovision en 2004.
Impossible d’oublier aussi la créativité musicale apparue avec la Révolution Orange (hiver 2004). Des chansons ont été écrites au cours de cette période d’enthousiasme populaire. On peut écouter Razom ni Bahato sur le site Internet : www.ukraine-europe.info.
Il y a aussi le très bon groupe de rock : Okean Elzy.
Opéra et ballets
Depuis le XIXe siècle l’opéra connaît un grand succès auprès des Ukrainiens. La programmation est variée, et s’étale sur toute l’année. Comme les Russes, les Ukrainiens aiment l’opéra et les ballets.
- Opéra National d’Ukraine Taras Shevchenko à Kiev : Volodymyr’ska, 50. Tél : 234-71-65. www.opera.com.ua.
- Box Office (vente de billets) : Khreschatyk, 21. Tél : 224-60-66. Un billet vaut entre 15 et 80 UAH (entre 1,40 et 7,50 €) selon le spectacle.
Histoire
- IXe siècle : création de l’État de la « Rous Kievienne » dont le territoire correspond grosso modo à celui de l’actuelle Ukraine. Les premiers habitants de cette Russie kievienne sont des tribus slaves. Suite au morcellement féodal, elles donneront naissance à trois peuples « cousins » : les Russes, les Ukrainiens et les Biélorusses.
- 980-1015 : Le prince de Kiev Vladimir le Grand, maître de la Russie kievienne se convertit au christianisme, abandonnant la culture païenne. C’est à Kiev que les destins de la Russie et de l’Ukraine confondus commencent grâce à cet acte de baptême officiel. Il place l’Ukraine dans le sillage de Byzance et de l’orthodoxie, et non dans la ligne de Rome. Ce mouvement spirituel venu de Byzance gagne le Nord, puis Moscou.
- 1051 : première histoire d’amour entre une Ukrainienne et un Français. Anne de Kiev épouse le roi de France Henri Ier. La cérémonie a lieu en la cathédrale de Reims.
- 1240 : la Russie kievienne est envahie par les Tatars qui ne sont rien d’autres que les hordes avancées des armées mongoles. Viennent ensuite les Turcs et les Tatars de Crimée. Dévastation, villages pillés et incendiés, déportation en esclavage de dizaines de milliers de personnes.
- XIIe-XIIIe siècles : un État ukrainien se dessine nettement en Galicie et Volthynie, soit dans la partie ouest de l’Ukraine actuelle (entre Kiev et la Pologne).
- XIVe-XVIe siècles : la majorité des territoires d’Ukraine (la région de Kiev, la Volhynie, la Podlachie, la Podolie et la région de Bratslav) passe sous domination du royaume de Pologne et de Lituanie (c’est la grande Pologne). La présence, l’influence et la culture polonaises s’étendent jusqu’à Kiev mais pas au-delà du Dniepr. De nombreux domaines sont confiés à la grande et moyenne aristocratie polonaise, de Lvov à Berditchev, de Zythomir à Tchernivtsi. Pour les uns, la grande Pologne a asservi l’Ukraine, pour les autres elle a servi la Russie, pour d’autres encore tout cela ressemble à un phénomène colonial. Des populations juives importantes s’installent dans les villes d’Ukraine de l’Ouest.
- 1595-1596 : rébellion contre le pouvoir polonais des Cosaques Zaporogues, sous la conduite de Severyn Nalywaïko, et des cosaques « enregistrés ». Leur administration est de type militaire. Se forme alors l’État des Cosaques.
- XVIIe siècle : batailles incessantes entre les Cosaques et les Polonais, les Cosaques et les Turcs Ottomans (au sud). S’en suivent des traités de paix.
- 8 janvier 1654 : rattachement de l’Ukraine à la Russie des Tsars. Le traité de Peréiaslav est signé à Moscou par le fameux Hetman Bogdan Khmelnytskyi. En 1656, une coalition de l’Ukraine, de la Suède, de la Transylvanie et du Brandebourg (Prusse) combat la Pologne.
- 1663 : début de la division de l’Ukraine en deux parties : l’Ukraine de la rive droite du Dniepr (sous influence polonaise) et l’Ukraine de la rive gauche (sous influence russe), avec deux hetmans (chefs administratifs) à leurs têtes.
- 1686 : un traité de paix (« Paix éternelle ») entre la Pologne et la Russie est enfin signé à Moscou.
- 1718 : première manufacture en Ukraine.
- 1720 : ukase (décret autoritaire) de Pierre Ier de Russie contre la langue ukrainienne. Restrictions concernant l’impression de livres en langue ukrainienne.
- 1772 : premier partage de la Pologne. La Galicie passe sous contrôle de l’empire d’Autriche-Hongrie.
- 1804 : ouverture du premier lycée d’Ukraine à Novhorod-Siverskyi.
