Architecture
- Le baroque : on distingue trois formes de style
baroque. Le baroque Narychkine, dont l’âge d’or se situe entre 1690 et
1710, est caractérisé par un plan centré, en carré, avec une grande
tour centrale, et une riche décoration intérieure ; le baroque
pétrovien, entre 1700 et 1720, qui se distingue par une partie centrale
surmontée d’un dôme ou d’une flèche, de façades aux couleurs vives qui
contrastent avec les pilastres et chambranles blancs ; et les baroques
Anne et Élisabeth qui firent fureur dans les années 1730 à 1760 à
Moscou et Saint-Pétersbourg et qui, empreints du style baroque
occidental, arborent longues colonnades, moulures, frontons et angelots
dorés.
- Le classicisme : dans les années 1770 à 1800,
style qui s’inspire de l’Antiquité grecque et romaine. Au menu, imposantes arcades
et doubles colonnades, rotondes, jardins peuplés de statues mythologiques, moulures
et bas-reliefs antiques... Catherine II en fit son style de prédilection.
- Le style Empire : issu du style Empire de Napoléon,
il fut amené à Saint-Pétersbourg par des architectes français dans les années 1810
et dura jusqu’au milieu du siècle. Voir Notre-Dame-de-Kazan, une étonnante
réalisation de Voronikhine. Les architectes russes développèrent une variante
de ce style à Moscou, notamment par Bové, Gilardi et Grigoriev. Tout cela se
rapproche du style classique, exception faite de la déco intérieure, plus étudiée,
avec des meubles possédant plus de relief, des placages de bois précieux...
- Le « pseudo-russe » : en plein essor dans
la seconde moitié du XIXe siècle, il ne se souciait guère de
l’uniformité propre au classique et revendiquait une culture russe et des formes
architecturales héritées du Moyen Âge. Bel exemple : le musée d’Histoire,
sur la place Rouge de Moscou.
- L’Art nouveau (ou Modern Style) : populaire dans les
années 1900 à 1910, ce style est le fruit d’une volonté de rompre
avec le passé et de profiter des avancées techniques (comme le béton armé et
les ferronneries). On peut admirer de telles créations sur la Kamennoostrovski
prospekt, à Saint-Pétersbourg, et un peu partout à Moscou (entre autres l’hôtel
Métropole et la maison de Gorki).
- L’architecture soviétique : elle est malheureusement
allée de pair avec de tragiques destructions, ne voulant pas s’accommoder de
la concurrence des styles précédents. D’extérieur rigoureux et gris, les immeubles
de béton fabriqués en série ont vite pullulé dans les villes.
Cinéma
Vous êtes au pays de Sergueï Eisenstein (Potemkine, La Grève),
Vsevolod Poudovkine (La Mère), Alexandre Dovjenko (La Terre) et
du documentariste Dziga Vertov. C’est l’élan idéologique révolutionnaire qui
a inspiré ces maîtres du cinéma mondial comme beaucoup d’autres artistes dans
les années 1920.
La perspicacité propagandiste des bolcheviks leur a paradoxalement
donné des moyens de travailler, au moins au début. Le totalitarisme stalinien
a aussi utilisé le pouvoir du cinéma, Les pressions sur les
réalisateurs - même Eisenstein a eu à en souffrir - et les nouvelles
exigences idéologiques et esthétiques allant de pair avec le « réalisme
socialiste » ont donné une production inégale. Dans les années 1930,
les films sont devenus plus allégoriques et mythologiques.
La Seconde Guerre mondiale a fourni une source d’inspiration infinie, constante
et sans risques si on évitait les sujets tabous. Certains films sont des chefs-d’œuvre.
On voit apparaître les noms de Serguei Bondartchouk, Grigori Tchoukhrai et surtout
André Tarkovski. Le thème a été trop largement utilisé jusqu’à la fin de
l’époque soviétique. Quand passent les cigognes de Mikhail Kolotozov
a marqué en 1957 le retour du cinéma soviétique sur la scène mondiale (Grand
Prix à Cannes).
Mais ce sont les années 1960 qui, tout comme en littérature et en poésie, ont marqué une vraie renaissance
grâce au « dégel » de l’époque kroutchévienne qui a relâché un peu
et provisoirement la censure. De grands réalisateurs apparaissent : Kira
Mouratova, Elem Klimov, Gleb Panfilov, Andreï Kantchalovski... Ils ne remettent
pas en cause les choix socialistes de leur société, mais prônent un socialisme
à visage humain.
