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Poitou-Charentes

Culture et traditions

Langue régionale

« Biau » pour beau, « pus » pour plus, « rein » pour rien. Et, là-dessus, roulez les « r »... Même s'ils n'ont pas la rudesse charnue de l'idiome berrichon, les patois du pays d'Ouest gardent un bon fumet de terroir. Bien que parlés au sud de la Loire, ils découlent des dialectes du Nord, dont le Poitou fut la voie de pénétration.

Un peu de vocabulaire

Après-midi : tantôt
Aujourd'hui : aneut
Au revoir : à la revouèyure
Balivernes : rigourdaines
Bouche : goule
Ça s'arrange : o s'aminoche
C'est vraiment bien : ol é bé bèn
Dos : échine
Embrasser : bijher
Vêtements : jhardes
Enfant : drôle
Estomac : jhabot
Fatigué : las
Heureux : benèse
Ivre : brindzéy
Maintenant : avoure
Rentrer : se rendre
Sieste : marienne

Bastions et forteresses

De Ré à Oléron en passant par l'île d'Aix et sur toute la côte de Chapus à Fouras, des places fortes furent édifiées du Moyen Âge au XIXe siècle.
Il y eut d'abord le château fort de Fouras, bâti au XIe siècle par les ducs d'Aquitaine pour contrer les Normands et défendre l'entrée de la Charente. Puis, au XIIe siècle, la haute tour de Broue, perdue dans les marais à quelques kilomètres de Brouage et aujourd'hui en ruine.

C'est sous Louis XIV et ses maîtres d'œuvre, Vauban et Montalembert, que les forts se multiplièrent. Il s'agissait de parer aux assauts des Anglais, Espagnols et autres Hollandais qui avaient alors la maîtrise des mers - sans oublier les pirates. Les arsenaux de Brouage puis Rochefort devaient impérativement être protégés. C'est principalement à Vauban que l'on doit le système de fortification en étoile, défense exemplaire dont seront pourvus Ré, Oléron, l'île d'Aix et l'île Madame, quelques points côtiers (fort Lupin, fort Chapus), ainsi que l'îlot d'Enet. Cette protection imparable reste un modèle d'architecture militaire. N'oublions pas le célèbre fort Boyard, au large d'Oléron - dont la construction périlleuse fut confiée aux bagnards.

L'habitation charentaise

Pierre Loti s'émerveillait de ces « villages blancs de chaux comme des villages arabes, nets et propres à ravir avec des giroflées, des roses, des fleurettes poussant parmi les pavés blancs ». Sur les îles, mais aussi dans toute la Saintonge, on succombe au charme de ces maisons « longues, dorées, coiffées de tuiles rondes délavées qui accusent leurs proportions de femme couchée dans la prairie... ». Lorsqu'il s'en retourne des champs, incertains mélanges de terre et d'eau, le Saintongeais retrouve la solide chaleur d'une maison qu'il n'a cessé de bichonner : les fenêtres et les volets sont peints de couleurs vives, les façades longues et minces défient le vent du large et laissent échapper, par le mur du jardin, un brouillard d'azalées et de myosotis. Un trésor de charme, simple, mais authentique.

