Baroque autrichien
Si le style baroque, tant en peinture et sculpture qu'en architecture, est issu de l'Italie de la fin de la Renaissance, nulle part ailleurs qu'en Autriche (et en Bavière) il n'a trouvé un terreau aussi fertile pour faire éclore autant d'œuvres et de bâtiments remarquables. La conjonction de deux événements historiques y a largement contribué : d'une part, la Contre-Réforme, dopée par la fin de la guerre de Trente Ans (1618-1648), provoque en Autriche un afflux d'artistes catholiques, qui vont s'atteler, sous la férule des jésuites, à rénover les bâtiments religieux ; d'autre part, la fin du péril turc (1683) va générer un boom de la construction encouragé par les Habsbourg. Le goût inné des Autrichiens pour l'apparat, les couleurs et la fête fera que leurs artistes dépasseront vite en talent leurs inspirateurs italiens.
Le baroque se rencontre partout en Autriche : intérieurs d'églises croulant sous la profusion des dorures, façades d'abbayes aux couleurs chatoyantes, colonnes de peste et fontaines monumentales sur les Hauptplatz des villes, palais fastueux aux décors de théâtre, façades bourgeoises en stucs délicats, fresques à la symphonie de couleurs somptueuses sous les voûtes, buffets d'orgue, grands tableaux d'églises...
L'émergence du baroque dans les arts plastiques coïncide avec l'avènement d'une nouvelle musique instrumentale, liturgique ou festive, à la dominante mélodique succédant à la musique polyphonique. Le concile de Trente, véritable machine de guerre de la Contre-Réforme, avait fixé dès la fin du XVIe siècle de nouvelles règles liturgiques permettant aux instrumentistes et solistes de jouer de toutes les facettes de leur talent pour soutenir la pompe des messes chantées en latin.
Pour servir de décor à ce besoin d'emphase, les églises romanes et gothiques sont intégralement rhabillées de neuf. Tout pour le mouvement ! Voilà le credo des artistes du baroque.
Le point d'orgue de ce mouvement est à situer dans l'édification des gigantesques abbayes danubiennes : Sankt Florian, Melk, Altenburg, Göttweig... Outre le caractère spectaculaire de leur architecture, ces abbayes recèlent des trésors de décoration intérieure.
La haute noblesse n'est pas en reste : à l'instar du prince Schwarzenberg, le glorieux vainqueur des Turcs, elle rénove les vieilles demeures médiévales ou se fait bâtir, en périphérie des villes, des palais faits sur mesure, intégrant la profusion d'éléments décoratifs à la nature environnante.
Style rococo
Prolongement pour les uns, perversion pour les autres, le style rococo apporte un raffinement presque maniéré aux réalisations du baroque. Préférant la subtilité à la monumentalité, il se répand en détails savoureux : peintures en trompe l'œil, stucs délicats utilisant à profusion les motifs végétaux, faux marbres et bois sculptés imitant le bronze. Art du faux-semblant, de la théâtralité et de l'illusion d'optique par excellence !