Autres tournants des années 1960 qui se sont poursuivis jusqu’à la Perestroïka :
l’esthétisation et les sentiments face au dogmatisme. Internationalisation du
cinéma soviétique avec la généralisation de studios et d’écoles dans la plupart
des républiques : la Géorgie, la Lituanie, l’Estonie, l’Ukraine (où les
studios Dovjenko sont énormes), le Kazakhstan. Serguei Paradjanov, Arménien
né en Ukraine et ayant travaillé en Géorgie, où il a aussi été emprisonné, en
est un représentant symbolique.
Dans les années 1970 apparaît Nikita Mikhalkov.
Il est aujourd’hui sans doute l’un des plus connus des cinéastes russes et l’un
des plus commerciaux. Ses premiers films, Partition inachevée pour un piano
mécanique et, plus tard, Cinq soirées, sont les plus réussis et ont
fait le tour du monde, avant Soleil trompeur. Enfin, n’oublions par le
cinéaste géorgien Otar Iosseliani qui, avec ll était une fois un merle chanteur
(1970, 5 ans interdit à l’exportation) et Pirosmani, apporta une grosse
bouffée d’air frais en pleine grisaille bréjnévienne.
En 1986, l’Union des cinéastes est autorisée à élire une direction libérale
qui lève la censure et le monopole d’État sur les achats de films et sort les
films interdits des placards. La Petite Vera, de Vassili Pitchoul, est
le dernier film soviétique et le premier de la nouvelle époque : il montre
une jeunesse peu sage et des scènes de sexe. 50 millions de spectateurs
l’ont vu en salle. Depuis, aucun film russe n’a atteint une telle audience.
Mais l’implosion de l’URSS
en 1991 porte un coup sévère au cinéma. Il commence à peine à s’en
relever. La tutelle de l’État pesait lourd sur les artistes et
réalisateurs, mais les mettait à l’abri du besoin. Les lois du marché
introduites brutalement ont pour le moins déstabilisé l’édifice. Avec
la privatisation et la criminalisation de l'économie au début des
années 1990, la production russe a d'abord atteint 500 films par an,
contre 140 à l'époque soviétique. Mais personne ne les voyait et ils ne
servaient pour la plupart qu'à blanchir de l'argent.
Avec
l'amélioration de la situation économique et une nouvelle aide de, les
réalisateurs russes recommencent à viser à nouveau le grand public. Les
studios revivent petit à petit et, avec 120 films par an (en 2002), la
production rattrape peu à peu les années d'avant la Perestroïka.
Littérature
C’est souvent par les noms de Pouchkine, Dostoïevski, Gogol ou Tolstoï
que certains d’entre vous ont entendu parler de la Russie. La littérature russe,
tout comme la musique et la peinture, est pour une grande part mondiale. Quelques
repères transversaux pour vous aider à vous y retrouver sans plonger dans un
foisonnement de noms qui peuvent en effrayer certains.
Il y a une littérature russe d’avant Alexandre Pouchkine
(1799-1837), peu connue, et celle d’après Pouchkine, appréciée du monde
entier. L’écrivain ou le poète russe est plus qu’un artiste : il a
souvent été une conscience sociale, politique et morale et rempli le
rôle d’une opposition politique le plus souvent interdite, aussi bien
sous le tsarisme que sous le régime soviétique. Beaucoup l’ont payé
cher : la mort, l’exil, la prison, l’isolement dans leur propre pays.
La poésie occupe une place importante dans cette littérature (jusque dans les
années 1960) et elle a connu deux âges fastes : l’âge d’or
du début du XIXe siècle et l’âge dit « d’argent »
au début du XXe siècle.
Il y a deux tendances littéraires : l’une plutôt sombre, que l’on peut
qualifier de lunaire, et l’autre plus « optimiste », que l’on
appellerait solaire : Pouchkine, Tolstoï ou Tchekhov sont plutôt
solaires, Dostoïevski et Gogol plutôt lunaires. Bien sûr, il y a des
passerelles entre les deux.
Certains écrivains sont davantage liés à Saint-Pétersbourg, d’autres à Moscou.
Dostoïevski, Gogol et Pouchkine sont indissociables de la capitale du Nord.
Tolstoï avait un domaine à Lasnaja Poliana, au sud de Moscou, même s’il a passé
quelques années à Saint-Pétersbourg. On retrouve Pouchkine écrivain universel
à Moscou aussi.
