Posté par Mél le vendredi 6 janvier 2006 à 20:26 dans Culture
Bonjour à tous,
Bien sûr, on ne se lasse pas des chefs d'oeuvre de Chamoiseau, Confiant, Glissant, Césaire, Zobel, Delsham, et tous les autres. Mais un nouveau "Grand" de la littérature antillaise est né. Enfin, c'est mon avis. Je dis "un", mais en fait, il s'agit d'une jeune martiniquaise de 33 ans. Même que vous la connaissez. La 'tit chabine qui présente le JT sur la 3. Vous voyez? Oui, Audrey Pulvar, c'est elle!
J'avais bien entendu parler de son premier roman, "L'enfant bois", publié en 2004 (éditions Mercure de France). Il faut dire que Médiatropical, la radio antillaise, à laquelle j'ai toujours une oreille collée, en a longuement parlé. Le prix arc-en-ciel, décerné par la radio, lui a même été attribué l'année dernière. Et voilà que je le trouve tout à fait par hasard à la médiathèque de la ville. Un signe... Hop, je l'embarque.
Un soir de grand froid (ne rigolez pas les gens du pays), je l'ouvre, et... ne le lache plus. D'abord, on croirait que Pulvar est un pseudo de Glissant. Un peu plus loin, on trouve que le style de l'auteur à quelque chose de celui de Chamoiseau. Mais finalement, elle a bien aussi des accents confiantiens cette histoire. Mais en fait, non, il y a quelque chose de plus, quelque chose de... comment dire? Un style parfois incisif, direct. Un vent de modernité... pourtant tellement proche de la tradition, de l'âme antillaise.
Ce roman est pour moi un trait d'union entre ici et là-bas, entre hier et maintenant. J'y ai retrouvé toute MA Martinique. Tout y est : les négrillons cheveux gennen qui frétillent sous le jet d'eau froide au moment du décrassage du soir dans la cour, la grande personne aveugle, tellement grande qu'on ne sait plus si elle est née au cours du siècle ou au siècle dernier, l'infatiguable cultivateur qui s'échine toujours, après un demi-siècle de bons et loyaux services rendus au béké à faire pousser ses ignames et ses 2-3 bananiers, et qui, bien sûr, ne manquera pour rien au monde le moment de rentrer ses bêtes, les senteurs inimitables qui s'échappent de la cuisine, les "Hon"... mais aussi la métropole d'aujourd'hui et tout ce qui va avec, les mutations de la société, les drames...
Bref, un roman 100 % créole, qu'il faudrait déguster page après page mais qu'on ne peut s'empêcher de dévorer. On peut toujours se consoler en se disant qu'on peut le relire, et le relire encore d'une part, et que le deuxième roman d'Audrey Pulvar est en préparation d'autre part.
Chamoiseau a bien fait de pousser Audrey Pulvar à écrire...
Vous trouverez un extrait et un résumé ici :
http://www.mediatropical.com/content/present.php?rubrique=litterature&idlivre=31
"L'enfant bois" paraîtra en livre de poche au printemps.
Mél
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