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Normandie

Un peu d’histoire

Quelques dates

56 av. J.-C. : la Seine forme frontière. Au nord, les Belges : Véliocasses du Vexin (autour de Rotomagus-Rouen) et Calètes du pays de Caux. Au sud, les Gaulois : Éburovices (Évreux), Lexoves (Lisieux), Bajocasses (Bayeux)
836 : Les Vikings embarquent pour commercer dans le Sud. Ils découvrent qu'un contrat se conclut mieux avec un petit coup de hache. Leur dessein est de conquérir toute l’Europe et Rouen, Jumièges et Saint-Wandrille sont déjà conquises.
Noël 1066 : Guillaume de Normandie conquiert l'Angleterre.
XIIe siècle : La Normandie s'étend désormais de l'Écosse aux Pyrénées... On est bon pour la guerre de Cent Ans !
1431 : Jeanne d'Arc passée par le feu à Rouen. L'évêque Cauchon mitonne le procès. Fut-il un monstre ? On dit que Paris (très pro-Anglais, on l'oublie) la réclamait pour la réduire en bouillie...
1517 : François Ier édifie une base navale, Le Havre-de-Grâce.
1854-1855 : Boudin, Courbet et Isabey chez la mère Toutain, à Honfleur.
1942 : débarquement allié malchanceux à Dieppe.
6 juin 1944 : débarquement des alliés en Normandie.
1995 : inauguration du pont de Normandie.
6 juin 2004 : célébration du 60ème anniversaire du débarquement de Normandie
2005 : inscription du Havre moderne, conçu par l'architecte Gustave Perret,  au Patrimoine mondial de l'Unesco.

Le Débarquement

Quatre ans de mijotage

Le 23 juin 1940, en pleine défaite, les Anglais débarquaient déjà. C'était trop tard - ou trop tôt. La Wehrmacht roule vers Bordeaux. Huit millions de fugitifs errent sur les routes. La France, prostrée, a bien oublié l'Angleterre. Mais la Navy reste active. Entre Boulogne et Berck, ses vedettes rapides débarquent 115 hommes jusque sur la plage de Merlimont pour se rappeler, par quelques judicieuses grenades, au bon souvenir de ces messieurs en vert-de-gris.

Bonjour l'intox !

Et l'opération Fortitude commence. Tout est bon pour leurrer l'Allemagne. On sacrifie des agents de la Résistance. On multiplie les “ révélations ” aux agents doubles, triples, retournés dans tous les sens. On bombarde férocement le Pas-de-Calais. On mine la mer du Nord et la Baltique. On masse des navires dans les ports du Nord-Est anglais. Pour tromper les avions espions, on crée de faux parcs de matériel avec des chars et des Jeep en caoutchouc, de faux aérodromes avec des avions en bois. Une intense activité radio “ dénonce ” l'existence d'une IIIe armée fictive, basée dans le Kent. Mongtomery paie de sa “ personne ” : la veille du 6 juin, un sosie (pas bête !) est chargé d'inspecter ostensiblement la garnison de Gibraltar, juste à portée de jumelles des agents allemands d'Algésiras.

Orages d'acier

Ce mardi 6 juin 1944, il pleut dès le matin. Un vrai temps de juin pour un jour de guerre ordinaire. À 9 h, ceux qui le peuvent se branchent sur la BBC. Le communiqué du jour est sobre : “ Sous le commandement du général Eisenhower, les forces navales alliées appuyées par une aviation puissante ont commencé à débarquer les armées alliées sur la côte nord de la France ”. Un canular ? On n'ose y croire. Pour la France comme pour l'Europe entière, c'est à nouveau l'annonce du sang et des larmes. Mais aussi l'espoir de la Libération.

Pour la résistance normande (une dizaine de réseaux), c'est aussi la nuit la plus longue. Mais les trois plans à appliquer sont au point depuis longtemps : paralysie des voies ferrées, du réseau de télécommunications et des routes conduisant aux plages. Très loin à l'ouest, d'autres Français arrivent. Ce sont les SAS du colonel Bourgoin (dit “ le Manchot ”). Aux petites heures de la nuit, on les a largués sur les landes paumées du Morbihan et des Côtes-du-Nord (actuellement Côtes-d'Armor).

Le raz de marée

Enfin, l'aube se lève sur la côte normande. La mer agitée porte un spectacle incroyable : une forêt d'acier danse sur les vagues. 7 000 bateaux, venus de partout. “ Plus qu'aucun œil humain n'en a jamais embrassé en un seul coup d'œil ”, note un correspondant de guerre. Les autres chiffres sont tout aussi vertigineux. Près de 100 000 hommes les conduisent, plus de 100 000 autres s'apprêtent à en sortir. Les dragueurs ont ébréché les champs de mines et, à 3 h 30, les premières barges cinglent vers Omaha Beach. Un nom de code qui réunit les trois plages de Vierville, Colleville et Saint-Laurent. En fin de matinée, la capitale découvrira dans Paris-Midi ce simple quart de colonne : “ Quelques descentes de parachutistes à Dozulé, Troarn, Putot et autour du Havre ”. On ignore qu'il s'agit de mannequins parachutés au nord de la Seine pour semer la confusion. Mais on comprend l'essentiel : à l'Ouest, il y a du nouveau. Les Parisiens se précipitent dans les librairies pour se procurer des cartes de Normandie et des petits drapeaux... Il y a de la résistance dans l'air.

