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Forum Côte d'IvoireChoquéePosté par Béatrice Grandcolas le 13 novembre 2004 à 00:47 dans Expatriation Côte d'IvoireCe jour, je reçois un message agressif me reprochant de conseiller de venir vivre en Côte d'Ivoire. L'auteur ne demande pas si nous allons bien, si les Ivoiriens (ceux qui sont morts ou blessés) vont bien. J'ai été choquée. Ma réponse est reproduite ci-après. L'article cité n'est pas joint mais est à la disposition de tous ceux qui le souhaitent. Oui, je persiste et signe : je continue à conseiller aux personnes de venir vivre en Côte d'Ivoire même après ce qui s'est passé ces derniers jours. Le couvre-feu s'est comme vous le dites vous-même arrêté voici 18 mois et n'a jamais été remis en vigueur. Même à cette époque on se déplaçait d'Accra pour venir s'amuser à Abidjan. Les bars, maquis regrettent le chiffre d'affaires d'alors. Je regrette les longs discussions que nous avions alors entre inconnus qui tels des adolescents se racontaient leurs vies, leurs rêves, leurs états d'âme. Sortir jusqu'à 3/4 heures du matin n'est pas une rumeur mais ce que je pratique chaque fois que je suis à Abidjan (malheureusement pas assez souvent faute de moyens financiers pour le faire. Je dois louer une voiture pour sortir de ma brousse ayant dû utiliser le prix de vente de celle que je possédais pour payer les salaires de mes employés). Le ferais-je demain ? Oui, certainement si je trouve quelque argent pour louer une voiture, payer ma chambre d'hôtel et mes sorties. Donc oui la situation économique est catastrophique ; un investisseur pourra perdre beaucoup ou tout mais comme le dit si justement Gbagbo n'est-il pas ou ne sera-t-il pas un RMIste en France ? ; un expatrié au pire se verra réaffecté. Dans le même sens en pièce jointe, le reportage (mauvaise copie en raison de mes contraintes Internet. Je tiens à votre disposition un exemplaire plus propre.) publié en septembre dernier par MissEbène "le magazine de la femme moderne" publication de RASCOM Editions en région parisienne. Nombreuses sont les parisiennes de 20 ans qui doivent envier la vie de Roseline, Isabelle et Ingrid, une réalité qui incidemment est comparable à la mienne lorsque je suis à Abidjan même si je ne fais plus les boutiques faute de moyens financiers et choisis d'autres établissements lors de mes sorties nocturnes quotidiennes ; une réalité qui est fort différente de celle de mon père âgé de 20 ans en 1942 : d’une famille pourtant aisée, ce dernier ne faisait pas les soldes dans les bons quartiers de Nice où il résidait alors mais se faisait tailler ses vêtements dans les anciens costumes de son père ; la fréquentation d’un restaurant supposant l’apport de tickets était exceptionnelle ; une réalité également fort différente de celle généralement colportée ; une réalité bien différente de celle d'une ville comme Washington, D.C. où j'ai vécu 5 ans, n'avais aucune contrainte financière mais ne dépassait guère les minuits, ne me déplaçais jamais en voiture (la seule et première expérience m'a valu 6 heures au poste de police dans des conditions de racisme et de violence particulièrement traumatisante), et ne connais que 20 % de la ville au bout de ces 5 par ailleurs fort belles années. Donc, je persiste et signe. J'ose et je donne de "tels conseils au gens". Les dégâts humains, financiers, économiques sont immenses. Les mots manquent pour les décrire. Pour Best of Africa, les conséquences sont graves : je suis obligée de remettre au chômage quelques employés ; notre unique véhicule ne circule quasiment plus ; les villageois sont ainsi privés de transport ; nous ne savons pas si nous pourrons (et combien de temps nous pourrons encore) payer nos € 4 500 mensuels quelques jours de retard et nous serons privés d'électricité et d'eau. Nos voisins du village de Dagbego n'auront également plus aucune eau potable. A titre personnel, les conséquences de ce qui est arrivé sont également immenses : je ne verrai à