Quelques faits d'histoire
- 450 000 av. J.-C. : à Tautavel, dans le Roussillon, un homme chaissait le renne et le rhinocéros. C'est un des plus vieux Européens.
- Vers 600 av. J.-C. : les Grecs de Marseille fondent Agde.
- Vers 120 av. J.-C. : à l'appel des Marseillais, les Romains
annexent la Provence gauloise et son alliée : le Languedoc. Fondation de Lugdunum
(Saint-Bertrand-de-Comminges), Béziers et surtout Narbo Martius (Narbonne).
- 413 : les Vandales et les Alamans n'avaient fait que passer. Les
Wisigoths s'installent à Narbonne. Leur royaume, qui couvre toute l'Espagne
et la France du Sud, laissera de bons souvenirs. Ce sont les Wisigoths qui arrêtent
Attila.
- 720 : l'émir al Samh, conquérant de l'Espagne, s'empare de Narbonne.
Les Wisigoths continuent d'administrer le pays.
- 759 : les Francs prennent Narbonne.
- 778 : Roncevaux. Les Carolingiens font de la Catalogne (Gothalunia)
un avant-poste antimusulman : la marche d'Espagne. Afflux de réfugiés chrétiens
en Languedoc.
- 1002 : premier acte rédigé en langue d'oc.
- 1209-1255 : croisade contre les cathares.
- 1276-1344 : naissance et mort du royaume de Majorque.
- XVI e siècle : le Languedoc oriental passe au calvinisme.
- 1566 : fondation du port de Sète.
- 1659 : le traité des Pyrénées donne le Roussillon à la France.
- 1685 : la révocation de l'édit de Nantes interdit aux protestants
de célébrer leur culte. Envoyés aux galères, les prédicateurs des Cévennes passent
le flambeau aux « prophètes ». La révolte des camisards tiendra deux ans en
échec l'élite des troupes royales.
- 1790 : les protestants passent à la Révolution, les catholiques
demeurent fidèles au roi.
- 1851 : insurrection contre le coup d'État de Napoléon III.
- 1907 : insurrection des vignerons contre le gouvernement Clemenceau.
- Septembre 2002 : inondations dévastatrices dans les départements
du Gard et de l'Hérault. 85 % du territoire du Gard furent engloutis
et de nombreuses victimes à déplorer. Aujourd'hui, les lieux ont
retrouvé leur beauté d'autrefois.
- Décembre 2004 : le majestueux viaduc de Millau, le plus
haut du monde, s'ouvre à la circulation.
L'âge d'or
Le XVIIIe siècle de l'apogée française est aussi celui du Sud-Ouest. Pendant que le canal du Midi relie le port du Levant et de l'Europe du Nord (Sète) au port des colonies (Bordeaux), Beaucaire reste la première foire de France. Les Cévennes produisent et tissent 15 % de la soie française, des hauts fourneaux viennent relayer les mines de charbon du bassin d'Alès. De son côté, Montpellier travaille le coton et Chaptal y invente l'industrie chimique. Enfin, le vignoble croît et se multiplie. Les plus beaux quartiers d'Uzès, de Pézenas, de Montpellier, de Sète portent la griffe des XVIIe et XVIIIe siècles.
La révolte des vignerons
1907 marque une crise sociale majeure en Languedoc-Roussillon : la révolte des vignerons.
Le XIXe s fit de la vigne la monoculture des régions pauvres. Privée de vin par le phylloxéra, la France avait pris des habitudes de chaptalisation et d'importation. Elle ne les abandonna pas quand le vignoble fut remis sur pied.
La surproduction fit s'effondrer les prix, jetant les vignerons dans la misère. Dans les Corbières, dans les Aspres ou dans le Minervois, le vin ne rapporte plus, il coûte.
