Forêt
La forêt de Franche-Comté représente 43% du territoire. C'est la deuxième région française la plus boisée. Même si, comme d'autres, elle a payé un lourd tribut à la tempête de 1999... Si toutes les espèces et tous les âges s'y côtoient, les chênes prédominent en fond de vallée, les hêtres (ici appelés « foyards ») sur les plateaux, les sapins sur les pentes et les épicéas aux sommets, rabougrissant avec l'altitude, le froid aidant, à l'approche des hauts pâturages.
Les magnifiques sapinières domaniales, « jardinées » - et non fauchées en coupes rases - par l'État, comportent aussi des espèces exotiques - pins Weymouth, Douglas, etc. - et il faut aller en Californie pour trouver des résineux plus majestueux. Cette forêt, qui effrayait le voyageur et attire aujourd'hui des milliers de randonneurs, a doté la province de milles petits métiers-ébénistes, tourneurs sur bois, fabricants de jouets ou de pendules...-, dont certains sont uniques en leur genre. Ainsi, les sangliers de la région de Mouthe ne sont-ils pas une version porcine du loup-garou, mais des récoltants de sangles d'épicéa - découpées au fer, puis séchées -, destinées à la confection des boîtes de fromage...
Bref, une véritable osmose entre les Franc-Comtois et leur forêt, vénérée au travers d'une curieuse tradition dans le Haut-Doubs : le sapin-président. Chaque commune désigne son arbre le plus fort et le plus grand. Imaginez que le sapin-président de la Joux est né sous Louis XIV et mesure aujourd'hui 45 m de haut ! Certains arbres n'ayant pas survécu à la tempête de 1999, une série d'« élections » a eu lieu peu après.
Communautarisme
Un historien local a vu les Séquanes, aïeux gaulois des Franc-Comtois, comme
« des individus patients, obstinés, mais généreux, ouverts sur le monde, voire
utopistes, qui s'incarnent à merveille dans des personnages comme Pasteur, Fourier
ou Proudhon ». Il y a sûrement de ça, car l'ampleur des bois communaux et l'ardeur
des affouages disent assez que les Comtois ont la fibre communautaire.
Avec leurs cousins suisses, ils ont même inventé la coopérative. Un texte de
1272 mentionne une « fructerie » où le bétail broutait les « fruits » de la
montagne : un pâturage. Le profil de la « fruitière » se dessine au XVIIe
siècle : c'est une association de fermiers éleveurs qui met en commun le fruit
de son travail - c'est-à-dire le lait - pour produire du fromage dans un lieu
idoine, baptisé « chalet », et qui, avec sa boîte aux lettres et son panneau
d'affichage, pourra disputer à l'église le titre de haut lieu du bourg. À l'origine
fromagères, les fruitières sont aussi devenues viticoles, agricoles... voire bancaires, puisque c'est à Salins-les-Bains que la première caisse de Crédit Agricole a été fondée en 1885.