nouveau plus mon fils pour une période indéterminée, son père me l'interdisant, .mon espoir de quitter la Côte d'Ivoire, la brousse pour retrouver enfin ce que j'aime la ville et les pays anglophones s'éloigne alors que lentement, timidement mais réellement, l'activité redémarrait. Depuis deux ou trois mois, je répondais régulièrement à des demandes émanant de l'étranger. Les familles revenaient rendre visite et en profitaient pour séjourner chez nous. Ce samedi à 17 h30, j'envoyais deux devis à nos partenaires russes pour des séjours de pêche au gros en décembre et janvier. Elles viennent de m'écrire inquiètes mais n'annulent pas. La France et les Français ne m'offraient que le chômage. La Côte d'Ivoire et les Ivoiriens m'ont offert un certain espoir. Je leur en reste reconnaissante. En outre, ils furent nombreux amis, relations professionnelles mais également inconnus à nous écrire ou nous téléphoner pour s'enquérir de notre santé et de notre moral. Les Français furent rares, très rares à s'inquiéter de notre sort. Alors oui encore une fois, j'ose donner de tels conseils. Béatrice Grandcolas P.S. 1 : Pour la petite histoire, comme de nombreuses autres personnes, ce dimanche 7 novembre nous fumes victimes de voleurs qui emportèrent nombreux matelas, draps, serviettes, cafetières, mixeurs et autres appareils électro-ménagers, ballons, vélos, etc. outre l'ensemble de nos effets personnels. Il me reste 2 robes ramassées hier dans la brousse par la femme du chef d'un village voisin et données à notre mécanicien Noufou pour moi. Il reste la bibliothèque et l'ensemble de ses livres, les tableaux, poteries et autres objets usuels qui forment ma petite collection personnelle, la baie, les fleurs, les salons et terrasses, le bureau "clients", les tables, chaises, hi-fi, chambres, le ciel toujours bleu, le calme... P.S. 2 : De ma meilleure amie parisienne, je reçois ce jour un message intitulé "Tout perdu" "je me suis fait attaquer comme d'habitude et n'ai plus rien. Merci de m'adresser vos numéros." écrit-elle du micro de son bureau qui a conservé son carnet d'adresses. Depuis que je la connais (novembre 1988), elle s'est fait voler 3 fois et vider son appartement 2 fois place des Ternes puis dans le meilleur Neuilly. P.S. 3 : je n'ai jamais décrit que la réalité, la mienne tout au moins et ne me suis jamais prononcé sur la stabilité du pays. Je n'ai aucune opinion personnelle sur ce sujet. Re : ChoquéePosté par Claire le 15 novembre 2004 à 18:01Bonjour Béatrice, je viens de lire votre témoignage poignant. Je suis étudiante en journalisme et cette semaine, nous réalisons un dossier sur la Cote d'Ivoire... Pourriez-vous m'éclairer sur la question : "Qui sont les résidents français en Cote d'Ivoire ?"... Quelle etait leur situation avant les événements connus actuellement, leur place dans la société, leur travail etc... Appartennaient-ils à la haute société ivoirienne ou, au contraire, la majorité d'entre eux exerçait-elle des métiers comme boulanger, commerçant, postier etc... ? Tous sont-ils partis là-bas pour faire fortune ou simplement par envie de découvrir le pays ? Pourriez-vous me répondre le plus rapidement possible ? Je vous remercie d'avance pour votre témoignage !;) Bon courage, Cordialement, Claire L. Beatrice Grandcolas a écrit : > Ce jour, je reçois un message agressif me reprochant de conseiller de venir vivre en Côte d'Ivoire. L'auteur ne demande pas si nous allons bien, si les Ivoiriens (ceux qui sont morts ou blessés) vont bien. J'ai été choquée. Ma réponse est reproduite ci-après. L'article cité n'est pas joint mais est à la disposition de tous ceux qui le souhaitent. > > Oui, je persiste et signe : je continue à conseiller aux personnes de venir vivre en Côte d'Ivoire même après ce qui s'est passé ces derniers jours. Le couvre-feu s'est comme vous le dites vous-même arrêté voici 18 mois et n'a jamais été remis en vigueur. Même à cette époque on se déplaçait d'Accra pour venir s'amuser à Abidjan. Les bars, maquis