Une semaine peut suffire pour faire le tour de Madère avec une voiture de location :
c’est juste assez pour visiter Funchal, pointer son nez dans un chais, explorer
les petites routes de montagne et les plus beaux panoramas.
Une autre donnée entre en ligne de compte : Porto Santo. Un aller-retour
dans la journée est certes possible, mais avec près de 4 h 30 de bateau à la clef... On vous conseille donc plutôt
de passer au moins une nuit sur place.
Un bon compromis serait, par exemple, un forfait d’une semaine d’hôtel près
de Funchal, d’où vous rayonnerez, 3 à 4 jours en itinérant ou en rando,
pour bien prendre le pouls du reste de l’île, et 2 ou 3 jours à Porto
Santo.
Superbement située les pieds dans l’eau, Funchal monte à l’assaut des montagnes
en un immense et magnifique amphithéâtre. Sur les pentes raides s’accrochent
les jardins foisonnants des belles quintas et des milliers de maisons
coiffées de tuiles rouges. Moderne, touristique, en effervescence constante,
Funchal n’a pourtant pas oublié son passé colonial. Le long des ruelles du vieux
centre, où s’alignent les stands de fruits, parcs et places pavées, palais discrets
et églises baroques rappellent la richesse de l’héritage portugais. Les centres
d’intérêt de Funchal se visitent aisément à pied.
La promenade du front de mer, veillée par le fort de São
Lourenço (1513), s’étire sur plus d’1 km, longeant la marina, puis
la plage (artificielle). À l’ouest, le parc Santa Catarina offre
une belle vue depuis le parvis de la chapelle, près duquel trône une statue
de Christophe Colomb. Entourée de jardins exotiques, la Quinta da Vigia
attenante abrite la résidence du gouverneur. Passé le casino, s’élèvent les
premiers palaces : Savoy, Carlton, Reid's, etc. Ce dernier,
inauguré en 1889, est un peu le quartier général de la haute société britannique
en résidence à Madère.
Principale artère de Funchal, l’Avenida Arriaga s’étire en retrait
au front de mer. Au programme : belle Praça do Infante, musée Cristovão
Colombo, Jardim de São Francisco contre l’ancienne église écossaise (1895),
théâtre, maison décorée de panneaux d’azulejos et, au n° 18, les fameux
chais de la Madeira Wine Company (Adegas de São Francisco), à
ne manquer sous aucun prétexte. À l’est, enfin, voici la Sé, la cathédrale,
construite entre 1493 et 1514 et réputée pour son magnifique plafond
à caissons manuélin, en bois de cèdre incrusté d’ivoire et de dorures. La porte
à gauche du chœur s’ouvre, entre deux murs couverts d’azulejos, sur la place
Gil Enes, où se tient un petit marché aux fleurs, avec des vendeuses
en costume traditionnel.
La Praça do Município est dominée au nord par les bâtiments de
l’ancien collège jésuite (XVIIe) et son église baroque à la jolie façade de
lave noire rehaussée de marbres. La Câmara Municipal, l’hôtel
de ville, avec sa tour carrée, occupe le palais du comte de Carvalhal. Côté
sud, l’ancien palais épiscopal (XVIIIe) abrite un musée d’art sacré
bien achalandé.
Plus haut, l’église São Pedro s’illustre par son retable en bois
doré. Plus haut encore, le couvent de Santa Clara, fondé à la
fin du XVe siècle par l’une des filles de Zarco, le découvreur de l’île,
conserve un joli cloître, plusieurs chapelles aux murs couverts d’azulejos et
aux portes et plafonds peints, ainsi qu’une magnifique église resplendissant
d’ors baroques, de carreaux de faïence et de peintures. Toujours plus haut,
la Quinta das Cruzes, résidence probable de Zarco aux premiers
temps de la colonie, a été transformée en musée. Tout le Portugal des grandes
découvertes s’y étale au cœur d’un jardin. Superbe !
