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Cinéma

Vous êtes au pays de Sergueï Eisenstein (Potemkine, La Grève), Vsevolod Poudovkine (La Mère), Alexandre Dovjenko (La Terre) et du documentariste Dziga Vertov. C’est l’élan idéologique révolutionnaire qui a inspiré ces maîtres du cinéma mondial comme beaucoup d’autres artistes dans les années 1920.
La perspicacité propagandiste des bolcheviks leur a paradoxalement donné des moyens de travailler, au moins au début. En nationalisant dès 1919 l'industrie cinématographique encore jeune, le nouveau pouvoir mettait certes les réalisateurs sous sa coupe.
Le totalitarisme stalinien a aussi utilisé le pouvoir du cinéma. Les pressions sur les réalisateurs - même Eisenstein a eu à en souffrir - et les nouvelles exigences idéologiques et esthétiques allant de pair avec le « réalisme socialiste » ont donné une production inégale. Dans les années 1930, les films sont devenus plus allégoriques et mythologiques (Alexandre Nevski d'Eisenstein).

Le cinéma soviétique

La Seconde Guerre mondiale a fourni une source d’inspiration infinie, sans risques si on évitait les sujets tabous. Certains films sont des chefs-d’œuvre. On voit apparaître les noms de Serguei Bondartchouk, Grigori Tchoukhraï et, surtout, André Tarkovski. Le thème a été trop largement utilisé jusqu’à la fin de l’époque soviétique. Quand passent les cigognes de Mikhaïl Kolotozov a marqué en 1957 le retour du cinéma soviétique sur la scène mondiale (grand prix à Cannes).

Mais ce sont les années 1960 qui, tout comme en littérature et en poésie, ont marqué une vraie renaissance grâce au « dégel » de l’époque kroutchévienne, qui a relâché un peu et provisoirement la censure. De grands réalisateurs apparaissent : Kira Mouratova, Elem Klimov, Gleb Panfilov, Andreï Kantchalovski... Ils prônent un socialisme à visage humain.
Autres tournants des années 1960 qui se sont poursuivis jusqu’à la perestroïka : l’esthétisation et les sentiments face au dogmatisme, avec notamment Andreï Tarkovski. Internationalisation du cinéma soviétique avec la généralisation de studios et d’écoles dans la plupart des républiques : la Géorgie, la Lituanie, l’Estonie, l’Ukraine, le Kazakhstan. Sergueï Paradjanov, un Arménien né en Ukraine, en est un représentant symbolique.

Dans les années 1970 apparaît Nikita Mikhalkov, fils de Sergueï Mikhalkov, auteur de l'hymne soviétique. Le fils se fait d'abord un prénom comme acteur dans le film Je marche dans Moscou. Il est aujourd'hui sans doute l'un des plus connus des cinéastes russes et l'un des plus commerciaux.
N'oublions pas le cinéaste géorgien Otar Iosseliani, qui, avec Il était une fois un merle chanteur (1970, 5 ans interdit à l'exportation) et Pirosmani, apporta une grosse bouffée d'air frais en pleine grisaille brejnévienne.

Le cinéma et l'économie de marché  

En 1986, l’Union des cinéastes est autorisée à élire une direction libérale qui lève la censure et le monopole d’État sur les achats de films, et sort les films interdits des placards. La Petite Vera, de Vassili Pitchoul, est le dernier film soviétique et le premier de la nouvelle époque : il montre une jeunesse peu sage et des scènes de sexe. 50 millions de spectateurs l’ont vu en salle. Depuis, aucun film russe n’a atteint une telle audience.

Mais l’implosion de l’URSS en 1991 porte un coup sévère au cinéma. Il commence à peine à s’en relever. La tutelle de l’État pesait lourd sur les artistes et réalisateurs, mais les mettait à l’abri du besoin. Les lois du marché introduites brutalement déstabilisé l’édifice. Paradoxalement, la liberté soudaine de créer a quelque peu coupé l'inspiration des auteurs. Dans un premier temps, ils se sont  précipités dans la dénonciation du régime soviétique.
Avec la privatisation de l'économie au début des années 1990, la production russe a d'abord atteint 500 films par an, contre 140 à l'époque soviétique. Mais ils ne servaient pour la plupart qu'à blanchir de l'argent. Les réalisateurs ont fait des films destinés à des festivals et à un public choisi à l'étranger.

Avec l'amélioration de la situation économique, une nouvelle aide de l'État et la création d'un distributeur qui a soutenu une renaissance des salles de cinéma dans les grandes villes (et aussi une lassitude du public pour les productions hollywoodiennes), les réalisateurs russes recommencent à viser de nouveau le grand public. Les studios revivent petit à petit. Malheureusement, peu de grosses productions s'avèrent rentables, sauf si elles ont la chance d'être distribuées en Europe.