regrettent le chiffre d'affaires d'alors. Je regrette les longs discussions que nous avions alors entre inconnus qui tels des adolescents se racontaient leurs vies, leurs rêves, leurs états d'âme. > > Sortir jusqu'à 3/4 heures du matin n'est pas une rumeur mais ce que je pratique chaque fois que je suis à Abidjan (malheureusement pas assez souvent faute de moyens financiers pour le faire. Je dois louer une voiture pour sortir de ma brousse ayant dû utiliser le prix de vente de celle que je possédais pour payer les salaires de mes employés). Le ferais-je demain ? Oui, certainement si je trouve quelque argent pour louer une voiture, payer ma chambre d'hôtel et mes sorties. > > Donc oui la situation économique est catastrophique ; un investisseur pourra perdre beaucoup ou tout mais comme le dit si justement Gbagbo n'est-il pas ou ne sera-t-il pas un RMIste en France ? ; un expatrié au pire se verra réaffecté. > > Dans le même sens en pièce jointe, le reportage (mauvaise copie en raison de mes contraintes Internet. Je tiens à votre disposition un exemplaire plus propre.) publié en septembre dernier par MissEbène "le magazine de la femme moderne" publication de RASCOM Editions en région parisienne. > Nombreuses sont les parisiennes de 20 ans qui doivent envier la vie de Roseline, Isabelle et Ingrid, > une réalité qui incidemment est comparable à la mienne lorsque je suis à Abidjan même si je ne fais plus les boutiques faute de moyens financiers et choisis d'autres établissements lors de mes sorties nocturnes quotidiennes ; > une réalité qui est fort différente de celle de mon père âgé de 20 ans en 1942 : d’une famille pourtant aisée, ce dernier ne faisait pas les soldes dans les bons quartiers de Nice où il résidait alors mais se faisait tailler ses vêtements dans les anciens costumes de son père ; la fréquentation d’un restaurant supposant l’apport de tickets était exceptionnelle ; > une réalité également fort différente de celle généralement colportée ; > une réalité bien différente de celle d'une ville comme Washington, D.C. où j'ai vécu 5 ans, n'avais aucune contrainte financière mais ne dépassait guère les minuits, ne me déplaçais jamais en voiture (la seule et première expérience m'a valu 6 heures au poste de police dans des conditions de racisme et de violence particulièrement traumatisante), et ne connais que 20 % de la ville au bout de ces 5 par ailleurs fort belles années. > Donc, je persiste et signe. J'ose et je donne de "tels conseils au gens". > > Les dégâts humains, financiers, économiques sont immenses. Les mots manquent pour les décrire. Pour Best of Africa, les conséquences sont graves : je suis obligée de remettre au chômage quelques employés ; notre unique véhicule ne circule quasiment plus ; les villageois sont ainsi privés de transport ; nous ne savons pas si nous pourrons (et combien de temps nous pourrons encore) payer nos € 4 500 mensuels quelques jours de retard et nous serons privés d'électricité et d'eau. Nos voisins du village de Dagbego n'auront également plus aucune eau potable. A titre personnel, les conséquences de ce qui est arrivé sont également immenses : je ne verrai à nouveau plus mon fils pour une période indéterminée, son père me l'interdisant, .mon espoir de quitter la Côte d'Ivoire, la brousse pour retrouver enfin ce que j'aime la ville et les pays anglophones s'éloigne alors que lentement, timidement mais réellement, l'activité redémarrait. Depuis deux ou trois mois, je répondais régulièrement à des demandes émanant de l'étranger. Les familles revenaient rendre visite et en profitaient pour séjourner chez nous. Ce samedi à 17 h30, j'envoyais deux devis à nos partenaires russes pour des séjours de pêche au gros en décembre et janvier. Elles viennent de m'écrire inquiètes mais n'annulent pas. > > La France et les Français ne m'offraient que le chômage. La Côte d'Ivoire et les Ivoiriens m'ont offert un certain espoir. Je leur en reste reconnaissante. En outre, ils furent nombreux amis, relations