Depuis la préhistoire, la situation stratégique de Malte en plein
cœur de la Méditerranée lui a valu les convoitises de tous les peuples commerçants
ou guerriers qui y séjournaient pour des périodes plus ou moins longues. On
suppose que les premiers habitants de l’archipel étaient venus de Sicile environ
5 000 ans avant notre ère (néolithique), mais les traces d’occupation
les plus anciennes se trouvent dans le temple non encastré de Ggantija, sur
l’île de Gozo, daté de 3 600 av. J.-C. (âge du cuivre), une construction
plus ancienne que les pyramides d’Égypte.
Occupée successivement par des Phéniciens, des Romains, des Arabes,
puis les dynasties européennes du Moyen Âge (Normandie, Anjou, Castille), Malte
est enfin cédée à l’ordre hospitalier de Saint-Jean de Jérusalem par Charles V
en 1530. Le grand siège de Malte en 1565 se solde par la victoire
des Chevaliers sur l’envahisseur turc et la construction de La Valette débute
un an après. En plein apogée du baroque, Malte grandit et s’épanouit grâce à
la présence des chevaliers (mais aussi des dons) venus de quatre coins de l’Europe
pour porter secours aux démunis et aux infirmes. En 1798, Malte sera à
nouveau sous l’emprise des envahisseurs, c’est le tour des troupes napoléoniennes
qui y siègent pendant dix-sept mois, jusqu’à l’arrivée de la Grande-Bretagne
en 1800. Les Britanniques, qui siègent aussi à Chypre et à Gibraltar, les
deux autres places fortes de la Méditerranée, resteront jusqu’en 1964.
Dix ans après, Malte devient une république.
Art et architecture
Lorsque l’on devine La Valette de loin, depuis les falaises ou les
champs, on a l’impression d’un château de sable ; une couleur beige jaune
omniprésente dans les remparts, les dômes, les tours. Le baroque a pris son
envol et ses bâtisseurs n’ont eu qu’à se servir de la pierre calcaire puisée
dans les profondeurs de la terre : la globigérine.
Malte surprend par ces
contrastes : on passe du pur état de nature au sommet de la culture occidentale,
en un coup d’œil. De la deuxième moitié du XVIe à la fin du
XVIIIe siècle, les chevaliers de l’ordre de Saint-Jean, ces
moines-soldats partis sauver la chrétienté dès le Moyen-Âge, avaient bâti ici
non seulement une ville fortifiée, mais aussi un continent en miniature et,
peut-être sans le vouloir, ils jetaient les bases de ce qui deviendrait plus
tard une communauté européenne. Le musée baroque est planté, digne témoin de
la volonté et de la puissance des nations dans un enjeu politique et intellectuel
commun.
Fidèle à son idéal moral de foi et de charité, Malte fait la course
aux bateaux « barbaresques » qui circulent en Méditerranée, nettoie,
assure la libre navigation et empoche un pourcentage du butin. Le riche état
des Grands Maîtres finance les œuvres dédiées à sa gloire ; parallèlement,
une bourgeoisie commerçante voit le jour et encourage les arts.
Pour mieux évaluer
la portée de ce petit caillou devenu une quasi principauté, on visite la co-cathédrale
de Saint-Jean à La Valette, sa voûte grandiose, le faucon immobile près de l’autel
et les chapelles des langues ; le palais de Grands Maîtres où l’on déambule
entre Gobelins, armures et lances ; le dôme de l’église des Carmélites,
celui de la carte postale depuis le port ; les Trois Cités et le fort Saint-Ange,
pour se prouver que la rage de défendre et se défendre n’a pas nui gravement
à la beauté.
Puis, il y a la touche italienne. Malte passe la Renaissance, mais
récupère le baroque, gourmand et ampoulé. Dans les ruelles étroites du quartier
du Collachio del Ordine, à Vittoriosa, se succèdent les auberges, les messes
des officiers qui servaient de logement aux Chevaliers des différents bassins linguistiques :
Allemagne, Angleterre, Auvergne, Provence, Castille, Portugal, France…
C’est
dans le quartier populaire de Senglea que l’on retrouve les clichés péninsulaires :
de part et d’autre de Victory Street se déploient rues et escaliers en pente,
placettes, linge aux balcons, le tout sur fond de grues qui grincent dans les
docks. Si Senglea rappelle Gênes, Vittoriosa annonce Rome : sur la place
de la Victoire, statue de Saint-Laurent, crucifix, fanfares et club de foot,
puis sur Anthony Street, on pénètre dans le ghetto juif d’avant l’arrivée des
chevaliers. Sa proche voisine sicilienne lui prête des faciès et des façades,
donne des airs de Venise au Grand Port de La Valette et niche des Madones à
tous les coins de rue.