- 1805 : création du théâtre de Kiev.
- 1815-1818 : à cette époque Odessa est gouvernée par un Français, le duc Armand-Emmanuel de Richelieu (1766-1822), descendant du célèbre Richelieu, qui fonde la ville pour le tsar, en lui donnant un aspect de ville coloniale française. En 1817, il crée dans cette ville le lycée qui porte son nom.
- 1847 : naissance de Joseph Conrad Korzeniowski à Terechova, village près de Berditchev. Polonais d’Ukraine, il ne passe que trois ans à Terechova, part pour la Pologne, puis devient marin et enfin écrivain de langue britannique. Auteur du Au Cœur des Ténèbres et de Lord Jim, il est un des monstres sacrés de la littérature du XXe siècle.
- 1850 : après plus d’une année (septembre 1848-avril 1850) passée au château de Verkhovnia (un des plus grands domaines d’Ukraine) l’écrivain Honoré de Balzac épouse son égérie, la comtesse Ewa Hanska, le 14 mars 1850 en l’église Sainte-Barbe de Berditchev. Il meurt à Paris, l’été suivant.
- 1861 : première ligne de chemin de fer en Ukraine.
- 1914-1918 : la majeure partie de l’Ukraine est occupée par les troupes allemandes.
- Juin 1905 : révolte des marins du cuirassé Potemkine à Odessa, événement que le cinéaste Serguei Eiseinstein portera à l’écran à travers un film-culte : Le cuirassé Potemkine (1925).
- 1917 : révolution de février en Russie tsariste.
- 20 novembre 1917 : proclamation de la République Populaire d’Ukraine. En décembre, la république soviétique d’Ukraine est proclamée.
- 1918-1920 : guerre civile en Russie et Ukraine. Restauration du pouvoir soviétique.
- 1932-1933 : génocide et famine en Ukraine, conséquence de la collectivisation forcée des terres. Une des périodes les plus noires de l’histoire d’Ukraine. Un seul journaliste occidental témoigne de cette vérité atroce, Gareth Jones.
- 1938 : l’enseignement de la langue russe devient obligatoire dans toutes les écoles d’Ukraine.
- 1941-1944 : Seconde Guerre mondiale. En septembre 1941, début de l’occupation de Kiev par les troupes nazies. À l’automne, les SS assassinent en masse près de 800 000 Juifs d’Ukraine. Envoi forcé de près de 2 millions d’Ukrainiens dans les territoires dominés par l’Allemagne. En 1943, offensive de l’armée soviétique contre l’Ukraine. À l’automne, Nikita Khrouchtchev est nommé chef du gouvernement de la RSS d’Ukraine.
- Février 1944 : poursuite de l’offensive soviétique en Ukraine (Crimée, Odessa).
- 28 octobre 1944 : l’ensemble du territoire ukrainien est libéré par les troupes soviétiques.
- 30 avril 1945 : la RSS d’Ukraine est admise à l’ONU comme membre fondateur.
- 1953 : alors que la mainmise soviétique est totale sur l’Ukraine, la mort du dictateur Staline permet à l’ukrainien Nikita Khrouchtchev d’accéder au poste de Secrétaire général du PC de l’Union Soviétique.
- Février 1956 : Khrouchtchev dénonce les purges de Staline, et poursuit la politique de déstalinisation. En 1954 Khrouchtchev fait don de la Crimée à l'Ukraine lors de la commémoration du 300e anniversaire des accords de Pereiaslav.
- 1985 : début de la politique de Perestroïka lancée par Mikhaïl Gorbatchev.
- 26 avril 1986 : explosion du réacteur n°4 de la centrale nucléaire de Tchernobyl (nord de l’Ukraine). Suite à une erreur humaine (c’est prouvé aujourd’hui), le monde assiste à la plus grande catastrophe écologique du XXe siècle. La radiation atomique émise par l’explosion est de 100 fois supérieure à celle émise par les explosions atomiques d’Hiroshima et de Nagasaki. En Ukraine, 35 000 km2 de forêt (soit 40 % de la surface forestière totale du pays) sont contaminés. Autre conséquence terrible : sur les 800 000 employés affectés à la tâche de nettoyer le site, entre 25 000 et 100 000 environ seraient morts des suites de la radioactivité… Les cancers de la thyroïde et du sein ont beaucoup augmenté dans les zones touchées par le désastre. Bien que Kiev ne soit qu’à 130 km au sud de Tchernobyl, la capitale est restée à l’abri des vents radioactifs, disent les spécialistes. Un miracle ? À Kiev aujourd’hui, le musée de Tchernobyl explique et raconte en détails cet évènement tragique.
- 1989 : fin du communisme en URSS et dans les pays du bloc soviétique.