Ne manquez pas, non plus, de faire un tour au Mercado dos Lavradores,
le marché, que l’on découvre envahi d’étals de fruits et légumes. Au-delà, à
l’est de Funchal, le quartier des pêcheurs est sillonné de ruelles
étroites et pavées le long desquelles abondent bars et restos de poisson populaires.
Suspendu en terrasses au-dessus de Funchal, le Jardim Botánico
invite à de longues promenades entre serres, arboretum, jardin d’orchidées,
arbres exotiques et volières. Au-delà, à 600 m d’altitude, la Quinta
do Palheiro Ferreiro, propriété des Blandys, l’une des grandes familles
du vin de Madère, abrite le plus beau de tous les jardins de l’île. La route
atteint ensuite Camacha, capitale de l’osier, envahie par les
boutiques.
Baignant dans une atmosphère de nostalgie, Monte surplombe Funchal
et sa baie. La jolie église de Nossa Senhora do Monte (XVIIIe) est un important
centre de pèlerinage. Ceux qui n’ont pas froid aux yeux sacrifieront au rituel
de la descente en carro de cesto, des sortes de petits traîneaux, fauteuils
en osier montés sur des patins de bois manœuvrés par deux conducteurs en canotier…
À l’ouest de Funchal, l’adorable petit port de pêche de Câmara de Lobos
se blottit entre mer et rochers. On pêche ici l’espada, le poisson-épée
noir de Madère. Plus en altitude, Estreito s’entoure de vignes
en treillis. La route mène ensuite jusqu’au Cabo Girão, un fantastique
promontoire rocheux. Depuis le garde-fou, en aplomb du vide, le regard plonge
au pied des falaises, 580 m plus bas. La plus haute chute libre d’Europe !
Le sud-ouest de l’île voit se succéder bananeraies en terrasses et villages
plus ou moins construits. Ribeira Brava, coincé dans une vallée
étroite, possède une belle église baroque, connue pour son baptistère de style
manuélin, ainsi qu’un musée ethnographique. À Ponta do Sol, on
peut voir l’église Nossa Senhora da Luz, au plafond de bois peint, et la maison
des ancêtres de John Dos Passos, l’écrivain américain, devenue bibliothèque.
Le village de pêcheurs de Madalena do Mar, longtemps resté isolé,
s’allonge au pied de terrasses elles aussi plantées de bananiers. À Calheta,
une distillerie de rhum est ouverte à la visite.
Après Calheta, les villages s’espacent, remplacés par des eucalyptus et des
pins. Un premier embranchement mène au hameau de Jardim do Mar,
puis un second au village de pêcheurs de Paúl do Mar. Puis vient
Ponta do Pargo, la pointe occidentale de Madère ; du phare,
le panorama porte sur les falaises nues. La route sinue ensuite au milieu de
la forêt, dans l’une des régions les moins peuplées de l’île. Enfin, peu après
Santa, elle plonge vers Porto Moniz, offrant de magnifiques points de vue successifs
sur le village, la côte et les cultures.
La côte nord est la plus accidentée et la plus arrosée de l’île. Face à l’îlot
Mole, Porto Moniz se serre sur une langue de terre, aux pieds
de falaises entaillées de terrasses où prospère la vigne. À deux pas du port,
on trouve les fameuses piscines naturelles, aménagées entre les rochers de lave
noire, invitant à la baignade. Vers l’Est, le hameau de Ribeira de Janela
est posé entre deux parois verticales, à l'extrémité d'une vallée sauvage et
profonde – l’une des seules de l’île à être restée vierge de présence humaine.
Au-delà, Seixal s’accroche à un promontoire encadré de falaises
verdoyantes, cultivé jusqu’aux limites du possible. Certains des carrés de vigne
étagés se cramponnent au-dessus des flots. Ici se récolte le plus apprécié des
raisins de Madère : la malvoisie, spécialité de la côte nord. Après São
Vicente, vous atteindrez Ponta Delgada, s’étalant sur une fajã (replat
issu d’un éboulement). Au fond de la Ribeira do Pôrco, vaste cirque
montagneux entaillé de terrasses abruptes, se blottit le hameau de Fajã do Penedo.