La Malte italienne illumine les visages et les mets,
brûle des cierges et enguirlande les paroisses, met de la couleur aux boiseries,
accueille un Caravage en exil et diminue d’un cran sa proverbiale euphorie face
au nouvel envahisseur : les Français et enfin les Anglais qui se passent
le flambeau. Les Chevaliers de l’ordre de Saint-Jean sont expulsés en 1798
par les troupes de Napoléon pour ne plus revenir, alors que l’archipel voyait
l’émergence de son rôle économique et diplomatique.
Mais la foi reste à demeure,
ainsi que l’art qui la représente le mieux. Prenez la direction de Qrendi pour
voir les tailleurs de pierre à l’œuvre : aujourd’hui, leurs commandes ne
viennent pas seulement des églises, mais également des particuliers passionnés
de piliers et de statues saintes. Pour le baroque plus monumental, ne manquez pas l’auberge de Castille et la cathédrale de Mdina. Dans la même ville, on visite le musée de la Cathédrale,
de style baroque sicilien. À Gozo, la citadelle qui entoure la capitale nommée
Victoria, d’après la très pieuse reine, abrite une cathédrale construite par
Lorenzo Gafa avec une intéressante coupole en trompe-l’œil. Trois autres édifices
religieux sont à signaler dans cette petite île : l’église de Xewkija,
la petite église baroque de Gharb et la plus moderne basilique de Ta’Pinu, construite
sur l’emplacement d’une apparition de la Vierge.
Musées et palais
- Le Musée national des Beaux-Arts est installé dans un très bel édifice. On y admire les œuvres de Mattia Preti.
- Le Musée national d’Archéologie se trouve dans le bâtiment de
l’auberge de Provence et renferme les pièces archéologiques venues des fouilles
des temples de Hagar Qim, de Mnajdra, de Hal Saflieni, de Skorba et de Tarxien. À
voir : la Vénus de Malte.
- Le Musée Maritime, à Vittoriosa, aménagé dans une ancienne boulangerie
approvisionnant la Marine, expose armes, maquettes de tous les bateaux typiques
de l’île (luzzo, fregatina, caïque, ferillan, lancia, dhajsa, etc.) et raconte
en objets et images les différentes invasions de l’île. Toujours à Vittoriosa,
le Palais de l'Inquisiteur mérite le détour et se visite rapidement.
À La Valette, on conseillera la visite du Théâtre Manoel, datant de 1731.
À Naxxar, pour avoir une idée du faste des demeures patriciennes, on peut faire
une incursion dans le Palazzo Parisio.
Un autre bel exemple est la Casa Rocca Piccola à La Valette, qui abrite de belles collections de meubles et objets.
Le Gozo Heritage à Ghajnsielem, installé dans une ancienne ferme, est le seul
musée de l’île retraçant son patrimoine.
Sites archéologiques
À la fin de l'ère néolithique, un peuple a édifié à Malte des constructions
mégalithiques, tel le temple de Hagar Qim qui domine la mer avec toute la puissance
de ses murs massifs. Mnajdra comprend trois temples juxtaposés et moins exposés
aux intempéries que celui de Hagar Qim ; en outre, ils semblent mieux conservés du fait de la pierre utilisée, la globigérine, plus dure que le calcaire corallien.
Dans la grotte de Ghar Dalam, ont été retrouvés les restes de nombreux animaux,
parmi lesquels des hippopotames et des éléphants nains. Elle a également servi
de refuge aux premiers habitants de Malte.
L’Hypogée de Hal Saflieni est un temple troglodyte taillé en profondeur à 11 m
sous terre. Il fut creusé dans le sol avec des instruments rustiques en pierre
dure. Il est classé au Patrimoine mondial de l’Unesco.
Vestiges romains
À proximité de Mdina, Rabat, la grande ville, abrite la grotte où
trouva refuge Saint-Paul lors de son naufrage et d’où il partit pour évangéliser
le reste de l’île. On visite également les catacombes de Sainte-Agathe et les
mosaïques de la villa romaine.