Littérature

C’est souvent par les noms de Pouchkine, Dostoïevski, Gogol ou Tolstoï que certains d’entre nous ont entendu parler de la Russie.

Il y a la littérature russe d’avant Alexandre Pouchkine (1799-1837), peu connue, et celle d’après Pouchkine, appréciée du monde entier. L’écrivain ou le poète russe est plus qu’un artiste : il a été une conscience sociale, politique et morale et rempli le rôle d’une opposition politique le plus souvent interdite, aussi bien sous le tsarisme que sous le régime soviétique. Beaucoup l’ont payé cher.
La poésie occupe une place importante dans cette littérature (jusque dans les années 1960) et elle a connu deux âges fastes : l’âge d’or du début du XIXe siècle et l’âge dit « d’argent » du début du XXe siècle.
Il y a deux tendances littéraires : l’une plutôt sombre, que l’on peut qualifier de lunaire, et l’autre plus « optimiste », que l’on appellerait solaire : Pouchkine, Tolstoï ou Tchekhov sont plutôt solaires, Dostoïevski et Gogol plutôt lunaires. Bien sûr, il y a des passerelles entre les deux.
Certains écrivains sont davantage liés à Saint-Pétersbourg, d’autres à Moscou. Dostoïevski, Gogol et Pouchkine sont indissociables de la capitale du Nord. Tolstoï avait un domaine à Lasnaja Poliana, au sud de Moscou, même s’il a passé quelques années à Saint-Pétersbourg. On retrouve Pouchkine écrivain universel à Moscou aussi.

Musique et ballets

Musique classique et contemporaine

Les Russes chantent spontanément à plusieurs voix. Les chants de leurs ancêtres, les Slaves, généralement dotés de significations religieuses, étaient toujours optimistes. Sous la longue occupation tatare apparaît le chromatisme et des mélodies plus mélancoliques. Au XIIe siècle, un moine orthodoxe décide d’interdire la musique, dans laquelle il voit l’expression des démons du paganisme. Seul le chant d’église a droit de cité.

Que se passe-t-il du XIIe au XIXe siècle ? On le saura grâce à Mikhaïl Glinka (1804-1857) qui découvre alors une musique populaire que des siècles de tradition orale ont transformée en un trésor d’une richesse inouïe. Son opéra Rouslan et Lioudmila reste aujourd’hui l’une des œuvres fondatrices de l’école musicale russe.
On peut considérer Piotr Tchaïkovski (1840-1893) et les compositeurs du groupe des Cinq comme la descendance directe de Glinka. Le groupe des Cinq comprend Alexandre Borodine, César Cui (d’origine française), Mili Balakirev, Modeste Moussorgski et Nicolas Rimski-Korsakov, tous nés entre 1834 et 1844.
Tchaïkovski affectionne la musique de chambre occidentale et Mozart, ce qui lui vaut de rester à l’écart des Cinq.
Le genre que ces compositeurs ont probablement le mieux servi est celui de l’opéra. Liée au chant populaire, l'école russe restera longtemps proche de l'art vocal et évite l’art instrumental abstrait.
Serge Rachmaninov (1872-1943) est représentatif de la génération suivante de compositeurs, à travers laquelle l’école russe s’approprie les formes musicales classiques, mais en lui insufflant la puissance libérée par les compositeurs de la première génération. De cette entreprise naissent notamment les spectaculaires concertos pour piano.
Alexandre Scriabine (1872-1915) a admiré Chopin et Debussy. Il devient non seulement le précurseur de Stravinsky et de Prokofiev, mais aussi l’un des inspirateurs de la musique contemporaine dans son ensemble, dont Dimitri Chostakovitch (1906-1975) se fera le chef de file en Russie.
Avec Aram Khatchatourian (1903-1978) et les accents guerriers de sa Danse du sabre, le Caucase fait irruption dans la création musicale russo-soviétique.

Le duo Stravinski-Diaghilev

C'est au génie de Stravinski et de Prokofiev que la compagnie de ballet de Serge Diaghilev, les Ballets russes, doit son essor. Et c'est, inversement, à Serge Diaghilev que Stravinski, alors peu connu, doit de pouvoir mettre son génie au service de ce qu'on appellerait aujourd'hui des superproductions.
Les premières représentations des Ballets russes ont lieu en 1909. Paris est sous le choc. L'aventure se poursuit durant 20 ans.


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