Musique et ballets
Musique classique et contemporaine
Il est toujours frappant de voir que les Russes chantent spontanément
à plusieurs voix. Les chants de leurs ancêtres, les Slaves, généralement dotés
de significations religieuses, étaient toujours optimistes. Les armées grecques,
scythes et barbares qui sillonnent l’Europe durant le premier millénaire emmènent
souvent avec elles des groupes de musiciens slaves. Sous la longue occupation
tatare apparaît le chromatisme et des mélodies plus mélancoliques. Au XIIe siècle,
un moine orthodoxe décide d’interdire la musique, dans laquelle il voit l’expression
des démons du paganisme. Seul le chant d’église a droit de cité. Que se passe-t-il
entre le XIIe> et le XIXe siècle ? On le saura
grâce à Mikhaïl Glinka (1804-1857) qui découvre alors une musique populaire
que des siècles de tradition orale ont transformée en un trésor d’une richesse
inouïe. Son opéra Rouslan et Lioudmila reste aujourd’hui l’une des œuvres
fondatrices de l’école musicale russe.
On peut considérer Piotr Tchaïkovski (1840-1893) et les compositeurs du groupe des Cinq comme la descendance directe de Glinka. Le groupe des Cinq comprend Alexandre Borodine, César Cui (d’origine française), Mili Balakirev, Modeste Moussorgski et Nicolas Rimski-Korsakov, tous nés entre 1834 et 1844.
À l’exception de Balakirev, tous sont des autodidactes. Tchaïkovski affectionne la musique de chambre occidentale et Mozart, ce qui lui vaut de rester à l’écart des Cinq, bien qu’il ne soit pas moins à l’aise qu’eux dans les rythmes et les modulations complexes inspirés de la musique populaire.
Le genre que ces compositeurs ont probablement le mieux servi est celui de l’opéra. Citons la Dame de Pique de Tchaïkovski, Boris Godounov de Moussorgski, ou encore Le Prince Igor de Borodine. Liée au chant populaire, l'école russe restera longtemps proche de l'art vocal et évite l’art instrumental abstrait. Un magnifique exemple de cet « art musical figuratif » est le poème symphonique Schéhérazade de Rimski-Korsakov. Les deux quatuors de Borodine constituent une magnifique et précoce exception à cette règle.
Serge Rachmaninov (1872-1943) est représentatif de la génération suivante de compositeurs, à travers laquelle l’école russe s’approprie les formes musicales classiques, mais en lui insufflant la puissance libérée par les compositeurs de la première génération. De cette entreprise naissent notamment les spectaculaires concertos pour piano.
Alexandre Scriabine (1872-1915) a admiré Chopin et Debussy. Il devient
le précurseur non seulement de Stravinsky et de Prokofiev, mais l’un des inspirateurs
de la musique contemporaine dans son ensemble, dont Dimitri Chostakovitch
(1906-1975) se fera le chef de file en Russie.
Avec Aram Khatchatourian (1903-1978) et les accents guerriers de sa Danse
du sabre, le Caucase fait irruption dans la création musicale russo-soviétique.
Le duo Stravinsky-Diaghilev
C’est indéniablement au génie de Stravinsky et de Prokofiev que la
compagnie de ballet de Serge Diaghilev, les Ballets russes, doivent leur
essor. Et c’est, inversement, à Serge Diaghilev que Stravinsky, alors peu connu,
doit de pouvoir mettre son génie au service de ce qu’on appellerait aujourd’hui
des superproductions, auxquelles étaient associés des décorateurs comme Picasso,
des auteurs comme Nicolas Roerich (à l’origine de l’intrigue du Sacre du
Printemps) et les plus grands chorégraphes de l’époque : Mikhaïl
Fokine, Serge Lifar, Vaslav Nijinski. Les premières représentations des
ballets russes ont lieu en 1909. Paris, où se produit la troupe, est sous
le choc.
L’aventure se poursuit durant vingt ans. Vingt années durant lesquelles
le flamboiement des rythmes et des couleurs des productions de la troupe suscite
une émotion sans précédent sur les scènes européennes. Des chorégraphies qui font aujourd’hui encore partie des répertoires du théâtre Bolchoï de Moscou et du Marinski de Saint-Pétersbourg.
Peinture
- Andreï Roublev (vers 1370-vers 1430) :
la plupart des peintres d’icônes restaient anonymes, mais lui a laissé sa griffe
sur les icônes les plus précieuses, les plus poétiques. Moine qui vécut à cheval
entre le XIVe et le XVe siècle, chef de file de l’école
de Moscou, influencé par la tradition iconographique byzantine, Roublev a élevé
son art au plus haut niveau. Son chef-d’œuvre, la Sainte-Trinité et bien
d’autres de ses créations sont exposées à la galerie Tretiakov de Moscou.
