Pyramides de Gizeh - Egypte
Pyramides de Gizeh - Egypte © sculpies - stock.adobe.com

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- Superficie : 1 001 449 km² (1,8 fois la France).
- Population : 110 millions d’habitants.
- Densité : 113 hab./km² (le territoire est composé à 97 % de désert !).
- Capitale : Le Caire (plus de 22 millions d’habitants).
- Langue : l'arabe.
- Monnaie : livre égyptienne.
- Régime politique : présidentiel.
- Chef de l’État : Abdel Fattah al-Sissi depuis mai 2014.
- Indice de développement humain (espérance de vie, éducation, niveau de vie) : rang mondial : 105e sur 193 pays.
- Revenu mensuel minimum : 7 000 LE (140 €).
- Sites classés au Patrimoine de l’Unesco : le Caire islamique, Memphis et la région des pyramides de Guizèh à Dahchour, la vallée des Baleines (Wadi al Hitan), Thèbes antique et sa nécropole, les monuments de Nubie d'Abou Simbel à Philae, et la zone de Sainte-Catherine.

Économie

L’Égypte est la nation la plus peuplée du monde arabe (près de 110 millions d’habitants). Un pays presque émergent qui affichait fièrement 7 % de croissance par an en 2010. Mais la révolution de 2011, la pandémie, les guerres en Ukraine et à Gaza sont passées par là. Pour en supporter les conséquences, l’Égypte a demandé à plusieurs reprises l’aide du FMI. L’organisation a accordé différents prêts, en imposant, à chaque fois, des règles draconiennes, dont une série de dévaluations de la livre égyptienne, qui ont terriblement affecté la population. Entre 2022 et 2024, la valeur de la monnaie a été divisée par 3. Elle n’a jamais été aussi faible. Résultat : le pays étant un grand importateur de produits et denrées (et un faible producteur), l’inflation a augmenté de 32 % en 2023 (les fruits et légumes de 108 % !). L’Égypte connaît la plus grave crise économique de son histoire.

Les principales ressources

Le tourisme représente environ 10 % du PIB et occupe près de 2 millions de personnes. Viennent ensuite les transferts des Égyptiens émigrés, les droits de passage du canal de Suez et les ressources énergétiques. Le pays continue de découvrir de nouveaux gisements de gaz (celui de Zohr en Méditerranée étant le plus important) et de pétrole. Et enfin, la précieuse aide militaire américaine se chiffrait à 1,3 milliard de dollars en 2024 (elle sert à payer de l’armement... américain) et n’est plus conditionnée au respect des droits humains. Depuis 2021, les États-Unis ont noué un partenariat encore plus étroit en matière d’équipements militaires. Mais début 2025, Donald Trump menaçait de conditionner cette manne à l’accueil de déplacés palestiniens par l’Égypte. Il faut dire que le pays est l’un des rares (avec Israël) à bénéficier encore de l’aide étrangère américaine.

Sauf que le contexte international a gravement impacté les rentes habituelles : depuis fin 2023, la guerre à Gaza a provoqué un soulèvement des Houthis du Yémen qui attaquent les cargos en mer Rouge. Les plus gros armateurs préfèrent contourner l’Afrique sans passer par le canal de Suez, provoquant un manque à gagner de 40 % pour l’Égypte. Ce conflit freine également le tourisme, déjà mis en berne après les sombres années post-révolution, pendant la pandémie, puis la guerre en Ukraine stoppant net les arrivées de touristes russes et ukrainiens, friands de la mer Rouge, qui comptaient pour 35 % du contingent de visiteurs étrangers. Quant aux transferts de la diaspora, ils ont fortement diminué par manque de confiance dans la stabilité du pays.

Sans compter les problèmes d’approvisionnement (entre autres de blé ukrainien) et d’exportation avec les clients historiques, pour beaucoup en guerre (Soudan, Libye, Palestine...).

Or, l’Égypte a besoin de devises étrangères pour rembourser sa dette et financer ses importations. L’aide internationale lui en fournit une partie. En 1re ligne : les États du Golfe, qui investissent massivement. Les Émirats arabes unis ont ainsi achété en 2024 une large parcelle au bord de la Méditerrannée.

L'agriculture

L’Égypte doit nourrir ses 110 millions d’habitants avec 4 % seulement de terres cultivables, concentrées le long de la vallée du Nil et dans le delta. L’agriculture est un des piliers de l’économie égyptienne, puisque 30 % de la population travaille dans ce secteur, qui représente 12 % du PIB. 

