Les troubadours
Aux XIe et XIIe siècles, les troubadours étaient souvent
riches et célèbres. Et nobles. Il y eut même un duc d'Orléans et un comte de
Foix, le grand Gaston (Phébus). Les troubadours donnaient le la de l'idéal aristocratique.
Après le temps des rudes chansons de geste, le dernier
raffinement consistait à vouer à sa dame un amour quasiment mystique. Thèmes
: la beauté d'une dame, la douleur du soupirant qui se morfond, les exploits
réalisés en son honneur. Bref, l'amour, toujours, et une poésie allègre et jeune
qui court à fleur de peau. Pastourelles, complaintes, sérénades, épîtres, mystères
: ils connaissent tous les genres.
Mais dès le XIIe siècle, la grâce le cède à la politique, les poètes
s'engagent, excitent les esprits contre le clergé, pleurent les morts de la
guerre albigeoise et crient leur haine des croisés du Nord. Leur littérature
va mourir, tandis que le souffle doré de la langue d'oc remonte vers le nord
sous l'influence d'Aliénor d'Aquitaine.
Langues régionales : Occitans contre Gascons
L'Occitanie, sœur de la Catalogne, n'a épousé la France que par force. Chaînon
manquant entre l'Espagne et l'Italie, c'est une de ces nations de soleil ombrageuses
et volubiles, où l'on produit des vins lourds, des platanes, des saucisses et
des peintres.
Sa langue est un trésor : 160 000 mots, contre 30 000 au français.
Mise en littérature par les troubadours, elle régna sur les cours d'Europe,
et aujourd'hui encore, près de 10 millions d'Occitans la comprennent.
Preuve
de sa vitalité, la langue occitane a deux rameaux.
- Le languedocien, le plus
pur, est parlé de Nîmes à Toulouse, où l'Institut d'études occitanes a réussi
à imposer l'ex-« patois » comme épreuve facultative au baccalauréat. On parle
ici gafets (gamins), peillarots (chiffonniers), castagnes et
tartaragnes (vieilles filles).
- Le gascon, lui, s'est enrichi des dialectes
basques des vallées pyrénéennes. Plus haché, martial, à l'unisson des fanfares
du haut pays, les bandas, et des bruits de rapière. Si Toulouse est désormais
la capitale universitaire de la langue occitane, les Gascons ne se le tiennent
pas pour dit. Ils ont fondé, à Fleurance, la première université de gascon.
Le rugby, un sport d'art et d'essais
De Pau à Béziers, la Gascogne et le Languedoc sont les deux mamelles du rugby
français. Et le tronc qui les réunit, c'est le Midi toulousain. Au fait, que font ici les Anglais ? 300 ans d'occupation de l'Aquitaine leur
ont fait aimer la région. Les bourgeois de Bordeaux ont adopté leur savoir-vivre.
Gascons et Languedociens, eux, ont reconnu dans le rugby leur propre tempérament,
turbulent, grande gueule mais gentleman, et soudé autour du village par deux
millénaires de culture citadine. Aujourd'hui, le moindre bourg a son équipe,
ses supporters, ses banquets.
Mais à côté du rugby rugueux des montagnes ariégeoises, le Stade toulousin a imposé une
légende (15 fois championne de France au cours du siècle dernier !) et un style
bien à lui : « Du panache, un jeu complet qui allie au jeu d'avants très sobre,
celui très brillant des lignes arrières », comme l'explique l'une des plus célèbres
figures du ballon ovale, Walter Spanghero, qui fut lui-même un joueur de légende du Stade.
La France a d'ailleurs accueilli la Coupe du monde de rugby en 2007 et 4 matchs ont été disputés au stadium de Toulouse.
L'habitat quercynois
Les maisons du Quercy sont considérées parmi les plus belles de France, pour
la qualité et la noblesse des matériaux. Les plus anciennes fermes offrent même
fenêtres à meneaux, linteaux ouvragés, portes à accolades.
L'habitation comprend
en général deux niveaux. Au rez-de-chaussée, l'écurie ou l'étable, les chais,
la remise. À l'étage, les pièces pour vivre. La plus importante est la salle
à manger avec sa grande cheminée et son évier de pierre. L'accès s'effectue
par un grand escalier de pierre extérieur protégé par un auvent. Il n'est pas
rare que la bâtisse soit ornée d'un pigeonnier qui a l'aspect d'une tourelle.