- 16 juillet 1990 : le parlement ukrainien (la Rada) adopte la Déclaration de la souveraineté nationale de l’Ukraine.
- 24 août 1990 : indépendance officielle de l’Ukraine. 1991, dissolution de l’URSS et création de la CEI.
- Décembre 1991 : élection du premier président ukrainien, Leonid Kravtchouk.
- 1995 : l’Ukraine devient membre du Conseil de l’Europe.
- 1996 : nouvelle constitution ukrainienne, mise en circulation d’une nouvelle monnaie nationale, le « hryvnia » (UAH).
- 9 juillet 1997 : signature de la charte entre l’Ukraine et l’OTAN. Mise en place d’un système électoral mixte.
- 14 juillet 1999 : l’Ukraine est élue au Conseil de Sécurité de l’ONU en tant que membre non-permanent.
- 15 décembre 2000 : fermeture définitive de la centrale nucléaire de Tchernobyl.
- Novembre-décembre 2004 : après la révolution des Roses en Géorgie (novembre 2003), éclate la révolution Orange (la couleur orange étant celle du mouvement d’opposition) en Ukraine. Suite à la proclamation le 21 novembre 2004 du résultat du deuxième tour de l’élection présidentielle, on assiste à une série de protestations populaires, dirigées par Viktor Iouchtchenko et son alliée la belle Ioulia Tymochenko. Le mouvement est soutenu indirectement par l’Union Européenne et les États-Unis. La révolution orange se déroule pacifiquement. Elle mobilise plus d’un demi-million de manifestants à Kiev et à travers le pays, pendant une quinzaine de jours. Vladimir Poutine tente de contrecarrer et de freiner le mouvement, prétextant qu’il est financé par les États-Unis, lesquels souhaitent faire reculer la Russie afin d’étendre leur influence dans la région. Pour les opposants à la révolution Orange, le mouvement est orchestré de l’étranger, avec un objectif : isoler encore plus la Russie de ses anciennes possessions de l’Europe de l’Est.
- 26 décembre 2004 : suite à des irrégularités et des fraudes électorales, Victor Iouchtchenko gagne au troisième tour avec 51,99 % des suffrages les élections présidentielles contre 44,19 % pour Victor Ianoukovitch.
- Janvier 2006 : « guerre du gaz » entre Gazprom (le géant gazier russe) et le gouvernement ukrainien.
- 28 juin 2008 : le premier ministre russe Vladimir Poutine menace de restreindre la coopération militaire entre la Russie et l’Ukraine si celle-ci adhère à l’OTAN.
Livres de route, films, DVD
- Petite Histoire de l’Ukraine, d’Andreas Kappeler, éd. de l’Institut des Études Slaves.
- De la Petite-Russie à l'Ukraine, de Mykola Riabtchouk, éditions de l'Harmattan.
- L’Ukraine dans la nouvelle Europe, éditions du CNRS, Paris, 2005. Un ouvrage collectif coordonné par Gilles Lepesant, avec des auteurs spécialistes de ce pays.
- Histoire de l'Ukraine, des origines à nos jours, d'Arkady Joukovsky, éd. du Dauphin, Paris, 2005. Un bon livre traduit de l’ukrainien, avec une chronologie bien faite. L’auteur a tendance toutefois à sous-estimer la part évidente de la Russie et de la Pologne dans la construction du destin national du pays.
- Le Roman d’Odessa (Ukraine, utopie et génie juif), de Michel Gurfinkiel, éditions du Rocher, coll. Le roman des lieux magiques, Paris, 2005. Un livre où s’entrecroisent l’histoire objective et subjective. L’auteur, passionné par son sujet, est issu d’une famille juive ukrainienne d’Odessa. Difficile de faire abstraction de cette part émotionnelle et personnelle, faite de bonheur perdu et de souffrance, qui s’est gravée dans le cœur des anciens habitants d’Odessa. Le résultat est un excellent récit, très documenté, alternance d’histoire et de fiction, autour de cette ville considérée comme la plus libre, la plus cosmopolite, la plus bigarrée de l’ex-empire russe et soviétique.
- Le Goût d’Odessa, de Sandrine Treiner, éditions Mercure de France, Paris, 2005. Petit livre mais grand et beau sujet : la ville d’Odessa, évoquée ici à travers des extraits et des auteurs d’Alexandre Pouchkine à Isaac Babel, de Mark Twain à Eiseinstein, sans oublier Georges Simenon et Olivier Rolin, tous captivés par ce grand port de la mer Noire, rendez-vous de toutes les aventures humaines.
- Tout est illuminé (Everything is illuminated) : film de Liev Schreiber. Existe en DVD depuis 2005. L’histoire d’un voyage en Ukraine par un juif américain à la recherche de ses racines et de la mémoire de sa famille disparue.