Comme les cinq doigts de la main

- Utah Beach, 6 h 30. Il s'agit de la 4e division d'infanterie américaine (celle-là même qui entrera dans Paris avec Leclerc).
- Omaha Beach, 6 h 45. Le Débarquement va s'y révéler incomparablement plus difficile. Les deux groupes de combat américains doivent s'emparer, entre Vierville et Colleville, d'un croissant de falaises truffées de casemates, de canons et de mitrailleuses. L'un des aviateurs, nommé Cornelius Ryan, en gardera toute sa vie le traumatisme. Longtemps après, il enquêtera sur la mort que ses frères d'armes ont trouvée à terre, et écrira Le Jour le plus long. Samuel Fuller, qui n'avait rien oublié, réalisa en 1980 le film Au-delà de la gloire (The Big Red One).
- Gold Beach, 7 h 25. Malgré un début difficile, la situation y est plus souriante. Le débarquement britannique a commencé sur les plages du Hamel et de La Rivière. Objectif : Bayeux.
- Juno Beach, 7 h 35. Sous les ordres du major général Keller, la 3e division d'infanterie canadienne débarque sur les plages de Courseulles, Bernières et Saint-Aubin. Elle est en retard sur l'horaire. Et il faut occuper, le soir même, la crête qui s'étend de Putot-en-Bessin jusqu'à l'ouest de Caen ! Les ennuis sont là. Fonds rocheux, vagues démontées, plus un véritable festival de pièges et de mines. Les barges de débarquement dérivent. Elles sont cueillies par un feu nourri.
- Sword, 7 h 25. La 3e division d'infanterie britannique a bien l'intention de dîner à Caen ce soir-là. Au moment de toucher la plage de Colleville, les barges anglaises se laissent courtoisement dépasser par les 177 Bérets verts du lieutenant Philippe Kieffer.

Un après-midi normand

À 15 petits kilomètres de là, Caen a été réveillé “ vers 2 h par le bruit sourd et lointain d'une canonnade assourdissante ”. De fait, les Alliés piétinent devant Caen. Enfin, la nuit tombe sur le front. Il est discontinu. Aucun des objectifs fixés n'a été atteint. Les Alliés ont perdu 10 000 hommes, dont un tiers est mort. 2 navires de guerre, 127 avions et près de 300 barges ont été anéantis. Mais ce n'est qu'un début. Une bataille de 100 jours commence qui mettra 2 millions d'hommes aux prises et ne s'achèvera qu'avec la chute du Havre... le 12 septembre 1944.

La bataille de Normandie

On a pris pied. Et après ?

Après, c'est la grande offensive. Pour cela, il faut douze fois plus d'hommes, vingt fois plus de véhicules, 3 millions de tonnes de matériel. Bref, il faut des ports. Autre chose que les ports artificiels mis en place sur les plages. Du solide. On guigne Cherbourg début juin. On espère Saint-Nazaire pour le 10 juillet. Brest dans la foulée. Et Lorient. Et Quiberon, où l'on envisage même un Arromanches-bis. La bataille de Normandie doit impérativement déboucher sur la Bretagne.

Elle viendra, la percée. Mais ce ne sera que pour s'assurer la Bretagne. Elle viendra, l'exploitation. Mais le commandement allié n'y sera pour rien. Il faudra “ remercier ” l'aveuglement de Hitler qui, par obstination, enverra ses divisions au plus fatal des casse-pipes. Le complot qui, le 20 juillet, manqua le Führer de peu, fut la réponse des généraux allemands.

L'axe Normandie-Bretagne

Pour passer en Bretagne, il faut s'assurer d'abord du Cotentin. Le 18 juin, la péninsule est coupée. Le 26, Cherbourg tombe. Dans leur progression, les Américains ont perdu quelque 5 000 hommes depuis le jour J. Mais trois semaines plus tard, les premiers liberty-ships jetteront l'ancre sous le fort du Roule...

Pour gagner Falaise, il faut d'abord prendre Caen. On l'espérait pour le 6 juin. La ville ne tombe que le 9 juillet. Entre-temps, beaucoup de sang aura été versé. 26 000 morts et disparus jonchent les rangs alliés. Et ce n'est qu'un début. Le plateau de la rive droite, qui ouvre Falaise, est tenu par la Hitlerjugend, une division Panzer SS d'élite. Il faudra 37 jours et des torrents de sang pour lui passer dessus. Enfin, Saint-Lô tombe le 19 juillet. Ou plutôt, Saint-Lô s'écroule. Le taux de destruction est de cent pour cent : pas une maison n'a échappé aux bombes.

Le début de la fin

Hitler en est sûr. Il croit habile de réitérer le coup de Dunkerque. Déclenchée le 7 août, l'opération Lüttich lance 4 divisions de panzers vers l'ouest, sur une ligne d'Avranches à Mortain.

La bataille de Normandie aligne des chiffres éloquents : plus de 200 000 morts allemands et autant de prisonniers. À ce sujet, il est cocasse de noter que les films sur le Débarquement ont pratiquement tous fait la même erreur : les prisonniers allemands ne mettaient jamais les mains en l'air. En effet, dès leur capture, les soldats alliés leur coupaient leur ceinture de pantalon afin qu'ils ne s'échappent pas. Du côté allié, on compte 53 000 morts, plus de 150 000 blessés et près de 20 000 disparus. Les civils ont payé eux aussi : entre 15 000 et 35 000 morts dans les cinq départements de Normandie. Mais le résultat, c'est que la route est libre. L'Escaut est atteint le 2 septembre. Paris a été libéré inopinément. Et, vingt jours plus tard, les frontières du Reich sont franchies. Mais cela est une autre histoire...





 



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