professionnelles mais également inconnus à nous écrire ou nous téléphoner pour s'enquérir de notre santé et de notre moral. Les Français furent rares, très rares à s'inquiéter de notre sort. > > Alors oui encore une fois, j'ose donner de tels conseils. > > Béatrice Grandcolas > P.S. 1 : > Pour la petite histoire, comme de nombreuses autres personnes, ce dimanche 7 novembre nous fumes victimes de voleurs qui emportèrent nombreux matelas, draps, serviettes, cafetières, mixeurs et autres appareils électro-ménagers, ballons, vélos, etc. outre l'ensemble de nos effets personnels. Il me reste 2 robes ramassées hier dans la brousse par la femme du chef d'un village voisin et données à notre mécanicien Noufou pour moi. Il reste la bibliothèque et l'ensemble de ses livres, les tableaux, poteries et autres objets usuels qui forment ma petite collection personnelle, la baie, les fleurs, les salons et terrasses, le bureau "clients", les tables, chaises, hi-fi, chambres, le ciel toujours bleu, le calme... > P.S. 2 : De ma meilleure amie parisienne, je reçois ce jour un message intitulé "Tout perdu" "je me suis fait attaquer comme d'habitude et n'ai plus rien. Merci de m'adresser vos numéros." écrit-elle du micro de son bureau qui a conservé son carnet d'adresses. Depuis que je la connais (novembre 1988), elle s'est fait voler 3 fois et vider son appartement 2 fois place des Ternes puis dans le meilleur Neuilly. > P.S. 3 : je n'ai jamais décrit que la réalité, la mienne tout au moins et ne me suis jamais prononcé sur la stabilité du pays. Je n'ai aucune opinion personnelle sur ce sujet. > Annonces Google
Re : ChoquéePosté par jean claude le 16 novembre 2004 à 05:08que voulez vous qu'on vous dises ?... tout les routards et les Français sont tristent de voir un des derniers Pays d'Afrique perdre la paix et de se trouver en guerre... N'écrivez plus qu'il est rare très rare que nous nous inquiétons pas du sort des Français restés sur place, Vous croyez que c'est en indifférents que nous lisons les vols,agressions, viols, dans la presse?...il suffit de voir le forum stoppé net depuis les derniers évènements, ne nous culpabilisez pas . , Maintenant serait il sage d'aller visiter en touriste un Pays en guerre???? Claire a écrit : > Bonjour Béatrice, > > je viens de lire votre témoignage poignant. > Je suis étudiante en journalisme et cette semaine, nous réalisons un dossier sur la Cote d'Ivoire... > Pourriez-vous m'éclairer sur la question : "Qui sont les résidents français en Cote d'Ivoire ?"... Quelle etait leur situation avant les événements connus actuellement, leur place dans la société, leur travail etc... Appartennaient-ils à la haute société ivoirienne ou, au contraire, la majorité d'entre eux exerçait-elle des métiers comme boulanger, commerçant, postier etc... ? > Tous sont-ils partis là-bas pour faire fortune ou simplement par envie de découvrir le pays ? > > Pourriez-vous me répondre le plus rapidement possible ? Je vous remercie d'avance pour votre témoignage !;) > Bon courage, > > Cordialement, > > Claire L. > > Beatrice Grandcolas a écrit : > > Ce jour, je reçois un message agressif me reprochant de conseiller de venir vivre en Côte d'Ivoire. L'auteur ne demande pas si nous allons bien, si les Ivoiriens (ceux qui sont morts ou blessés) vont bien. J'ai été choquée. Ma réponse est reproduite ci-après. L'article cité n'est pas joint mais est à la disposition de tous ceux qui le souhaitent. > > > > Oui, je persiste et signe : je continue à conseiller aux personnes de venir vivre en Côte d'Ivoire même après ce qui s'est passé ces derniers jours. Le couvre-feu s'est comme vous le dites vous-même arrêté voici 18 mois et n'a jamais été remis en vigueur. Même à cette époque on se déplaçait d'Accra pour venir s'amuser à Abidjan. Les bars, maquis regrettent le chiffre d'affaires d'alors. Je regrette les longs discussions que nous avions alors entre inconnus qui tels des adolescents se racontaient leurs vies, leurs rêves, leurs états