De la Préhistoire au Moyen Âge : des siècles obscurs
Lille, c’est une histoire d’eau : Isla, illa, insula et à partir du XIIIe siècle,
Lisle ou Lille (Rijsel en flamand).
À Lille, on vous dira qu’un habitat existait depuis très longtemps, car
on a retrouvé des vestiges remontant au Mésolithique, au Néolithique, à l’âge
du bronze, du fer, à l’époque gallo-romaine, aux périodes carolingienne et mérovingienne !
Mais une ville réellement structurée ne remonterait qu’au IXe ou
Xe siècle.
Lille en Flandre
Tout le monde se rappelle du fameux traité de Verdun en 843, et du partage de
l’empire de Charlemagne entre ses petits-fils Lothaire, Charles le Chauve et Louis le Germanique.
Charles le Chauve (qui a reçu la « Francie Occidentale », en gros,
la France !) a une fille, Judith, certainement très belle... puisque déjà
veuve deux fois à l’âge de 18 ans. Elle est kidnappée le jour de Noël 861
par un certain Bauduin ! Colère du papa, intervention du pape, Bauduin
reçoit la fille et l’administration de la Flandre.
Lille est un centre important
de voies terrestres et fluviales : située sur la route qui mène des
Pays-Bas aux foires de Champagne, elle possède un marché et surtout une foire
qui se déroule chaque année entre le 2 août et le 2 septembre. Son
port accueille les marchandises venant de toute la Flandre. Et c’est une ville
drapière, comme Bruges, Gand et Ypres.
À l’époque des comtes de
Flandre
En 1213, c’est le premier siège de Lille (il y en aura 12 en tout) :
Ferrand de Portugal, époux de la comtesse Jeanne de Flandres a la fâcheuse idée
de s’allier au roi d’Angleterre Jean sans Terre et à l’empereur germanique Otton IV.
Philippe Auguste, furieux, assiège Lille. La ville est prise, puis reprise par
Ferrand. Après un second siège, elle sera finalement incendiée par Philippe
et de nombreux Lillois seront réduits en esclavage.
Deuxième événement : le comte de Flandre, Guillaume de Dampierre, s’allie
avec l’Angleterre et provoque la colère de Philippe le Bel. C’est le nouveau
siège de Lille, en 1297. Le 11 juillet 1302, près de Courtrai, Flamands
et Français s’affrontent. C’est la fameuse bataille des Éperons d’Or :
la chevalerie française est honteusement battue. Philippe le Bel aura sa
revanche : Lille sera rattachée à la France par le traité d’Athis-sur-Orge.
De la période bourguignonne à Charles Quint (1369-1500)
Le comte de Flandre, Louis de Mâle, soucieux d’entretenir de bonnes relations
avec l’Angleterre (qui fournit les laines...), fiance sa fille Marguerite avec
le roi d’Angleterre, Edouard III. Opposition immédiate du roi de France,
Charles V, qui propose son frère, un certain Philippe le Hardi, duc de
Bourgogne. Louis de Mâle accepte l’union... et Lille retourne à la Flandre en
1369. C’est une époque fastueuse pour Lille.
En 1477, Charles le Téméraire, duc de Bourgogne,
finit tragiquement devant Nancy. Sa fille, Marie, épouse Maximilien d’Autriche
et Lille se retrouve automatiquement sous la tutelle des Habsbourg. À la
mort de Marie, Maximilien prend la régence, mais les Flamands se révoltent,
appuyés par le roi de France. La guerre fait rage devant les portes de
Lille. Quand Philippe, fils de Maximilien, devient roi, il épouse Jeanne d’Aragon
et de Castille. La paix revient, mais Philippe meurt précocement en 1506.
Est-ce le retour à l’anarchie ?
De Charles Quint à la conquête française (1500-1667)
En 1519, Charles, fils de Philippe et de Jeanne est élu empereur sous le nom
de Charles Quint. Lille fait désormais partie du Saint-Empire romain germanique.