On cultive principalement le coton, le blé, le maïs, les fruits et légumes. De gros investissements sont planifiés pour introduire plus de mécanisation dans le cadre d’un développement durable (utilisation d’eau et de pesticides rationalisée, chasse au gaspillage, etc.) et augmenter la surface des terres cultivables en gagnant sur le désert.

Aujourd’hui, les spécialistes soulignent que l’Égypte a certes développé son agriculture mais n’a pas mis en place de politique alimentaire prenant en compte son explosion démographique.
Le pays compte officiellement 32 % de sa population sous le seuil de pauvreté national vivant avec moins de 2,15 $ par jour selon la Banque mondiale. Il souffre du prix des denrées de base sur le marché international, comme le maïs et le blé qu’il doit importer massivement pour répondre aux besoins des habitants : 130 kg de blé par an par habitant, ce qui en fait le plus gros importateur au monde. Les galettes plates vendues dans les boulangeries d’État sont subventionnées, ce qui permet à des dizaines de millions de personnes de survivre. Le problème du pain est crucial et hautement symbolique. En arabe égyptien, le mot aish signifie à la fois « le pain » et surtout « la vie » ! Or, l’Égypte importe 80 % de son blé d’Ukraine et de Russie. La guerre a fait craindre de fortes pénuries. Le pays a toujours en mémoire les émeutes de la faim en 2008. Mais à l’été 2022, la signature de l’accord d’Istanbul, autorisant l’importation de céréales de la mer Noire, semble avoir écarté ce danger.
De plus, le pays fait face à une crise de l’eau. Les pays du bassin du Nil font pression pour réduire la quote-part de l’Égypte, l’Éthiopie a mis en eau son barrage de la Renaissance, la population égyptienne ne cesse de croître et le gaspillage reste colossal, même si l’Égypte a notamment décidé de limiter les cultures de riz, non adaptées au climat. Sans compter les terres cultivables qui s’urbanisent...

La place de l'armée

Non contente de contrôler le pays d’une main de fer depuis des décennies, l’armée pèse aussi de tout son poids sur l’économie. Une emprise estimée entre 40 et... 80 %, l’imprécision étant liée à l’opacité du système mis en place. L’institution emploie 1 million de personnes et détient des entreprises militaires (armement, équipement, matières premières), mais aussi publiques dans des domaines aussi divers que l’eau, l’agriculture, la construction ou l’hôtellerie. Elle contrôle tous les secteurs-clés, d’où une main-d’œuvre considérable payée par l’armée, avec de nombreux avantages fiscaux que le privé n’a pas, octroyés par le pouvoir politique qu’elle détient également. 

Une concurrence déloyale qui décourage le développement du secteur privé. Si bien que le système semble avoir atteint une certaine limite. Car, pour financer sa politique des grands travaux (lire plus loin), rembourser sa dette (un des pays les plus endettés du monde) et répondre aux injonctions du FMI et de la Banque mondiale qui, en échange de l’octroi de prêts, réclament un assainissement de l’économie, l’État devrait privatiser une partie de ses entreprises et faire entrer des investisseurs étrangers. Sur ce point, les pays du Golfe se tiennent en embuscade. Malgré une économie catastrophique, des injonctions internationales pressantes, les décisions visant à réduire le poids de l’armée dans l’économie se font attendre.

Une croissance à 2 vitesses

Le fossé entre riches et pauvres se creuse et s’affiche de plus en plus. Au Caire, centres commerciaux rutilants et enseignes étrangères font leur apparition depuis plusieurs années. Les villes nouvelles ne cessent de s’étendre à la périphérie de la capitale : villas et petits immeubles, environnement arboré, quartiers sécurisés... ceux qui en ont les moyens optent pour un cadre de vie différent, à l’occidentale. L’immobilier connaît un boom extraordinaire, et les quartiers les plus bourgeois du Caire se vident petit à petit. Entre riches et pauvres, la classe moyenne lutte pour ne pas s’appauvrir.
Au bas de l’échelle sociale, on continue à utiliser le système des cartes d’approvisionnement dans les magasins d’État subventionnés, qui avait cours sous Nasser. Les produits de base sont subventionnés pour permettre aux plus démunis de nourrir leur famille. Quant aux soins médicaux, ils sont toujours réglés selon le revenu des malades.

Ces inégalités flagrantes ont favorisé le développement des organisations religieuses, comme les Frères musulmans, qui avaient ouvert un peu partout de très bons hôpitaux accessibles aux plus défavorisés (avec l’argent du Qatar). Plus que jamais, le pays fonctionne à 2 vitesses. Une caste de parvenus accapare les richesses nées des politiques de libéralisation, quand la majorité de la population voit sa situation économique se détériorer. Ainsi, par-delà les aspirations politiques, les revendications sociales au cœur de la révolution de 2011 sont toujours d’actualité.
Le gouvernement a toutefois mis en place une Assurance santé universelle, dont devrait progressivement bénéficier l’ensemble du pays d’ici... 2027.

