- 58 ans avant J.-C. : le Romain César soumet les Belges.
- IIIe siècle : invasion des Francs, des Germains et
des Allamans. Gros mélange avec les Gallo-Romains, d'où naîtront les Flamands
et les Picards.
- IXe et Xe siècles : invasion des Normands
(pas ceux de Camembert, ceux du Danemark). Formation du comté de Flandre.
- XIe et XIIe siècles : débuts du textile.
Draperies de Lille, d'Arras et de Douai. Premier signe de liberté avec les premiers
beffrois.
- XVe siècle : les Nords retournent à la Bourgogne.
Philippe le Bon construit le palais Rihour à Lille. Les meilleurs artistes sont
à l'œuvre. Ça fourmille de génies. Van der Weyden, Memling, Van Heyck ne lâchent
plus leurs pinceaux, Froissard, Commynes leurs porte-plumes. On peint les plus magnifiques retables, les plus éblouissants
triptyques. On enlumine les livres mieux qu'à Bagdad.
- XVIIe siècle : âge d'or des villes. On édifie une
Bourse à Lille et sur la grand-place d'Arras. On donne à tout ça un petit coup
de peinture avec Rubens et Van Dyck.
- 1659 : traité des Pyrénées. On rend l'Artois à la France.
- XVIIIe siècle : fort essor des industries textiles.
Coton et laine et apparition du grand capitalisme bourgeois avec les Tiberghein
et des Desurmont.
- 1720 : une date importante. Découverte du premier gisement de houille
à Fresnes-sur-Escaut. Premier mineurs, premiers corons.
- 1743 : une autre date importante. Première loge maçonnique à Douai. Les laïques prennent pied.
- 1792 : guerre de la Révolution. Les Autrichiens mettent le siège à Lille.
- 1870 : guerre franco-allemande.
- 1877 : création de l'université catholique à Lille. Tous les
éléments de la lutte des classes sont enfin réunis. Mineurs, ouvriers du textile,
paysans et francs-maçons d'un côté. Grande famille et intellectuels catholiques
ultra-montains de l'autre...
- 1918 : Foch prend le commandement à Cassel. Bon endroit et bonne
idée, il gagne enfin la guerre. En attendant, Arras, Cambrai, Lens, Armentières
et Bailleul sont aux trois quarts rayés de la carte.
- 1940 : bataille de Dunkerque. Embarquement anglais. Dunkerque,
ville martyre, ressemble à un champ labourré.
- 1941 : première parution du journal clandestin La Voix du
Nord. - 1963 : dernière grande grève des mineurs.
- 1990 : fermeture du dernier puits de mine. - 1994 : inauguration du tunnel sous la Manche. - 2005 : inscription au Patrimoine mondial de l'Unesco des beffrois du Nord et du Pas-de-Calais.
Politique dans l'histoire
Quoiqu'elle ait créé comme avatar, la lutte des classes a marqué à jamais la conscience et l'âme ici, dans le Nord-Pas-de-Calais. Les classes moyennes semblent avoir presque gagné la partie et la classe laborieuse se dissout dans la bistouille mal arrosée de la pensée unique. Les classes sociales, ça vient de loin. Car tout a commencé aux heures où les Flamands étaient bourguignons. Notre bonne vieille Gaule d'alors s'était divisée en deux parties. Un : les progressistes, défenseurs des libertés et des franchises urbaines, girondins avant la lettre, qui étaient derrière les ducs de Bourgogne et les comtes de Flandre, bien soutenus par la Sorbonne et les pré-intellos, plus deux ou trois Anglais ; bref, les défenseurs des Droits de l'homme. Deux : les conservateurs jacobins avant le terme et qui étaient derrière le dauphin Charles et ses affidés, en l'occurrence la très nationaliste pucelle d'Orléans et le peu fréquentable Gilles de Rais ; bref, les défenseurs du droit divin. La bourgeoisie des Nords était un vrai tiers état. Le beffroi tenait à distance de respiration la cathédrale et l'intendance royale. Alors la révolution bourgeoise de 1789 abattit ici, aussi vite sinon plus vite qu'ailleurs, les privilèges du chanoine et du ci-devant. Autant l'Ancien Régime s'était servi de l'argent pour imposer Dieu, autant la grande bourgeoisie se servirait de Dieu pour imposer l'argent. Et cette rupture de classes a été encore plus sèche et plus violente dans les pays d'industrie et de labeur comme le Nord et le Pas-de-Calais. D'autant que le petit patron et le moyen fermier, qui travaillaient autant que l'ouvrier ou que le commis, imitent les grandes familles. Et avec l'essor de la révolution industrielle de la région, le fossé entre la classe laborieuse et la classe possédante ne fera que s'agrandir. À grandir jusqu'à l'excès, jusqu'au crime total d'injustice. Car avec l'essor du textile, du charbon et de l'acier, c'est une « orgie productive ». Une infime minorité (les susdites grandes familles) s'enrichit, une autre minorité est à l'aise, et la grande majorité (le peuple) vit dans des conditions juste en dessous du pitoyable. Vient le temps du « despotisme patriarcal », selon le mot célèbre de Pierre Pierrard. C'est le temps du paternalisme rentable. Et tout appartient au patron. Sauf le droit d'ouvrir un estaminet. Lieu de la genèse syndicale, l'estaminet. La conscience de classe est née dans ce prolétariat qui nourrit le quart de la France, en habille le tiers, et en chauffe la moitié. Il reste aujourd'hui de tout ça une implantation communiste dans le Pas-de-Calais et dans le Valenciennois et surtout une forte implantation socialiste dans le reste des pays du Nord. Avec, ici et là, de grandes traces de la mémoire gaulliste.