Architecture : l'art de Vauban
Inquiet du peu de résistance que, hormis à Besançon, les Comtois, en 1674, avaient opposé à ses troupes, Louis XIV chargea son fortificateur favori d'en bastionner les citadelles.
À Belfort, alors alsacienne, Sébastien Le Prestre de Vauban remplace les murs médiévaux par une étoile aux angles aigus, ancrée à l'escarpement de grès rouge et scellée par des tours, deux enceintes en brique rose et quatre fossés, dont aucun ennemi, jamais, ne vint à bout. Ce qui la prédestinait à entrer, deux siècles plus tard, en compagnie d'Épinal, de Toul et de Verdun, dans le collier de camps retranchés qui protégeait les frontières de l'Est.
Capitale de la province, Besançon reçut du grand Vauban sa propre citadelle, qui se love dans une boucle du Doubs. Témoignage intact de l'esprit Grand Siècle, elle reste, à ce jour, le site comtois le plus visité et est classée par l'Unesco au titre du Patrimoine de l'humanité.
Vauban s'intéressera également à un nid d'aigle du Haut-Doubs, le château de Joux, dont il transformera la courtine en casemate d'artillerie (1690-1693) et fera élever d'autres enceintes.
Économie
Bijoux
L'horlogerie comtoise eut ses maîtres, dont les créations ornent le Trianon. L'un d'eux découvrit, en 1798, un système d'échappement grâce auquel le XXe siècle put inventer le réveille-matin. Au XIXe siècle, le pays de Montbéliard comptait ainsi 5 000 horlogers. Après l'ère du paysan-horloger, qui passait l'hiver à façonner ses pièces, vint celui des grandes unités dont Lip fut longtemps le symbole.
Spécialisée dans les produits peu coûteux, l'horlogerie comtoise subit donc la crise de plein fouet et faillit bien disparaître. Elle ressuscite aujourd'hui, avec des mouvements le plus souvent suisses, emballés par des marques à forte identité, chacune axée sur son créneau : Silberstein (pour le design et les subtilités horlogères), Péquignet (la plus proche d'une grande marque suisse), Yema. Quant à Breitling, l'entreprise a installé son service après-vente européen à Besançon. Reste que Cheval-Frères, une société vieille de plus de 150 ans, est devenu le premier fabricant au monde de remontoirs de montre.
Grandes marques et sous-traitants, ces entreprises forment toute la chaîne de la fabrication d'une montre. On dénombre aujourd'hui près de 90 entreprises dans ce secteur. Trois musées départementaux (à Villers-le-Lac, Besançon et Morteau) retracent l'histoire de cette industrie.
Les secteurs historiques d'implantation de l'horlogerie (grosso modo, Besançon et le Haut-Doubs dans sa partie qu'on appelle d'ailleurs le « pays horloger ») se sont également reconvertis dans les microtechniques, à savoir la fabrication de produits taillés au millimètre ou au micron près, notamment des composants pour l'informatique, l'électronique, la robotique... Besançon, qui accueille une unité de l'ex-groupe Schlumberger et le salon Micronora, qui se rêve en capitale des microtechniques...
Filière bois
Si vous ouvrez un quotidien régional franc-comtois, vous n'échapperez pas, à la rubrique économie, à l'expression « filière bois ». La vaste et profonde forêt comtoise a évidemment généré une industrie largement représentée (scieries autour de Pontarlier, de Champagnole, du ballon d'Alsace dans le Territoire de Belfort ; la plus grosse fabrique de meubles d'Europe à Saint-Loup-sur-Semouse, en Haute-Saône) ou dispersée en microfilières. Ainsi, la région est, par excellence, le pays des tourneurs.
Saint-Claude reste la capitale de la pipe, même si le noble art de la bouffarde ne recrute plus guère aujourd'hui hors d'un cercle de bourlingueurs, écrivains, psychanalystes et autres dandys de la fumette...
Jouets
Près de la moitié des jouets « made in France » sont « made in Jura ». Jusqu'au XVIIIe siècle, les tourneurs sur bois se contentaient de façonner quilles et cerceaux. Plus tard, les ateliers popularisèrent le jouet en fer peint. Les prospères entreprises de Moirans ont su prendre, dès les années 1960, le tournant du plastique et de la mécanisation. Si les jouets sont en plastique pour 91 % d'entre eux, le fabricant de jouets en bois Vilac assure, lui, la transmission de l'héritage.
Le jouet comtois mobilise quelque 2 000 employés et génère un chiffre d'affaires de plus de 160 millions d'euros mais l'entreprise Smoby, fierté jurassienne, bien failli disparaître après 2 années noires (2007 et 2008). Le dernier fabricant de jouets français de taille industrielle appartient désormais à un groupe allemand. Rachats hasardeux de Berchet et Majorette, partenariats troubles avec l'Asie, Smoby a finalement perdu la moitié de ses salariés. Il est désormais révolu le temps où les enfants des écoles du Jura testaient gratuitement les prototypes !
Plus sérieusement, la fin de Smoby en tricolore a ébranlé le Jura comme la fin de Lip avait fait chavirer Besançon et l'horlogerie dans le Doubs. Bref, la fin d'une grande époque mais pas encore la fin du jouet made in Jura, ni l'extinction d'un tissu social patiemment ajusté pendant deux siècles.
Lunettes
Dernier particularisme local : les lunettes. Les bigleux de France ont leur Mecque à Morez. Si les verres viennent de la Région parisienne, ce bourg jurassien traite les montures depuis leur invention en 1796, ici même, par un fabricant de clous. Au XIXe siècle, Morez - dont la devise était « Voir clair, voir loin » - était la capitale du pince-nez.
Ses héros s'appellent aujourd'hui Lamy, Charles Bourgeois, Dalloz, Crestin-Billet : ils fabriquent pour le grand public, mais aussi pour des marques connues (Manoukian, Nina Ricci, Lacoste, Boucheron...). Certains ont même poussé leurs pions dans la micromécanique...
Avec ses 2400 employés et son chiffre d'affaires augmentant de 4% par an (en partie grâce à l'exportation), la lunetterie n'est pas l'activité franc-comtoise la plus sinistrée ! Les fabricants attendent en se frottant les mains le « papy-boom » des années 2010...