On comprend, en arpentant les quais, que cette position stratégique à l'extrémité de l'Europe a été une base idéale dans la conquête maritime du monde dit « nouveau ».
En l'espace d'un quart de siècle, on est passé ici, très vite, du spleen, entretenu par les chanteurs de fado et nombre d'écrivains, à la glorification de la manne céleste prodiguée par l'Union européenne.
Que de changements... L'Expo 1998 commémorait les 500 ans du voyage mythique de Vasco de Gama. Pour la circonstance, Lisbonne avait entrepris de se moderniser. Pendant une quinzaine d'années, des grues, des excavatrices, des bétonnières ont remodelé le centre de la ville, créé de nouveaux parkings, amélioré le réseau du métro. La restauration de vieux immeubles a été accélérée. Les façades ont retrouvé leurs couleurs. On a jeté un nouveau pont par-dessus le Tage, bâti une gare ultramoderne, inventé une ville nouvelle et construit un quartier entier : l'Oriente. Le centre ancien a retrouvé sa place, et le quartier le plus mythique de Lisbonne, le Chiado, est revenu à la vie, renaissant de ses cendres au sens strict : l'incendie d'août 1988 n'a laissé des traces que dans la mémoire des vieux Lisboètes, la nouvelle génération lui ayant redonné la première place dans la vie de la cité.
Déjà, dans le passé, Lisbonne était sortie victorieuse de semblable épreuve, mais elle eut à l'époque la bonne fortune de ne tomber sous la coupe que d'un seul promoteur : le marquis de Pombal, qui entreprit de lui redonner vie après qu'un tremblement de terre, doublé d'un raz de marée puis d'un incendie, l'eut ravagée, un certain 1er novembre 1755. Dans une ordonnance inspirée par la rationalité des Lumières, le marquis retailla au cordeau toute la ville basse anéantie par le séisme. Fort heureusement, des collines alentour furent épargnées, prenant des accents poétiques parfois surréalistes avec un mélange d'odeurs d'épices, de cannelle, et des images de vieux pavés moussus.
Le temps a passé, Lisbonne ne rate pas une occasion de se transformer (coupe de foot, présidence européenne, etc.), mais l'Alfama, comme ses sœurs des beaux quartiers tenant le haut du pavé, continue de conserver des coins secrets.
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