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Madère

Culture

Le bon vin de Madère

À tout seigneur tout honneur… Le vin de Madère tel que nous le connaissons aujourd’hui, doux, fort et sucré, doit beaucoup à l’Angleterre. Par quel miracle direz-vous? Le mot n'est pas de trop.

Remontons le cours de l’histoire : au début du XVIIIe siècle, les navires britanniques, en escale sur l’île, ont pris pour habitude de charger des barriques de vin local. Le capitaine Cook, en 1768, lors de son premier voyage vers le Pacifique Sud, en embarque 10 000 litres à lui seul ! Le vin de Madère est alors déjà largement apprécié des cours européennes (François Ier en faisait remplir ses caves). Les tonneaux, tout en servant de lest, et parfois de monnaie d’échange, abreuvent jour après jour les équipages. Pour que le breuvage résiste au long périple vers l’Orient, on le coupe avec de l’alcool de canne. Parfois, certains capitaines, mauvais calculateurs ou trop bon vivants, embarquent du vin plus que de raison. Au retour, les voilà qui tentent, à Madère, de revendre ce qu’ils n’ont pu écluser. C'est ainsi que l’on s’en aperçoit : le « vin de retour des Indes », comme il est bientôt connu, s’est miraculeusement bonifié au cours du voyage, sous l’effet de l’étuve tropicale…
Le succès est phénoménal. Une véritable histoire d’amour se tisse entre l’île et l’Angleterre – jusqu’aux belles victoriennes qui parfument leur mouchoir de madère… Les méthodes de production s’adaptent, tandis que s’installent sur l’île les marchands de vin anglais : Cossart Gordon dès 1745, Leacock’s en 1760, puis Blandy’s (1811) et Miles (1878).
Aujourd’hui, les firmes, à de rares exceptions, appartiennent toutes à des familles d'origine britannique. Deux siècles et demi après son « invention », le madère vieillit toujours de la même manière : après trois mois passés en fût d’acajou, sous les toits, par plus de 30 °C, les meilleurs crus sont coupés à l’alcool de vin, de manière à stopper la fermentation, puis transvasés dans des barriques en chêne américain où ils pourront rester jusqu’à 150 ans – 20 minimum pour les grands vins (vintages) ! Dans les villages, on se contente souvent d’exposer les barriques au soleil ou dans les estufagemes en béton pour le vieillissement obligatoire de trois ans.

Quelques notions d’architecture lusitanienne

Le Portugal a traversé trois grandes périodes architecturales, correspondant grosso modo aux trois principales dynasties du pays.

La première, sous les Bourgogne, connut l’apogée du roman, puis le début du gothique, mais ne concerne pas Madère, qui n’avait pas encore été découverte.
La seconde, inaugurée en 1385 par l’avènement de la Maison d’Avis, se caractérise par l’ouverture du pays sur le monde. À la fin du XVe siècle et au début du suivant (1490-1540) se développe le style manuélin, empruntant motifs décoratifs et éléments architecturaux aux cultures arabe et extrême-orientale. Colonnes torsadées, éléments floraux et marins, voiles, nœuds et cordages, sphère armillaire, représentant le mouvement des astres (emblème de Manuel Ier), courent sur les façades gothiques, enrichissant ici un portail, là une fenêtre.
La troisième période est inaugurée en 1640 après que les Espagnols ont été chassés du Portugal par Jean IV, premier roi de la dynastie des Bragance. C’est sous le règne de son fils, Jean V, que le baroque devient à la mode. Les églises sont revêtues de bois sculpté et doré, puis bientôt tous les monuments se couvrent d’azulejos (du mot azul, « bleu »).
Venus d’Andalousie, ces carreaux de faïence ont connu peu avant une innovation spécifiquement portugaise : remplaçant les motifs géométriques ou abstraits, jusque-là incisés avant cuisson, on s’est mis à peindre une surface émaillée blanche, constituant de magnifiques tableaux représentant des scènes de la vie quotidienne, religieuse ou historique. Des écoles se forment et le savoir-faire se répand à travers tout le pays, jusqu’à Madère. La couleur bleue, prédominante aujourd’hui, fait son apparition à la fin du XVIIe siècle à l’instigation d’artisans hollandais exploitant le goût de l’époque pour la céramique chinoise. Viennent ensuite les azulejos baroques, plus spécifiquement liés à l’école portugaise, puis rococos.





 



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