Le toit le plus fréquent, à deux ou quatre grandes pentes, est couvert de petites
tuiles brunes patinées.
Sauvetés, castelnaux et bastides du Gers
Les sauvetés sont l'extension à un village tout entier du droit d'asile
sacré, jusque là limité à l'église et à son enclos. Elles furent créées entre
1050 et 1141. Des croix limitaient ce territoire. La sauveté était également
un instrument de colonisation agricole, puisque chaque nouveau venu touchait
un enclos à bâtir et un bout de terrain.
Comme ses voisins Périgord et Lot-et-Garonne, le Gers se trouvait sur la ligne
de front des guerres franco-anglaises. Les Français tenaient Toulouse, les Anglais
Bordeaux. La Gascogne au milieu.
On érigea alors de nombreux châteaux, plutôt
de petite taille et à l'architecture très simple, pour répondre à l'urgence
des situations. Puis, comme il fallait aussi protéger les paysans, furent créés
les castelnaux, villages fortifiés, en général situés sur la crête d'une
colline et dominés par le château seigneurial. On en trouve beaucoup dans le
Gers et il existe même un superbe itinéraire des castelnaux dans le sud du département.
Puis on passa au stade supérieur avec les bastides. Aux XIIIe
et XIVe siècles, rois de France et d'Angleterre, les seigneurs locaux
et les moines cherchèrent à attirer les paysans dans leur camp. Pour les séduire,
on leur offrit de part et d'autre de nombreux avantages : terres, logements,
parfois exemption de taxes et d'impôts. Ces villes d'un type nouveau s'appelèrent
« bastides » dans le coin (« villeneuve » ou « villefranche » en d'autres régions).
On en compta jusqu'à 300 entre Périgord et Pyrénées.
Traits communs entre elles
: franchises exceptionnelles pour leurs habitants, tracé urbain avec rues se
coupant à angle droit, une halle pour le marché hebdomadaire au centre d'une
vaste place entourée de demeures à couverts (appelés aussi cornières), sortes
de galeries couvertes, certaines sur piles de bois, d'autres sur arches en pierre
et brique.
Figures
- Saint Saturnin : le bon Saturnin allait dire la messe quand
il passa devant le temple de Toulouse au milieu du IIIe siècle. Mauvaise idée. Excédée par le silence
de ses dieux, la foule des païens s'en prit au saint homme et l'attacha à la
queue d'un taureau que l'on s'empressa de fouetter. Plus tard, les Toulousains
se rachetèrent en lui offrant un beau tombeau : l'église Saint-Sernin (Saturnin).
- (Saint) Guillaume de Toulouse (vers 755-812) : ce cousin et brillant second
de Charlemagne mena une vie « exemplaire ». Premier acte : Guillaume, duc d'Aquitaine,
anéantit des Sarrasins. Deuxième acte : il fonde une abbaye dans le village
cévenol qui prendra son nom, Saint-Guilhem-le-Désert, pour s'y retirer saintement.
Les chansons de geste le connaissent sous le nom de Guillaume « au courb nez
», ou Fierebrace.
- Gaston III de Foix, dit Phébus (1331-1391) : riche seigneur et fin politique, le dernier
comte de Foix n'oubliait pas de se piquer de vers. Phébus était un des noms
d'Apollon, dieu de la poésie.
- D'Artagnan, Charles de Batz (vers 1615-1673) : même sans Dumas, sa vie est un roman. Cadet de
Gascogne, il fut à la tête des mousquetaires, corps d'élite entre le GIGN et
les paras. Il escorta le roi, arrêta Fouquet et s'illustra dans toutes les guerres
du règne.
- Antoine de Cadillac (1658-1730) : à défaut d'avoir inventé la voiture extra-plate,
Antoine de Cadillac fut le fondateur de Detroit, la ville de General Motors.
En 1713, cet aventurier du Canada français revint au pays couler une retraite
en or.
- Jean Calas (1698-1762) : de nos jours, cet infanticide aurait été condamné à
perpète. Mais on était en 1762, Calas fut soumis à la torture et attaché sur
une roue où on le bastonna à mort. Un procès douteux. Une cause ardemment soutenue
par Voltaire. Le dernier grand scandale de l'Ancien Régime.