Figures

- Aliénor d'Aquitaine : née en 1122, la fille du comte de Poitou fait encore parler d'elle... On lui doit d'être à l'origine, entre autres, de la guerre de Cent Ans. Si seulement Aliénor s’était contentée, après sa répudiation, de quitter le roi de France (Louis VII) pour le roi d’Angleterre (Henri II Plantagenêt), on en aurait fait une banale histoire de couple. Mais elle apportait ses territoires dans la corbeille de mariage : l’Aquitaine et le Poitou !
- Agrippa d'Aubigné : né près de Pons en 1552, il parlait déjà couramment le grec et le latin à l’âge de 9 ans. Voilà ce qui forma le poète. Mais traumatisé par la vision de têtes coupées à la suite d’une insurrection, il se fit homme de guerre pour combattre les catholiques, avec un tel acharnement qu’il fut condamné à mort quatre fois de suite ! Sa bravoure lui permit de devenir le compagnon d’armes d’Henri IV, auquel il ne pardonna jamais d’avoir changé de foi pour devenir roi.
- Françoise d'Aubigné : née en 1635 à Niort, petite-fille d'Agrippa, la gentille Françoise fut chargée de l'éducation des enfants de Louis XIV et Madame de Montespan. Bientôt elle ne s'occupa plus uniquement des enfants... mais du roi en personne. Ce dernier fit d'elle la marquise de Maintenon, supplantant ainsi sa rivale.
- Pierre Loti : aussi célèbre pour ses romans d'aventure que pour ses excentricités, dont sa maison (que vous ne manquerez pas de visiter à Rochefort) n'est pas la moindre, Julien Viaud (de son vrai nom) a passé sa vie à fuir sa Charente-Maritime natale pour mieux y retourner.
- François Mitterrand : né et enterré à Jarnac, Tonton, homme patient selon la tradition charentaise, était un authentique enfant du pays. C'était aussi le digne héritier des personnalités régionales : philosophe inspiré tel La Rochefoucauld, intrigant à la manière de Madame de Maintenon, lettré à l'égal de Guez de Balzac, laïc comme Combes, orientaliste à la façon de Fromentin, et autant partisan de l'Europe que Monnet... Mais il régna deux fois moins longtemps que François Ier.
- Alfred de Vigny : un bien curieux garçon, militaire mais poète, ancien « mousquetaire rouge » à l'aspect souffreteux, météore littéraire lancé par Victor Hugo, qui se retira sur ses terres, dégoûté du show-biz de l'époque.

Cognac, Jarnac, Jonzac, Blanzac, Chirac...

On remarque vite, sur n'importe quelle carte des Charentes, que la plupart des noms de villages sonnent en « ac »... Une sacrée brochette : Segonzac, Conzac, Cressac, Rouillac, Montignac et autres Fleurac. À tel point qu'on finit par ne plus s'y retrouver ! En cherchant bien, on trouvera même, au sud de Confolens, un village du nom de Chirac. Paradoxalement, pas de « Mitterrandac ».
Une explication toute simple à cette floraison de consonances « ac-ceuses » : le suffixe « ac » se traduit grosso modo par « chez », un peu comme le « ker » des Bretons. En Saintonge et dans l'Angoumois, les appellations de ces communes remontent souvent aux Gallo-Romains. Ainsi, Cognac, à l'époque, signifiait : domaine de Comnius...

Mélusine, fée bâtisseuse du Poitou

Au Moyen Âge, dans un petit bois non loin de Lusignan, Raymondin rencontre Mélusine qui, sur le bord d'une fontaine, peigne sa longue chevelure. C'est le coup de foudre. Superbe créature, Mélusine est la fille du roi de Calédonie (autre nom de l'Écosse) et de la fée Pressine. Plus gênant : elle fut maudite par sa mère pour avoir maltraité son père.
N'en sachant rien, le jeune comte épouse sa conquête mais celle-ci pose une condition : tous les samedis, il devra renoncer à la voir et la laisser s'enfermer dans la plus haute tour du château. Raymondin accepte et le couple coule alors des jours heureux, bien que chacun des dix garçons qu'ils ont ensemble soit affublé d'un handicap (œil unique, grande dent, oreille dissymétrique...).
Puis le démon de la jalousie s'immisce dans le ménage. Mélusine ne recevrait-elle pas un amant chaque vendredi, au nez et à la barbe de son nigaud d'époux ? Raymondin n'y tient plus, et, un soir, il défonce la porte interdite.
Horreur et stupéfaction : il découvre sa bien-aimée dans son bain, femme jusqu'à la taille et serpent jusqu'au bout de la queue... La douce Mélusine était donc une femme-serpent ! Surprise, elle s'envole en faisant trois fois le tour de Lusignan, pousse trois cris qui déchirent le crépuscule et disparaît à tout jamais pour rejoindre la famille de monstres dont elle était issue.
On dit aussi que c’est une fée bâtisseuse, qui construirait, la nuit tombée, de merveilleuses cités et de radieux châteaux dans la région du Poitou. Retenons de cette histoire qu’il ne faut pas contrarier les femmes...





 



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