Elle fait également partie des Pays-Bas.
En ce début de XVIe siècle,
la question religieuse est très importante aux Pays-Bas et les idées nouvelles
lancées par Luther sont reprises par Calvin : c’est la Réforme. Des foyers
protestants s’allument un peu partout. Charles Quint combat avec violence « L’Hérésie ».
À Lille, on brûle quelques hérétiques sur la place du marché, on en décapite
quelques autres. Charles Quint abdique en 1555. L’Empire est partagé entre
son frère Ferdinand et son fils Philippe II qui devient roi d’Espagne,
et qui possède aussi les Pays-Bas. Jusqu’en 1667, Lille fera partie des
Pays-Bas méridionaux espagnols.
Les
années passent, les gouvernants changent. Les crises se succèdent. En août 1566,
la fureur calviniste déclenche l’iconoclasme ! À Lille, on échappe
aux saccages et dévastations, mais on connaît d’autres calamités : la peste,
la faim, la misère, la maladie, le chômage dû à une crise dans le textile, l’insécurité
croissante.
Philippe II renonce aux Pays-Bas en faveur de sa fille Isabelle.
Enfin, c’est la paix « tellement désirée ».
La Contre-Réforme (réforme
catholique entreprise suite au concile de Trente) est fermement appliquée à
Lille : les jésuites arrivent en 1588. On construit des couvents,
des institutions hospitalières, on crée des confréries, deux monts-de-piété.
Le passage de Lille à la France (1667-1713)
On est en 1659 et le traité des Pyrénées entre la France et l’Espagne
est signé. En 1660, Louis XIV épouse Marie-Thérèse, fille de Philippe IV. Elle
renonce à ses droits sur la succession d’Espagne contre le paiement d’une dot.
En 1665, Philippe IV meurt et Louis XIV réclame « les droits
de la Reine ».
Le roi entre en campagne en 1667 et envahit la Flandre.
Le 10 août, les Français assiègent Lille, la ville se rendra le 27 août.
Au mois de mai 1668, le traité d’Aix-la-Chapelle donne Lille à la France. S’ensuit
la guerre de succession d’Espagne : la France du Nord est à nouveau envahie
en 1708.
De 1708 à 1713, Lille est occupée par les Hollandais. Suivront
cinq longues années d’austérité ! Alors, quand Lille devient définitivement
française en avril 1713 (traité d’Utrecht), les Français font une entrée triomphale
dans la ville.
Lille sous l’Ancien Régime (1713 à 1789)
La ville s’agrandit. Lille attire, si bien que le 12 mai 1744, Louis XV
y fait un premier séjour. Des visiteurs de marque y sont reçus : le roi
du Danemark, l’empereur Joseph II. Lille aime les fêtes, le Lillois s’amuse.
On joue aux quilles, aux bourles, à la crosse, on tire à l’arc, à l’arbalète.
Dans les tavernes, on joue aux cartes, aux dés, à la roulette. Les « cafés »
sont réservés à la haute société. Le petit peuple lillois, quant à lui, préfère
les estaminets, les fameuses « ginguettes » des faubourgs.
Cependant,
ce XVIIIe siècle n’est pas toujours rose, surtout pour la draperie
lilloise. En 1762, un arrêté royal accorde aux campagnes la liberté de fabriquer
des étoffes. La concurrence des manufactures du « Plat Pays » se fait
de plus en plus sentir. Suite à un traité de commerce franco-anglais, la région
est inondée de tissus anglais. C’est le désastre à Lille, car la production
textile est réduite de moitié.
Une récolte médiocre et des conditions atmosphériques
épouvantables provoquent la disette, les émeutes, les pillages. On est en 1789.
La Révolution à Lille, c’est surtout une révolte contre la faim.