Puis vient Arco de São Jorge, entre falaises verdoyantes, vignes
et océan. Peu après le village, un panorama magnifique s’offre du belvédère
de Cabanas : face à vous, les falaises dégringolent verticalement
sur 600 m de haut. Le bourg de Santana est quant à lui réputé
pour ses étonnantes maisons étroites aux toits de chaumes pointus, en forme
de « A » majuscule.
Ce n’est pas la région la plus attachante de l’île. Machico est connu pour être le site où, en 1346, Robert Mac Keen et Anne Dorset, les amants en fuite, découvreurs officieux et involontaires de Madère, se seraient échoués. La deuxième ville de l’île conserve plusieurs monuments anciens : église Nossa Senhora da Conceiçao (1499), fort d’Amparo (1706), chapelle de São Roque et, de l’autre côté de la ribeira, dans la Banda de Alem (le quartier des pêcheurs), la chapelle du Senhor dos Milagres. À l’entrée de la baie, vous parviendrez au pied du petit fort Saint-Jean-Baptiste, édifié au début du XVIIe siècle. Caniçal, plus à l’Est, était jadis un port de pêche tranquille ; c’est aujourd’hui le cœur de la zone franche. Un musée y rappelle le souvenir des pêcheurs de cachalots. La route se termine à la Ponta de São Lourenço, la pointe orientale de Madère, désertique et battue par les vents. Un sentier descend vers la seule et unique plage de sable (brun) naturelle de Madère. Du belvédère, Porto Santo se profile au loin.
Replié derrière les remparts de la côte sud, Curral das Freiras
était autrefois si difficile d’accès que les religieuses s’y cachaient lors
des invasions pirates. C’'est d’ailleurs ce qui lui a valu son nom : « l’étable
des nonnes ».
Autre excursion facile depuis Funchal, le Pico de Arieiro, troisième
montagne de l’île à 1 810 m, est facilement atteint par la route,
dévoilant en chemin de nombreux panoramas. Finalement, le goudron s’arrête dans
un décor lunaire d’aiguilles de lave figées et de roches balayées par les vents
et les nuages. Un sentier chahuté, long de 10 km, conduit en trois heures
environ au Pico Ruivo (1 861 m), le point culminant
de l’île, et à son refuge. Un bon chemin pavé y mène aussi en une heure depuis
Achada do Teixeira, terme d’une petite route, à 1 592 m d’altitude.
La route traversant l'île du Sud vers le Nord par le col de Poiso passe à Ribeiro
Frio, une station d’élevage de truites, d’où un agréable sentier, longeant une
levada, conduit en 20 mn au belvédère de Balcões,
offrant l’un des plus beaux points de vue de l'île.
Le col de l’Encumeada, à 1 007 m d’altitude, marque
le point culminant de la route reliant Ribeira Brava (côte sud) à São Vicente
(nord). Celle-ci jongle avec le vide, offrant au regard, au hasard d’un coup
de vent, un panorama sans limites sur l’océan de part et d’autre de l'île. Une
route à flanc de crêtes mène par ailleurs vers l’Ouest jusqu’à la parenthèse
herbeuse du plateau de Paul da Serra, inattendue étendue de terre
horizontale sur cette île si accidentée. En juin, les bergers s’y donnent rendez-vous
pour la Festa da Tosquia, la tonte des moutons.
Porto Santo est l’antithèse de Madère. Relativement petite, assez peu développée,
sèche et battue par les vents, elle est aussi plutôt plate, à l’exception
d’un vieux volcan érodé, le Pico do Facho.
Sur la côte sud, le petit port
de Villa Baleira, aux maisons blanches cernant une église du
XVIIe siècle et une jolie mairie à la façade armoriée, vit
à l’heure de Christophe Colomb, depuis que l’amiral convola en justes noces
avec Filipa Moniz Perestrelo, fille du premier capitaine-donataire de l’île.
On peut visiter les vestiges de sa modeste maison, transformée en musée, où
le navigateur résida durant 2 ans.
Si la balade à travers l’île n’est
pas désagréable, c’est pourtant la plage, sur la côte sud,
qui attire la plupart des visiteurs.
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