Les Corses
Voici donc une île. Une belle île en mer, d'accord ; une île entre le ciel
et l'eau, toujours d'accord, mais une île. Avec des îliens dessus. Bon, commençons
par le début, quand les Corses étaient des montagnards. Autrefois, tout semblait
éloigner les Corses de leur littoral. Jadis repliés dans leurs nids d'aigle,
ils avaient de la plage une conception particulière. Les villageois descendaient
y passer une partie de l'année, avec famille et troupeaux. Puis ils remontaient
dans leurs perchoirs dès que l'été apportait sa première vague de chaleur torride.
Entre les Corses et la mer persiste une relation d'amour et de crainte.
Les Corses inaccessibles, renfermés, farouches ? Non, plutôt les gardiens de
la terre des ancêtres, devenus prudents et réservés après des siècles d'invasions.
On les décrit souvent comme corsetés (gag facile) sous leur carapace d'orgueil
et de fierté. Allons donc ! Vous n'avez rien compris. Ce sont, depuis toujours,
à la fois des îliens et des montagnards. Ombrageux et susceptibles ? Pas plus
que d'autres peuples de la Méditerranée.
Alors, corsés les Corses ? Complexés certainement. Est corse bien souvent, en
réalité, qui a un ancêtre ayant connu les Barbaresques, une arrière-grand-mère
génoise et un cousin fonctionnaire à Paris. Car, ne l'oubliez pas, les élites
corses s'expatrient. Aujourd'hui, 800 000 Corses vivent sur le continent. D'autres
encore aux États-Unis et en Amérique du Sud (deux anciens présidents du Venezuela
étaient d'origine corse), ainsi que dans les Caraïbes (Porto-Rico, première destination des émigrants cap-corsins au XIXe siècle, compterait aujourd’hui 300 000 descendants de Corse).
On les dessine en noir, méfiants. Et alors, pourquoi sauteraient-ils au cou
de gens qu'ils ne connaissent pas ? Ici, le fromage est corse, le vin est corse
et la charcuterie est corse. Bref, ils sont corses et prétendent le rester.
On ne peut leur en vouloir !
Le climat
Le climat en Corse est facile à décrire : de juin à mi-septembre, grand beau
temps assuré. Mais il existe des nuances. Il fait généralement plus chaud dans
le cap Corse qu'à Bonifacio. Bien sûr, l'air est toujours plus frais en montagne
(au-dessus de 500 m) qu'en bord de mer. Prévoyez toujours une petite laine dans
l'intérieur du pays. Attention aussi aux orages, brefs mais violents, qui éclatent
dans l'intérieur souvent à la fin de l'été (septembre-octobre), entraînant des
inondations parfois ravageuses. Malgré tout, les pluies
sont vraiment rares : pas plus de 50 jours par an !
Certains jours, le vent souffle très fort : le libeccio, venant du sud-ouest, sec et chaud, et le mistral, plus violent.
Et puis il y a de la neige : en altitude, elle peut persister jusqu'à mi-juin,
voire début juillet...
Les meilleures périodes pour aller en Corse et éviter canicule et flots de touristes
sont avril, mai (attention toutefois : curieusement, ce mois de mai est parfois
pluvieux en Corse), juin, septembre et octobre. Et au printemps, le maquis est en fleurs !
Enfin, détail important : la température de l'eau (sur les côtes) est en moyenne
de 15 oC en hiver et de 25 oC en été.
L’écologie
La Corse est la région française la mieux préservée écologiquement. Rien d'étonnant à cela : l'absence quasi-totale d'industries
lui a permis de conserver une atmosphère et des eaux saines. C'est aussi, paradoxalement,
la région qui investit financièrement le plus dans la protection de l'environnement
: la faune est protégée, de nombreuses essences sont préservées, des dizaines
de sites sont classés, sans parler des réserves naturelles. Bravo ! La Corse
est restée vierge !
Enfin, pas tant que ça ; reste un problème, et de poids : les décharges sauvages,
que vous ne manquerez pas d'apercevoir un peu partout sur l'île. Et les plages
ne sont pas toujours « clean ».
Mais dans l’ensemble, le bilan est très largement positif. D’autant
plus que de nombreuses initiatives (souvent bénévoles) œuvrent
pour la restauration et la mise en valeur du patrimoine, ou le nettoyage des
plages. Bravo !
Fin 2002, une opération de nettoyage menée sur le cap Corse a permis de récupérer 1 000 carcasses qui se croyaient biodégradables… Beaucoup se mobilisent pour résoudre ce problème des décharges.
Non, sérieusement, côté environnement, la Corse va bien, mais il y a danger sur le
littoral. En effet, de plus en plus de complexes hôteliers et résidences
privées fleurissent sur les côtes de la Corse, aux dépens
de la faune et de la flore. Les convoitises sont nombreuses et représentent
un vrai risque pour le patrimoine naturel de l’île. Les Corses doivent
rester vigilants. Plusieurs institutions (observatoire de l’environnement
corse, conservatoire du littoral, …) travaillent d’arrache-pied
à préserver l’île de Beauté.
La faune et la flore
La faune
La Corse conserve une faune intéressante, mais finalement pas très riche.
- En montagne, l'aigle royal règne dans les cieux aux côtés du gypaète barbu,
de l'épervier, du faucon du balbuzard pêcheur ou de la sittelle corse, espèce
endémique à la Corse.
- Parmi les mammifères, le mouflon fait figure d’emblème de la Corse intérieure. Mais le sanglier est bien plus présent. Les cerfs corses sont plus petits que ceux du continent. Il en va de même pour les vaches et les moutons de race corse, assez petits et résistants. En revanche, les « cochons sauvages », des porcs élevés en semi-liberté, sont de sacrés bestiaux.