- Jean-François de La Pérouse (1741-1788) : un marin né à Guo, près d'Albi, ça fait sourire.
La Pérouse explora une grande partie du Pacifique avant de s'écraser sur un
récif.
- Joseph Lakanal (1762-1845) : il était une fois, dans la ville de Foix, un homme
qui devint le « Monsieur Culture » de la Convention. Lakanal œuvra aussi pour
l'instruction publique.
- Joachim Murat (1767-1815) : c'est le seul roi de Naples né dans les Causses.
Brave général, il aida Napoléon à prendre le pouvoir et épousa sa sœur. Les
batailles lui sourirent et il monta sur le trône de Naples, d'où la chute de
Napoléon finit par l'éjecter.
- Maréchal Lannes (1769-1809) : sous ses airs de grognard un peu fruste, ce
natif de Lectoure fut le premier des maréchaux d'Empire. Il fut aussi l'un des
premiers à mourir.
- Victor, l'enfant sauvage : capturé en 1800 dans la forêt aveyronnaise,
le Mowgli français fut pris en main par les autorités médicales. En cinq ans
de dialogue, il livra les secrets de la conscience sauvage.
- Léon Gambetta (1838-1882) : recordman français des noms de places et d'avenues,
ce natif de Cahors servit de symbole à la laïcité républicaine. Son existence
d'opposant au Second Empire se conclut sur une note romanesque, la fuite de
la capitale en ballon pendant le siège de Paris.
- Bernadette Soubirous (1844-1879) : en 1858, la Vierge apparut dix-sept fois
à une gamine pauvre des montagnes. Elle portait une robe blanche avec une ceinture
bleue et parlait le gascon. Bernadette finit au couvent. Pour les Lourdais,
l'eau miraculeuse se changea en un fleuve d'or.
- Henri de Toulouse-Lautrec (1864-1901) : privé de chasse par son pied-bot, monsieur
le comte (il possédait des terres près d'Albi) empoigna les pinceaux pour tracer
de la bourgeoisie du temps un tableau sans complaisance.
- Jean Jaurès (1859-1914) : généreux, pugnace, la langue bien pendue, ce natif
de Castres était un Méridional pur jus. Ancien prof, tendance Jules Ferry, il
devint député et défendit pêle-mêle Dreyfus, les mineurs de Carmaux et la paix.
Assassiné en 1914, il ne connaîtra pas la guerre...
- Gabriel Fauré (1845-1924) : musique de chambre, musique des champs... À
la fin du siècle dernier, l'auteur des Mélodies mettra en musique les
lumières délicates de la campagne ariégeoise.
- Clément Ader (1841-1925) : l'ingénieux ingénieur de Muret qui osa le premier
s'élever de terre, et ce, en 1890 ! Il est, depuis, vu comme le pape de l'aviation.
Ainsi donc, la région avait découvert sa vocation des airs bien avant qu'en
plein tumulte guerrier les autorités l'aient choisie comme centre stratégique,
l'éloignant de la poreuse frontière de l'Est.
- Ferdinand Foch (1851-1929) : des six maréchaux de la Grande Guerre, c'est celui qui
emporta la victoire finale et signa l'armistice. Né à Tarbes par accident.
- Jean-Pierre Rives : gentleman-paladin, « Casque d'Or » est le
héros du rugby toulousain. Il est aussi sculpteur.
- Jeau Dieuzaide (1921-2003) : ce grand monsieur de la photo française a doté
Toulouse de la plus belle galerie de France, le Château d'Eau.
- Claude Nougaro (1929-2004) : petite stature mais grande pointure de la chanson
française. Fils d'un baryton, sa voix vibrante et son é-lo-cu-ti-on
détachée accompagnaient des musiques superbes fortement imprégnées
de jazz. Il était intimement lié à Toulouse qu'il chantait
avec des mots de poète.
- Jean-Louis Étienne (né en 1946) : ce natif de Vielmur-sur-Agout (Tarn) a
fait des études de médecine, le tour du monde avec Tabarly, l'Everest, le pôle
Nord à pied et en solitaire, puis le pôle Sud à bord d'Antarctica...
avant de se trouver un « pôle intérieur » (le nom de son bouquin) et de revenir
à la case départ, son Tarn natal !