L'histoire de Budapest remonte au moins aux Romains, qui l'appellent Aquincum et en font un castrum sur les frontières de l'empire. Des ruines, à Óbuda, témoignent de cette présence passée. Faite capitale de la Pannonie inférieure en 106, la cité atteint au moins 30 000 habitants à la fin du siècle. Tombée aux mains des Avars et des Huns au IVe siècle, elle voit bientôt débarquer Attila et ses hordes, qui s'y installent pour mieux achever de détruire l'empire romain.
La ronde des envahisseurs
La ville entre dans une période obscure. Période formatrice, en vérité, marquée par l'arrivée des Hongrois au IXe siècle et l'avènement, vers l'an 1000, du royaume christianisé de Hongrie. La cité est détruite par les Mongols en 1241, se relève doucement, pour être finalement consacrée capitale en 1361.
Un siècle et demi plus tard, un nouvel ennemi se présente à ses portes : les Ottomans s'emparent de Pest en 1526, puis des collines de Buda 15 ans plus tard. Des mosquées, des hammams sont construits. Mais la cité végète désormais sous la férule d'un gouverneur aux attendus très provinciaux.
En 1686, enfin, Charles V de Lorraine la reconquiert pour le compte des Habsbourg autrichiens. Voici un grand chef militaire, qui reprend toute la Hongrie et jusqu'à la Transylvanie.
Lorsque Buda rejoint Pest
Partiellement germanisée (l'allemand devient langue officielle en 1790), la ville connaît une croissance fulgurante grâce à sa position stratégique sur les routes commerciales de l'empire. Au pied des collines de Buda, la plaine de Pest se développe plus vite encore. La grande inondation de 1838 favorise l'émergence d'une cité moderne, aux grandes avenues ponctuées de lampes à gaz.
En 1849, le gouvernement révolutionnaire réunit une première fois les trois villes sœurs sous une même houlette : Pest, Buda et Óbuda (le vieux Buda). Une décision dénoncée par les Habsbourg, puis finalement entérinée par le gouvernement royal hongrois en 1873 suite à la concession de l'autonomie. La ville prend sa physionomie à peu près définitive après 1890, en s'inspirant des travaux du baron Haussmann. Elle atteint 1 million d'habitants vers 1930. Les trois quartiers sont aujourd'hui réunis par les neuf ponts qui enjambent le Danube. Un Hongrois sur cinq habite la capitale, qui offre 30 % des emplois du pays.
« Paris de l'Est »
Parfois appelée aussi le « Paris de l'Est », Budapest offre deux tempéraments opposés.
Buda la résidentielle, très verte, siège de l'autorité impériale et de la puissance historique, accueille sagement les visiteurs dans le vieux quartier rénové qui grimpe sur ses collines, pour mieux contempler le fleuve.
Pest, industrielle au large, commerçante au cœur, constitue le centre affairé de la capitale. Les instruments du pouvoir s'y sont peu à peu déplacés. C'est aussi la cité nocturne des jeunes, des théâtres, des cabarets, si nombreux dans le quartier juif.
Mais les deux sœurs inversent parfois les rôles, quand Buda swingue sur un air de jazz et que Pest s'enorgueillit de ses élégantes villas bourgeoises. La diversité architecturale est partout surprenante. Tous les styles cohabitent : baroque, classique, romantique, Art nouveau, Bauhaus... d'où un charme ineffable. Celui de la nostalgie ? Du voyage dans le temps ? Budapest est une ville spirituelle, charmeuse, dont on se sent étonnamment complice.