![]() Culture HawaiiMythologie d’HawaiiUne légende, parmi les plus évocatrices du riche panthéon hawaïen, raconte la naissance des îles. Elle met en scène deux sœurs ennemies : Pele, déesse du feu, et Na Maka o’ Kahai, sa sœur, souveraine de la mer. La première est irascible, rapide comme l’éclair et capable de mille ruses, à l’image de cette lave bouillonnante qu’elle incarne. La seconde est têtue et opiniâtre, à l'instar des assauts infinis des vagues sur le littoral. Les plus grands navigateurs du mondeLes légendes rejoignent à la fois la réalité géologique et historique. Le voyage de Tahiti, c’est celui que firent les colons polynésiens - la seconde vague de colons, plus précisément, la 1e étant partie un demi-millénaire plus tôt, dès le Ve siècle de notre ère, des îles Marquises. Les découvertes des archéologues, des linguistes et des généticiens tracent peu à peu le portrait de la plus incroyable migration humaine jamais réalisée : la conquête du Pacifique, en vagues successives, par des groupes d’hommes et de femmes partis d’Asie du Sud-Est il y a 50 000 ans. Cinglant à bord de canoës, puis de grandes pirogues à double coque (semblables aux catamarans actuels) développées au fur et à mesure que s’affirmait leur maîtrise de la navigation, ils ont occupé au fil des siècles le tiers de la planète. À l’est, dès 1 000 av. J.-C., le groupe des Lapitas atteignait Tonga et les Samoas où, dans leur sillage, se forma une culture à part entière : les Polynésiens étaient nés. De ces bastions insulaires, ces marins inégalés, se dirigeant en mer avec la seule aide des étoiles, des planètes et de leurs mouvements, allaient conquérir un territoire plus vaste qu’aucun autre peuple dans l’histoire : les Marquises, les premières d’où furent gagnés les Tuamotu, Hawaii et l’île de Pâques. D’autres îles aujourd’hui désertes furent occupées, puis abandonnées. La conquête du grand océan s’acheva avec la colonisation de la Nouvelle-Zélande vers l’an 1 000, définissant le triangle polynésien, le plus grand espace culturel jamais façonné par un seul et même peuple. Les archipels, s’ils ne formaient pas de nation au sens politique, entretenaient pour la plupart des liens commerciaux et culturels. L’éloignement d’Hawaii vit l’archipel se développer en autarcie, avec des contacts de plus en plus espacés, jusqu’à ce que le lien se brise vers le XIVe siècle. Règles sociales et religieusesUne culture propre, forte de son identité, se développe à Hawaii, sans pour autant que soit remis en cause le terreau commun polynésien : tout, dans ce monde, est sacré. La décontraction observée par les découvreurs européens n’est qu’apparente. En réalité, les sociétés polynésienne et hawaïenne plus encore, sont régies par d’innombrables règles sociales et religieuses basées sur un système rigide de castes et de kapu (tabous). Les ali’i, prêtres et chefs, intermédiaires entre les hommes et les dieux, ont droit de vie et de mort sur le peuple (kama’aina) - qui n’a pas même le droit de croiser leur ombre. À chacun ses nourritures, à chacun sa planche de surf, plus longue pour les ali’i et taillée dans un meilleur bois, à chacun son spot... Émergence d'un pouvoir temporelLe capitaine Cook et ses successeurs débarquent en 1778, au moment où l’archipel est en passe d’être unifié. En 1810, le roi Kamehameha impose son pouvoir à toutes les îles. Les premiers marchands occidentaux ont déjà jeté l’ancre et, dans leur sillage, des missionnaires protestants tahitiens. Malgré leurs premiers insuccès, ils font une touche de choix auprès de Ka’ahumanu, l’épouse favorite de Kamehameha, une visionnaire qui voit sans doute dans la religion des étrangers un instrument du pouvoir nouveau.
C'est à ce moment qu'arrivent de Nouvelle-Angleterre les missionnaires congrégationalistes. Convaincus de leur supériorité morale et de leur rôle civilisateur, considérant avec suspicion et parfois horreur les mœurs des Hawaïens, ils inventent un alphabet pour traduire la Bible, créent des écoles pour diffuser leurs enseignements, construisent des églises en palmes et interdisent toutes sortes d'activités. Comment tolérer que des hommes puissent paraître si éloignés du jugement divin ?
Renaissance culturelle (et politique)Porté sur le trône en 1874, Kalakaua, le Merry Monarch (« roi joyeux ») préside à une certaine renaissance culturelle. Mais il est lui-même déchiré entre son goût des traditions et celui qu’il manifeste pour les fastes occidentaux. Grand noceur, il se couvre de dettes. Deux ans après sa mort, en 1893, sa sœur la reine Lili’uokalani, la dernière reine d’Hawaii, est renversée par des colons. La langue hawaïenne est chassée de l’école. La traversée du désert est interminable. La Seconde Guerre mondiale arrime de force Hawaii aux États-Unis, tandis que les émissions de radio peignent jusqu’au fin fond du Nebraska et du Wisconsin des îles de rêve, paradis incarné bercé par les alizés et vibrant au son de l’ukulélé. Le tourisme de masse s’ébranle.
En 1993, le président Clinton signe l’Apology Resolution, qui présente les excuses des États-Unis pour avoir concouru au renversement de la reine Lili’uokalani un siècle plus tôt. Un geste qui lui vaut la reconnaissance de tous les Hawaïens et affirme encore davantage l’ancrage démocrate de l’archipel.
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