L’ère des grands projets

La construction d’une nouvelle capitale administrative au milieu du désert, dans le triangle entre Aïn Sokhna, Suez et Le Caire, en chantier depuis 2015, devrait coûter la bagatelle de 53 milliards de dollars (mais le montant ne cesse d’être réévalué). Elle accueillera 5 millions d’habitants dans 1,1 million de logements, ainsi qu’une partie des bâtiments officiels, dont le Parlement et les ambassades. Sa construction a pris du retard.

Une vingtaine de nouvelles villes devraient aussi voir le jour – plusieurs millions d’habitants y sont attendus –, et intégreraient même une dimension environnementale. Un aéroport international a été inauguré à l’est du Caire et plusieurs trains à grande vitesse devraient parcourir le pays : entre la capitale administrative et Suez (sur la Méditerranée ; achèvement prévu en 2027), entre Hurghada et Louxor, tandis que la ligne la plus ambitieuse devrait relier Le Caire à Abou Simbel. Les économistes s’étonnent de la pertinence de projets d’une telle envergure, non productifs, alors que le pays frôle à tous moments la faillite.
 

Droits de l'homme

La chute du président Moubarak et les rêves démocratiques semblent bien loin depuis que le maréchal Al-Sissi, arrivé au pouvoir après un coup d’État en 2013, puis « élu » président en 2018 avec... 97 % des voix, gouverne le pays d’une main de fer. Il a le soutien de nombreux partenaires économiques et militaires étrangers, au nom de la lutte antiterroriste, et s’est doté d’un arsenal antiémeute vendu en partie par la France. En 2024, l’Égypte recevait même le statut de « partenariat stratégique global » de la part de l’Union européenne, notamment dans le domaine migratoire. Comme le craint Human Rights Watch, cette position risque de rendre les pays européens complices des abus commis par le régime.

D’autant que, selon bien des observateurs, les violations massives des droits humains ont l’effet inverse de celui escompté. Cette politique répressive est en effet considérée comme l’un des principaux moteurs du terrorisme islamiste dans la région. Et le rapprochement avec les groupes islamistes, voire la radicalisation, peut être interprété comme la seule alternative à la politique gouvernementale. C’était d’ailleurs une alerte lancée par Ezzat Ghoniem de la Coordination égyptienne pour les droits et les libertés, emprisonné en 2018 avec 13 autres personnes pour avoir fomenté un « complot terroriste en faveur des Droits de l’homme ». Il n’a pas été libéré après avoir purgé sa peine et restait, en avril 2025, arbitrairement détenu. Même sort pour Alaa Abd el Fattah, autre militant des droits humains et icône de la révolution pacifique de 2011.

Paradoxalement, l’État égyptien a conclu au printemps 2024 des accords d’amnistie avec des groupes armés islamistes, tels que Wilayat Sina’, opérant dans le nord du pays, risquant de créer ainsi une politique d’impunité envers certaines factions terroristes, indique Human Rights Watch.

Mais qui pour s’opposer à l’homme fort du régime ? Al-Sissi s’est débarrassé de toute voix dissidente. Dans un 1er temps, plusieurs milliers de radicaux islamistes, dont beaucoup de Frères musulmans, ont été visés par la répression. Les leaders d’opposition laïcs sont eux aussi en prison. Le candidat à l’élection présidentielle de décembre 2023, Ahmed Tantawy, a quant à lui été condamné, ainsi que son conseiller de campagne et 21 militants, à la prison, l’un pour « propagation de fausses informations », les autres pour « utilisation frauduleuse de matériel électoral ». La ficelle est si grosse qu’elle n’a même pas ému la communauté internationale... Selon les ONG, les prisons égyptiennes regorgent de 60 000 à 100 000 prisonniers d’opinion, détenus dans d’atroces conditions, souvent soumis à la torture, privés de procès et qui de toute façon seront condamnés sur décision du régime. Plusieurs centaines ont été exécutés (le nombre d’exécutions en Égypte est l’un des plus élevés au monde). Les disparitions forcées se chiffrent par milliers. Les travaux préalables à l’Examen périodique universel de l’Égypte par l’ONU, début 2025, ont confirmé que les arrestations arbitraires étaient la règle et les assassinats extrajudiciaires fréquents. À cette occasion et en dépit des 3 273 prisonniers graciés, en août 2024, le Royaume-Uni, a dénoncé « la détention arbitraire de défenseurs des droits humains et de journalistes ».

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