Les ouvriers agricoles écrivent au gouvernement. « Cela n'a pas plus d'importance que s'ils dansaient la farandole », répond-on. La farandole ? Le 5 mai, 100 000 manifestants descendent dans les rues de Narbonne. Le mois d'après, ils sont 800 000 à Montpellier. Tout le Midi est là. On brandit des pancartes en occitan, on parle séparatisme et grève de l'impôt. Par solidarité, les élus démissionnent. Frédéric Mistral se proclame solidaire.
Au gouvernement, Clemenceau réagit enfin. 180 000 hommes prennent d'assaut la région. Devant l'émeute, ils chargent. L'ordre règne à Narbonne - 6 morts - comme à Montpellier - 50 blessés. Clemenceau peut enfin donner satisfaction aux vignerons : une loi contre la chaptalisation est promulguée. Soixante-dix ans plus tard, CRS et viticulteurs s'entretueront à Montredon.
L'histoire des cathares
En 1165, l'évêque d'Albi organise une réunion entre « vrais » catholiques et ces réformateurs appelés par dérision « cathares », du mot grec katharos signifiant purifié. Rome les condamne solennellement pour hérésie.
La religion cathare repose sur le dualisme, une doctrine venue de l'Antiquité et remise au goût du jour par quelques Bulgares. Un constat : le bien et le mal se partagent l'univers. Chez les cathares, les « parfaits » forment une sorte de clergé, les « bonshommes » étant leurs ouailles. Le salut consiste pour eux à se libérer du Mal : interdiction de tuer tout être humain ou animal, obligation de jeûner, abstention de tout rapport sexuel, interdiction de prêter serment, obligation de travailler. L'Église s'affola, le pape dépêcha des légats en Occitanie.
L'assassinat de l'un d'eux déclencha la croisade contre les cathares. Les seigneurs du Nord partirent pour combattre l'hérésie. Premier fait d'armes : le massacre de Béziers. Catholiques et cathares furent exterminés sans distinction. Carcassonne fut investie peu après. Simon de Montfort prit alors le titre de vicomte de la ville. Il allait devenir le chef des croisés et anéantir les unes après les autres les cités cathares : Termes, Puivert...
Les seigneurs du Sud s'étaient ligués contre les croisés et le choc se déroula à Castelnaudary. Le match fut remporté par les croisés. Raymond VI battu, Raymond VII entra en scène et reprit Toulouse en 1216. Montfort décida d'assiéger une nouvelle fois la cité. Il mourut touché à la tête par une pierre.
À ce moment, le roi entra dans la bataille. Louis VIII, sentant son pouvoir menacé, déclara les cathares « ennemis du roi et de l'Église ». Le pape inventa l'Inquisition. La résistance cathare s'organisa dans les châteaux de Montségur, Puilaurens, Quéribus et Peyrepertuse. Mais l'assassinat de deux inquisiteurs, en 1242, déclencha une répression terrible et sanglante qui aboutit à la chute de Montségur deux ans plus tard. Les hérétiques furent brûlés. En 1321, le dernier « parfait » périt sur le bûcher. Les motifs religieux du départ s'étaient fondus dans une sombre affaire de pouvoir et de politique.
Un conflit Nord-Sud
L'hérésie a ses saints (les « parfaits »), son au-delà (la réincarnation), son sacrement (le consolamentum, accordé aux mourants) et des exigences d'égalité, de chasteté et de pureté totale (interdiction de manger de la viande) que ne devait guère incarner la société de l'époque.
Partout, évêques et princes répriment. Partout sauf dans le Languedoc. Les cathares y ont des châteaux, des hommes d'armes, leurs évêques tiennent des conciles internationaux. Innocent III n'hésite plus à proclamer la croisade. Les seigneurs hérétiques sont déchus, leurs biens déclarés « proie ».
En France du Nord, les bonnes âmes s'arment. En 1209, la première proie est Béziers : c'est un massacre, Carcassonne tombe à son tour. Les Cathares qui n'ont pas brûlé ont pris la route des Corbières. Là-haut, de petits seigneurs mènent toujours la guérilla. En 1255, Quéribus est pris. Tout est fini et le pape est soulagé.