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Un peu d’histoire San Francisco

Fondation

En 1579, le grand corsaire anglais Francis Drake jette l’ancre non loin de la baie de San Francisco et prend possession du territoire au nom de la reine d'Angleterre. La Californie avait été « découverte » peu de temps auparavant par Cortés, mais les Espagnols n'en avaient pas encore exploré le nord.
Curieusement, ce n'est qu’en 1769 que la baie en elle-même est découverte, par des missionnaires espagnols. Elle avait été jusqu’à présent dissimulée par le perpétuel brouillard et avait donc échappé aux investigations précédentes. Saint François d'Assise étant le patron de ces missionnaires, la ville prend naturellement le nom de San Francisco. On construit alors une première église qui lui est dédiée, ainsi que la forteresse du Presidio.
Des colons espagnols venus du Mexique commencent à s'y installer dès la fin du XVIIIe siècle. C’est de cette époque que date le tracé de Grant Street, la première rue de la ville.

La ruée vers l’or

En janvier 1848, San Francisco n'est encore qu'un tout petit village de pêcheurs quand la découverte d’une première pépite d’or, à 220 km de là, change son destin. C'est le début de la ruée vers l’or et du mythe de San Francisco. En à peine 2 ans, toute la région est envahie d'aventuriers, de mineurs, de chômeurs, de filles de joie, de commerçants et de scélérats de tout poil, venus du monde entier.
San Francisco pousse comme un champignon. C’est de cette époque que date le nom de la Golden Gate : en franchissant la porte de l'Or, on pénétrait au pays de l'or. Une dizaine d'années plus tard, le filon de l’or est tari, mais l'argent fait son apparition dans les montagnes des environs. Cette fois, ce sont des investisseurs et des mineurs professionnels qui accourent. La ville sort alors peu à peu de son ambiance Far West pour prendre des allures de métropole plus sérieuse, avec des banques, des commerces et des bureaux, sans perdre son incroyable alchimie d'ethnies et de milieux sociaux différents.

L’ère du blue jean

En 1847, Levi Strauss, un immigré juif de Bavière, arrive à San Francisco avec pour toute fortune un lot de bâches bleues. Ne pouvant les vendre, il commence à les tailler pour en faire des pantalons. Leur solidité est accueillie avec succès par les chercheurs d'or. Le tissu, importé de Nîmes, explique son nom en anglais : denim. Le mot jean vient quant à lui de Gênes, port italien d'où le tissu est expédié vers les États-Unis. Le pantalon de Levi Strauss, baptisé blue jean, connaît immédiatement un succès fulgurant et devient le symbole de la réussite californienne, avant de devenir un symbole américain à part entière.

Expansion

En 1850, quand la Californie devient un État américain, San Francisco est déjà une ville importante et en forte croissance. La ville s’organise selon un tracé à la mode américaine, avec des blocs carrés et des rues perpendiculaires. En 1860, une première liaison télégraphique est inaugurée vers l’Est. Dix ans plus tard, le chemin de fer reliant New York et San Francisco, via Chicago, est achevé, notamment grâce à l’effort de nombreux ouvriers chinois. Attirés par la ville californienne, ces derniers s’y installent et fondent Chinatown. La cité s’enrichit de plus en plus. Afin d’améliorer son réseau en surmontant le handicap des collines, les célèbres cable-cars son créés. L’expansion atteint son apogée à l’aube du XXe siècle.

Rayonnement littéraire

Le rayonnement culturel de San Francisco entre 1850 et 1950 doit énormément à trois écrivains emblématiques de la ville. Le premier est Jack London, auteur des célèbres romans Croc-Blanc et L'Appel de la forêt, qui a le premier dénoncé l’imposture du « rêve américain » avant de devenir l'un des premiers millionnaires de l'histoire de l'édition.
Le suivant est l'un de ses fils spirituels, Jack Kerouac, auteur de Sur la route, ouvrage-phare qui inspira de nombreux routards. Kerouac prit la route très tôt et fit tous les métiers avant de devenir célèbre en écrivant des romans largement autobiographiques. Il s’engagea dans une logique de révolte contre le système, et fut bientôt suivi par le mouvement beat, natif de San Francisco.
Le troisième écrivain majeur est incontestablement le plus controversé. William S. Burroughs, homosexuel et défoncé notoire, se rendit célèbre en tuant accidentellement sa femme d’une flèche lors d’un numéro d’adresse. Il s’enfuit au Mexique où il rédigea Le Festin nu, roman culte qui exploite la technique novatrice du « cut-up ». Ce livre, désormais considéré comme un classique, eu d’énormes répercussions sur la création artistique dans le monde, et influença les plus célèbres écrivains, chanteurs, peintres et cinéastes.

Les tremblements de terre

San Francisco, comme toute la Californie, est situé sur la grande faille de l'océan Pacifique, appelée faille de San Andreas. C'est donc une région tectonique instable. En 1906 a lieu un terrible tremblement de terre, le premier véritablement important de son histoire. 28 000 maisons (les 4/5e de la ville) furent détruites par l’incendie qui s’ensuivit et qui embrasa la ville pendant 3 jours. Les puritains de l'époque ne manquèrent pas d’affirmer que la catastrophe représentait la punition divine méritée pour une ville décadente et dévoyée.