- La Société des ambulants : groupe de peintres engagés
des années 1870-1900. S’opposant au conformisme coincé des peintres de
l’Académie, les « Peredvijniki » voulaient toucher le peuple
en dépeignant des sujets réalistes, proches de leurs préoccupations, des scènes
sociales, religieuses ou historiques ; avec en toile de fond un appel au
patriotisme et au progrès. Parmi les plus connus, citons Ilya Repine (Les
Haleurs de la Volga, Ivan le Terrible devant le cadavre de son fils),
Vassili Sourikov (Le Matin de l’exécution des Streltsy, La Conquête
de la Sibérie), Ivan Kramskoï et Nicolaï Gay (Le Golgotha).
- Vassili Kandinsky (1866-1944) :
peintre capital pour le XXe> siècle, il fut l’un des pionniers
de l’art abstrait. Sa démarche était de trouver une forme esthétique en rapport
avec son contenu, ce qui le mena à une peinture de plus en plus géométrique,
parfois inspirée de la musique. À partir de 1909, il peint des Compositions
et Improvisations restées célèbres. Fondateur avec Franz Marc du mouvement
Der Blaue Reiter (« le cavalier bleu ») à Munich en 1911,
il publia un traité théorique important, Du spirituel dans l’art (1911).
Il enseigna à Moscou, puis au Bauhaus allemand jusqu’à sa fermeture en 1933.
- Kasimir Malevitch (1878-1935) : nourri
au cubisme, Malevitch entreprend au début du XXe siècle une
enquête sur la nature du « signe zéro » en peinture. Cette recherche
aboutira au suprématisme, mouvement qui a marqué un tournant. La suprême découverte,
c’est que la surface même du tableau est le seul vrai degré zéro... D’où le
Carré noir sur fond noir exposé en 1915 à Saint-Pétersbourg. Ses
peintures géométriques et multicolores lui semblent une régression par rapport
à cette conquête, aussi revint-il à la seule issue possible à toutes ces questions :
c’est son chef-d’œuvre, Carré blanc sur fond blanc, qui aura le dernier
mot.
- Marc Chagall (1887-1985) : il peignait
un univers fantaisiste et personnel, mélange de rêves, d’éléments folkloriques
(scènes de cirque), de poésie (oiseaux, fleurs et amoureux), de religion (après
son voyage en Palestine), de Paris où il vécut et de la Provence où il mourut.
Artiste complet, talentueux décorateur de théâtre, costumier, graveur et illustrateur,
il travailla aussi des mosaïques, des vitraux (cathédrales de Metz et de
Reims) et les fresques du plafond de l’opéra de Paris (1964).
Médias et liberté de la presse
Les médias traditionnels que sont la presse, la radio et la TV sont connectés aux grands groupes industrialo-financiers du pays, eux-mêmes étroitement liés à l'élite du pouvoir.
Sous Boris Eltsine, les médias ont joui d'une liberté quasiment illimitée.
Sur les étals des marchands de journaux, la Pravda et les Izvestia côtoient aujourd'hui des dizaines de titres de tous tons. Mais le gouvernement est visiblement préoccupé par le risque d'interférences qu'une telle liberté peut, à son avis, représenter par rapport à son action.
La liberté d'expression est réelle (sur Internet notamment), mais l'information que les Russes reçoivent est cadenassée. La répression engendre l'autocensure des journalistes, et la majorité de la population se désintéresse de la politique, même si elle est persuadée que la situation s'est améliorée depuis Poutine.
À Moscou, 6 chaînes de TV se partagent l'espace hertzien, tandis que 10 autres sont reçues, via le câble, pour la plupart gratuitement, par une grande partie de la population. Avec 13 chaînes (hertzien et câble confondus), Saint-Pétersbourg n'a pas grand-chose à envier à la capitale. Les téléspectateurs ont donc accès à un éventail de programmes variés.
Les années 1990 ont vu débarquer en Russie les groupes mondiaux de communication. Ceux-ci ont lancé avec succès plusieurs projets sur le marché, pourtant pléthorique, de la presse magazine et de la radio.
Malgré les apports incontestables de cette présence étrangère dans les médias russes, le Fonds de défense de la Glasnost, créé au lendemain du putsch de 1991, répertorie chaque mois des dizaines d'attaques dont sont victimes des journalistes.
Relativement à l'abri de ces sévices, de nombreux journalistes étrangers travaillent à Moscou et à Saint-Pétersbourg. Plusieurs quotidiens ou hebdomadaires en langue anglaise sont diffusés gratuitement dans les hôtels ainsi que dans certains supermarchés fréquentés par des étrangers. Citons, à Moscou, The Moscow Times ou The Russia Journal, et, à Saint-Pétersbourg, Pulse et The Saint-Petersburg Times. Indispensables pour vos sorties. Il existe également quelques publications en français, mais celles-ci sortent moins régulièrement.