- Tortue d'Hermann et couleuvre sont les reptiles corses. Rien de bien méchant
donc (pas de vipères en Corse).
- La faune aquatique est celle habituelle de la Méditerranée (rascasse, loup, rouget, sardine...), mais les plongeurs ont la chance de pouvoir observer des espèces assez rares : mérous, dentis, murènes et liches. Aux dernières nouvelles, on commence même à voir des barracudas, à cause du réchauffement des eaux de surface en Méditerranée. Notons aussi les anguilles de l’étang de Biguglia, les moules de l’étang de Diana et les huîtres d’Urbino. La langouste passe rapidement de la mer à l’assiette.
La flore
Contrairement aux autres îles de la Méditerranée, beaucoup plus arides et pelées,
la Corse est une île verdoyante, la plus verte même du monde méditerranéen.
On est frappé en Corse par la richesse et la variété de la flore : 2 835 espèces
différentes ont été recensées. Et, conséquence de l'insularité, on compte 121
espèces ou sous-espèces de plantes sauvages que l'on ne trouve qu'en Corse !
Pour comprendre la flore corse, il faut raisonner par étages.
- L'étage méditerranéen (de 0 à 600 m) : le royaume
du maquis : arbousier, lentisque, ciste, bruyère, asphodèle, myrte, mais également
chêne vert. En bord de mer on trouve l'agave, doté d'une tige élancée pouvant
atteindre 10 m de haut, et le figuier de Barbarie. Enfin, il y a beaucoup d'eucalyptus.
- L'étage méditerranéen supérieur (de 600 à 900 m) :
le châtaignier y règne en maître. La châtaigneraie corse couvre environ
40 000 ha.
- L'étage montagnard (jusqu'à 1 800 m) : le domaine
des pins laricio. On les remarque immédiatement à leurs hauts troncs
droits, pouvant dépasser 40 m. Des géants !
- L'étage subalpin (de 1 800 à 2 100 m) : quelques
plantes intéressantes comme l'aulne odorant, appelé aussi bassu en Corse.
Maquis
Le maquis appartient à l’imaginaire collectif de la Corse. Cette végétation typiquement méditerranéenne, regorgeant de plantes et d’arbustes, forme un grand manteau qui permettait à Napoléon de reconnaître son île les yeux fermés, « grâce à son odeur » justement.
Le maquis ne pousse qu'entre 0 et 600 m, dans ce que les spécialistes appellent
l'étage méditerranéen. Résultat : il prend toute la Corse en écharpe, le long
de la mer. Là poussent des plantes aux noms magiques comme le myrte dont les
fleurs blanches dégagent un parfum sucré et captivant, le ciste de Montpellier
et celui de Crète, la bruyère arborescente. Puis on trouve un autre maquis plus
touffu, plus dense, monde impénétrable formé par des arbustes et des épineux
pouvant atteindre 5, 6, parfois 7 m de haut. C'est le royaume des arbousiers
qui produisent leurs fruits rouges (les arbouses) en automne. Les vaches et
les cochons sauvages s'en régalent. On en fait aussi des liqueurs (pas pour
les cochons). L'autre arbuste couramment répandu dans le maquis dit « élevé » , c'est le chêne vert. Vert toute l'année, quand il ne brûle pas, le maquis
corse se couvre de fleurs au printemps : c’est le moment idéal pour s'y balader. Et
il donne ses fruits en hiver.
Prévoyez au moins une journée de balade dans le maquis pendant votre voyage,
emportez une gourde d'eau et surtout partez tôt le matin car en plein mois d'août
dans l'après-midi, il fait très très chaud !
Essayez de suivre le sentier déjà balisé, comme ces boucles à la journée marquées en orange dans le Parc régional.
Feux de forêt
La première cause des feux de forêt est celle appelée pudiquement « cause pastorale ».
La cause pastorale
Ce joli nom désigne un phénomène malheureusement bien compris ici : une minorité d’éleveurs, pour démaquiser et donner ainsi de l'espace
et du (maigre) pâturage aux (maigres) bestiaux, déclenchent des feux ravageurs.
Très efficace. En fait, cette technique de fertilisation des terres par brûlis,
l'écobuage, est très ancienne ; mais elle était autrefois pratiquée en hiver,
les jours sans vent, et sur une terre largement cultivée, moins inflammable
donc que cette friche qui l'a peu à peu remplacée.
Un léger mieux
Les mesures répressives et des programmes de
prévention (démaquisage, surveillance accrue des départs de feu) ont permis
de réduire sensiblement les feux de forêt.
Malheureusement, l’année 2003 a marqué une sévère rechute, rappelant que la forêt corse est en perpétuel danger. 2004 et 2005 ont été moins dramatiques, mais le cap Corse et la forêt de Bonifato ont souffert. On constate qu’en Corse-du-Sud, 40 à 50 % des feux sont d’origine humaine volontaire alors qu’en Haute-Corse, ce sont 90 % qui seraient attribués à l’homme….
Quelques consignes
- Ne pas allumer le feu entre le 1er juillet et le 30 septembre
- Éviter d’aller en forêt lorsque la météo
prévoit des risques de propagation d’incident (vents forts et forte
chaleur)
- En cas d’incendie, regagner des zones signalées s’il y
en a. Dans le cas contraire, réfugiez-vous dans le lit d’une rivière,
ou sur un point en hauteur afin que les secours puissent vous repérer.