Vocabulaire de bistrot
Le monde des bistrots possède son langage propre. Pour ne pas avoir l'air d'un
touriste voici un petit aide-mémoire. Si l'on va au bistrot, on va aussi dans
un rade (nom du comptoir qui s'étendit ensuite au café tout entier).
Bien sûr, en souhaitant que ça ne soit pas un casingue (café bruyant)
et que le loufiat (garçon) soit sympa. Peut-être portera-t-il encore
le rondin (costume d'antan avec courte veste, gilet à poches et long
tablier blanc).
Au petit matin, les piliers de comptoir attaquent avec un blanc limé (vin
blanc-limonade). Même si vous n'êtes pas au monaco (bière-limonade-grenadine),
vous aurez peut-être envie d'un tango (bière-grenadine), ou d'une valse
(bière-menthe). Si le danseur est mauvais, il prendra une tomate (Ricard-grenadine),
si l'on veut qu'il recommence c'est un perroquet qu'il faut commander
(pastis-menthe) ou un panaché (bière-limonade). L'original venu du Sud
optera pour une mauresque (orgeat-pastis).
Fatigué, vous vous contenterez d'un chat-couché (Dubonnet), et pour vous
remonter, un rince-cochon (blanc-limonade-Vichy). Après tout cela, vous
laisserez bien au serveur un peu de soif (pourliche, pourboire)
pour le camionnage (le transport du plateau). Mais avant de partir, vérifiez
bien qu'on ne vous fasse pas le coup du sous-marin, procédé qui consiste
à rendre la monnaie en plaçant dans la soucoupe la monnaie, l'addition, puis
les billets. Si l'on est pressé, on récupère les billets en oubliant les pièces
cachées sous la note.
Enfin, consommez avec modération sous peine de vous retrouver avec un durillon
de comptoir (estomac proéminent) ou une laryngite de comptoir (voix
éraillée par la boisson). Le pire, c'est de devenir une mouche de comptoir
(habitué qui s'incruste un peu trop) avec la réputation d'avoir un trou sous
le nez ou d'être un pochetron notoire (un ivrogne). Malheureusement,
ça arrive à ceux qui ont été baptisés avec une queue de morue (qui ont
toujours soif). Enfin, on peut toujours prendre de bonnes résolutions en
se mettant au sirop de parapluie (à l'eau). Attention cependant, on peut
un jour prendre une muflée, se bitumer ou se biturer (prendre
une cuite) sans pour autant être alcoolique. S'attendre à être bien déchiré,
murgé, défoncé comme un champ de manœuvre, rond comme une queue de pelle
ou avoir chaud aux plumes (est-il besoin de traduire ?).
En tout cas, le lendemain matin on risque de se raser avec un rabot (gueule
de bois) et d'avoir le béret serré (mal à la tête). À suivre...
mais vite, car ce jargon a tendance à évoluer plus vite que nous...