Le séisme d'octobre 1989 (7,1 sur l'échelle de Richter) fut dramatique et provoqua l’effondrement du Bay Bridge, l’autre grand pont de la ville avec le Golden Gate. En dehors des victimes piégées sur ce pont, il n'y eut heureusement que très peu de morts en ville. Les normes antisismiques rigoureuses appliquées aux immeubles se révélèrent d'une totale efficacité. Seules certaines maisons en bois du quartier de Marina s'écroulèrent à la suite de glissements de terrain.
Depuis quelques années, les scientifiques s'intéressent aussi à la faille de Hayward qui traverse, plus à l'intérieur, Oakland, Fremont, et qui est assez proche de Berkeley et de San José. Cette faille est pour le moment paresseuse, mais elle inquiète néanmoins les autorités car elle traverse une région très habitée, en particulier Oakland, dont les constructions ne sont pas conçues en fonction des risques sismiques.
Reste, pour les experts, l’obsession du « Big One », l’énorme tremblement de terre inévitable qui devrait toucher, dans un futur relativement proche, la région de San Bernardino, entre San Francisco et Los Angeles.

Le berceau des beatniks

Le mouvement « beatnik » n'est pas une mode, ni un comportement nouveau. C'est avant tout une nouvelle forme de poésie et d'écrits, qui s'inspire en partie des expériences de Rimbaud et des surréalistes, des romans de Joseph Conrad et bien sûr du jazz (le rock n’étant pas encore né). San Francisco apparaît donc comme la ville la plus « littéraire » des États-Unis. En 1988 eut lieu un événement considérable : 12 rues changèrent de nom pour honorer des écrivains et artistes nés ou ayant travaillé à San Francisco. Parmi eux, Jack London et Jack Kerouac, bien sûr, mais aussi Bob Kaufman, Samuel Beckett, Dashiell Hammett, Mark Twain, Isadora Duncan, etc.

La libération hippie

Pour toute une génération, San Francisco fut la ville symbole de la libération hippie. En 1963, lors des marches de contestation du Free Speech Movement, la chanteuse Joan Baez prend le micro sur le campus de l’université de Berkeley pour appeler à lutter contre la censure et pour la liberté de parole. Un an après, l'agitateur d'idées et « grand gourou » du LSD, Timothy Leary, accompagné des représentants de la beat generation Allen Ginsberg, Jack Kerouac et William Burroughs, annonce officiellement l'avènement de la « révolution psychédélique », relais entre le mouvement beatnik et la génération « hip ». Les étudiants de Berkeley rebaptisent leur université « Trip City ».
À partir de 1965, depuis la mémorable « Halloween Acid Party », la musique propage ces discours révolutionnaires grâce à l'émergence d'une scène locale incroyablement active, que l'on retrouvera par la suite au festival de Woodstock. En 1966, l’écrivain Hunter Thomson est l’un des premier à employer le terme de « hippies », qui semble vouloir dire « ceux qui ont pigé » en argot noir. Attirés par les maisons anciennes aux loyers dérisoires, les hippies s'installent sur Ashbury Street, dans le sillage de Jimi Hendrix, Janis Joplin, Grace Slick, Jerry Garcia et l'écrivain Richard Brautigan.

Des années hippies aux années gays

Les « hips » lisent Zap Comics, la revue rigolote vendue à la criée dans les rues. Le soir, la scène franciscaine se retrouve aux grands concerts du Fillmore Auditorium organisés par Bill Graham, gourou du « San Francisco sound ». De gigantesques festivals gratuits ont lieu au Golden Gate Park, les Human Be-In. En 1967, l'« été de l'Amour » attire à San Francisco plus de 500 000 personnes qui viennent pour la musique, pour l'amour, mais aussi pour les hallucinogènes, notamment le LSD. Les abus en tout genre et les désillusions auront raison du mouvement dès 1969, aussitôt après le festival de Woodstock et la mort de Janis Joplin et de Jimi Hendrix la même année. Quelques purs et durs garderont le flambeau peace and love, comme Santana et Grateful Dead.
Attirés par la modernité et la liberté de la ville, des centaines de milliers d’homosexuels (25 % de la ville) s’installent à San Francisco, notamment dans les quartiers de Castro et de Noe Valley. Il faudra plus de 20 ans pour vaincre les mentalités rétrogrades et pour qu’ils soient acceptés comme des citoyens normaux, et ce malgré toutes les formes de discriminations et les ravages du Sida.
Aujourd’hui, la ville compte la plus importante densité d’homosexuels de tout le continent américain, et la deuxième population gay derrière New York. Mesure symbolique : plus de 4 000 mariages entre homosexuel(le)s furent proclamés à la mairie, avant que la Cour suprême ne les annule et interdise les suivants.

La question des sans-abris

Si elle n'est que la 13e ville du pays par la taille, San Francisco est la 3e par le nombre de sans-abris dans ses rues. Ils sont estimés à environ 16 000, dont un tiers serait toxicomane et un autre tiers schizophrène. Cette situation très particulière s'explique par la volonté d'un certain gouverneur, Ronald Reagan, à la fin des années 1970, de faire des économies dans le budget de l'État. On ferma donc bon nombre d'institutions s'occupant de malades mentaux légers parmi lesquels d'anciens du Vietnam traumatisés par la guerre.
À l'automne 1999, une série de meurtres de SDF faisait la une des journaux. Les mauvaises langues affirmèrent que le nouveau maire, William Brown, n'était pas étranger à la chose. Si l'affirmation paraît des plus douteuses, il reste que ses services ont depuis peu entamé une guerre sans merci contre les SDF. On leur inflige maintenant des amendes quand ils dorment dans la rue, on saisit le peu d'affaires qu'ils possèdent (y compris les couvertures données par des associations humanitaires ou religieuses), et on ferme de plus en plus de shelters, les derniers centres d'accueil de la ville.





 



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