La « Petite Russie » : 1939-1945
Durant les années noires, la Résistance en Limousin prit une forme toute particulière. Si l'influence communiste y était grande, on n'attendit pas la rupture du pacte germano-soviétique pour en découdre avec les Allemands. Même si Limoges fut, après Lyon, la deuxième ville de France en termes de nombre de résistants morts, le gros des hostilités fut fourni par la guérilla rurale. D'innombrables stèles hérissent cette région sauvage, que les Allemands surnommaient la « Petite Russie ».
Ce fut l'une des Résistances les plus opiniâtres en France, et qui s'appuyait sur un héritage de lutte et de gauche ancrée dans les campagnes limousines.
Ici, on sabotait les trains. Là, on kidnappait un spécialiste allemand de la lutte antiguérilla. La Creuse cacha 1 000 enfants juifs.
En 1945, les résistants se firent tirer l'oreille pour rendre leurs armes. On raconte que pas mal de paysans fourrèrent leur fusil ou leur mitraillette dans un sac et l'enfouirent sous les chênes et les châtaigniers.
Cette tradition d'indépendance et de radicalisme perdura dans les campagnes, puisque le bastion n° 1 des rénovateurs, refondateurs et autres opposants à la ligne « stalino-moscoutaire » du Parti fut précisément... le Limousin.
Les « camarades »...
Limoges est une ville de gavroches, et le Limousin une région française traditionnellement administrée par la gauche. C'est la faute, comme dirait Le Pen, aux francs-maçons (très implantés)... Mais surtout aux simples maçons : beaucoup apprirent leur catéchisme syndical et républicain sur les barricades de Paris. Les généraux cathos de 1914-1918 firent leur B.A. en envoyant les « rouges » au casse-pipe : pour preuve, les listes bondées des monuments aux morts.
Au XIX e siècle, cette région déchristianisée s'était trouvé des « saints » laïques : Siméon Bourzat, Martin Nadaud... Elle sera, après la Libération, le berceau des prêtres-ouvriers et donnera un ministre communiste à François Mitterrand, Marcel Rigout. Même les campagnes sont à gauche : le socialisme (SFIO, puis PCF) y est fils de la misère et de la geste maquisarde.
Si certaines ont, à un moment, basculé à droite, déçues par les « années roses », la Haute-Vienne a toujours résisté, menée par Limoges, la « Rome du socialisme ». En 1848, les ouvriers - et ouvrières ! - de la chaussure et de la porcelaine dressaient des barricades. En 1870, ils proclamaient une commune insurrectionnelle, comme à Paris. Est-ce un hasard si la CGT naquit là, en 1895 ? Et si la ville déchaîna, en 1905, la grève la plus violente du siècle naissant ?
Quelques dates
- Ier siècle : Augustoritum Lemovicorum - disons Limoges - grandit sur un damier à la romaine, avec jardins, aqueduc, plus un amphi de 20 000 places. Le Limousin appartient à la province d'Aquitaine.
- 250 : un nommé Martial proclame la divinité d'un crucifié juif. Il sera premier évêque de Limoges.
- 330 : naissance de Just, premier saint local.
- 507 : Clovis conquiert la Gaule. Le Limousin sera disputé par ses héritiers. Floraison de saints. Quand il ne remet pas à l'endroit la culotte du bon roi Dagobert, le grand saint Éloi, orfèvre de formation, gère le trésor royal. En 631, il fonde l'abbaye de Solignac.
- 760 : le premier Carolingien, Pépin, prend l'Aquitaine.
- 845-930 : « visites » des Normands.
- Xe-XIe siècles : la région s'émiette en fiefs-confettis. Alors, ces beaux seigneurs se battent souvent jusqu'au dernier paysan - lesquels assurent aussi la subsistance du clergé. Ce dernier promulgue donc, à Limoges, la « paix de Dieu ». Les forcenés de la baston n'ont qu'à aller en Palestine : en 1095, le pape a prêché la croisade à Limoges.
- 1166 : épousant Aliénor d'Aquitaine, le comte d'Anjou, Henri Plantagenêt, devient duc à Limoges. Il possédera bientôt la couronne d'Angleterre et les deux tiers de la France. Pour chasser ses héritiers, il faudra 100 ans de guerre.
- XIIIe siècle : les villes affirment leur puissance. La cathédrale de Limoges sort de terre.
- 1331 : des tapissiers flamands colonisent Felletin.
- XVIe siècle : les guerres de Religion ravagent la province.
- XVIIe siècle : les maçons creusois partent bâtir Versailles. Colbert stimule les tapisseries. Le comte de La Feuillade, fayot local, aménage à ses frais la place des Victoires, à Paris.
- 1736 : création de la fabrique de faïence de Limoges. Turgot administre la région, menacée par la misère : 16 000 saisonniers la quittent chaque année. Par contre, l'industrie s'épanouit. En 1768, on découvre du kaolin dans la Haute-Vienne, à Saint-Yrieix-la-Perche : création de la première manufacture de porcelaine.
- 1790 : création des départements de la Corrèze, de la Creuse et de la Haute-Vienne.
- Révolution : assez douce.
- 1802 : découvertes du chimiste limousin Gay-Lussac (loi de la dilatation des gaz).
- 1830-1852 : les usines de porcelaine doublent leur personnel.
- 1850-1870 : le protestantisme reparaît à Aubusson et à Guéret. Les campagnes virent au rouge. Arrivée du train à Limoges (1856), puis à Brive (1860).
- 1889 : Bourganeuf est la première ville électrifiée de France.
- 1895 : création de la CGT à Limoges.
- 1905 : grèves et émeutes historiques à Limoges.
- 1914 : la porcelaine emploie 10 000 ouvriers.
- 1944 : enragée par les maquis, l'armée allemande pend à Tulle et extermine à Oradour-sur-Glane.
- 1964 : création de la région Limousin.
- 1968 : ouverture de l'université de Limoges.
- 1999 : création du centre de la Mémoire à Oradour-sur-Glane.
- 2001 : ouverture du musée du Président-Jacques-Chirac à Sarran.
- 2004 : la Région inaugure son parc naturel régional de Millevaches en Limousin.