Le temps des révolutions (1789-1799)
L’Ancien Régime bascule : Lille perd toutes ses institutions municipales,
ses privilèges. De plus, elle n’est même pas désignée comme chef-lieu du département
du Nord. C’est Douai qui est choisie en 1800 ! Le 24 septembre 1792,
les troupes autrichiennes sont aux portes de la ville. À 15 heures,
le bombardement commence. Dans la nuit du 7 au 8 octobre, les Autrichiens
lèvent le siège. Lille a « bien mérité de la patrie », mais que de
dégâts ! C’est une bien triste période pour les monuments de la ville.
La ville industrielle (1851-1914)
Avec ses 75 000 habitants, Lille étouffe dans ses murs. Il fallait
absolument un nouvel agrandissement ! Ce sera chose faite en 1858.
Le fossé
entre riches et pauvres se creuse dramatiquement : d’un côté, une concentration
unique de puissance industrielle, commerciale, bancaire et d’influence politique
et de l’autre, une misère terrible, des îlots de pauvreté où les conditions
d’existence, de logement et d’hygiène sont épouvantables. La ville devient une
terre de combat pour la liberté et la justice. Les idées du socialisme progressent
rapidement. Un symbole, s’il en fallait un : l’Internationale, dont la
musique est écrite par un certain Pierre Degeyter…ouvrier lillois !
D’une guerre à l’autre (1914-1945)
1914, début de la Première Guerre mondiale. Plus de 5 000 obus détruisent
le quartier de la gare. La ville est délivrée par les Anglais le 17 octobre 1918.
La ville change et perd ses derniers canaux. La Deûle est définitivement comblée
et remplacée par l’avenue du Peuple-Belge. Les années 1929-1932 sont marquées
par de nombreuses crises sociales et à partir de 1931 par une grave crise
économique.
Roger Salengro, maire de Lille, devient ministre de l’Intérieur
du Front populaire en 1936. C’est aussi l’année des grandes grèves dans
les usines.
Le 31 mai 1940, les Allemands occupent la ville et
y resteront jusqu’au 5 septembre 1944. Lille et tout le Nord-Pas-de-Calais
sont coupés de la France et placés sous l’autorité directe de l’Oberfeld-Kommandantur
depuis Bruxelles.
Lille est enfin délivrée, mais elle a perdu 1 675 immeubles
détruits par les bombardements alliés.
Une fin de siècle mouvementée
On détruit, on reconstruit, on rase, on édifie. Grand chambardement immobilier.
En 1960, le périph’ est construit à l’emplacement de l’ancienne enceinte.
Tout va désormais s’accélérer. En 1967, c’est la naissance de la Communauté
urbaine de Lille (87 communes) et l’édification d’une ville nouvelle à
l’est : Villeneuve-d’Ascq. Ouverture de l’autoroute Lille-Paris en 1968.
La ville devient le centre d’une métropole de 200 000 habitants.
À partir
des années 1980, Lille affirme progressivement sa vocation de plaque tournante
du nord de l’Europe. Tous les atouts sont là : important carrefour autoroutier,
TGV, aéroport de Lille-Lesquin.
En 1983, c’est l’inauguration du VAL, 1er
métro sans conducteur. Dix ans plus tard, le TGV-Nord entre à Lille, et l’année
suivante on inaugure le tunnel sous la Manche et la gare Lille-Europe.
Un début de siècle en fanfare
Déjà première adjointe depuis 1995, Martine Aubry s’installe dans le fauteuil
de Pierre Mauroy en 2001 qui garde, pour sa part, la présidence de Lille Métropole
Communauté urbaine (nouveau nom de la Communauté urbaine depuis 1996).
Et enfin, c’est la consécration, l’apothéose ! En 2004, Lille est capitale
européenne de la culture ! Elle obtient le 18 juin le label de « ville
d’Art et d’Histoire ». Et Lille 3000 inscrit dans la durée cette « révolution » culturelle.
Si l'Europe des affaires connaissait déjà la ville, celle-ci se fait aimer d'une population étrangère croissante (et pas que des Belges ou des Néerlandais !), qui vient sans préjugés découvrir une sorte de Séville du Nord ou une petite Barcelone, historique et moderne, vivante et jeune. Un pari largement réussi.