d'âme. > > > > Sortir jusqu'à 3/4 heures du matin n'est pas une rumeur mais ce que je pratique chaque fois que je suis à Abidjan (malheureusement pas assez souvent faute de moyens financiers pour le faire. Je dois louer une voiture pour sortir de ma brousse ayant dû utiliser le prix de vente de celle que je possédais pour payer les salaires de mes employés). Le ferais-je demain ? Oui, certainement si je trouve quelque argent pour louer une voiture, payer ma chambre d'hôtel et mes sorties. > > > > Donc oui la situation économique est catastrophique ; un investisseur pourra perdre beaucoup ou tout mais comme le dit si justement Gbagbo n'est-il pas ou ne sera-t-il pas un RMIste en France ? ; un expatrié au pire se verra réaffecté. > > > > Dans le même sens en pièce jointe, le reportage (mauvaise copie en raison de mes contraintes Internet. Je tiens à votre disposition un exemplaire plus propre.) publié en septembre dernier par MissEbène "le magazine de la femme moderne" publication de RASCOM Editions en région parisienne. > > Nombreuses sont les parisiennes de 20 ans qui doivent envier la vie de Roseline, Isabelle et Ingrid, > > une réalité qui incidemment est comparable à la mienne lorsque je suis à Abidjan même si je ne fais plus les boutiques faute de moyens financiers et choisis d'autres établissements lors de mes sorties nocturnes quotidiennes ; > > une réalité qui est fort différente de celle de mon père âgé de 20 ans en 1942 : d’une famille pourtant aisée, ce dernier ne faisait pas les soldes dans les bons quartiers de Nice où il résidait alors mais se faisait tailler ses vêtements dans les anciens costumes de son père ; la fréquentation d’un restaurant supposant l’apport de tickets était exceptionnelle ; > > une réalité également fort différente de celle généralement colportée ; > > une réalité bien différente de celle d'une ville comme Washington, D.C. où j'ai vécu 5 ans, n'avais aucune contrainte financière mais ne dépassait guère les minuits, ne me déplaçais jamais en voiture (la seule et première expérience m'a valu 6 heures au poste de police dans des conditions de racisme et de violence particulièrement traumatisante), et ne connais que 20 % de la ville au bout de ces 5 par ailleurs fort belles années. > > Donc, je persiste et signe. J'ose et je donne de "tels conseils au gens". > > > > Les dégâts humains, financiers, économiques sont immenses. Les mots manquent pour les décrire. Pour Best of Africa, les conséquences sont graves : je suis obligée de remettre au chômage quelques employés ; notre unique véhicule ne circule quasiment plus ; les villageois sont ainsi privés de transport ; nous ne savons pas si nous pourrons (et combien de temps nous pourrons encore) payer nos € 4 500 mensuels quelques jours de retard et nous serons privés d'électricité et d'eau. Nos voisins du village de Dagbego n'auront également plus aucune eau potable. A titre personnel, les conséquences de ce qui est arrivé sont également immenses : je ne verrai à nouveau plus mon fils pour une période indéterminée, son père me l'interdisant, .mon espoir de quitter la Côte d'Ivoire, la brousse pour retrouver enfin ce que j'aime la ville et les pays anglophones s'éloigne alors que lentement, timidement mais réellement, l'activité redémarrait. Depuis deux ou trois mois, je répondais régulièrement à des demandes émanant de l'étranger. Les familles revenaient rendre visite et en profitaient pour séjourner chez nous. Ce samedi à 17 h30, j'envoyais deux devis à nos partenaires russes pour des séjours de pêche au gros en décembre et janvier. Elles viennent de m'écrire inquiètes mais n'annulent pas. > > > > La France et les Français ne m'offraient que le chômage. La Côte d'Ivoire et les Ivoiriens m'ont offert un certain espoir. Je leur en reste reconnaissante. En outre, ils furent nombreux amis, relations professionnelles mais également inconnus à nous écrire ou nous téléphoner pour s'enquérir de notre santé et de notre moral. Les Français furent rares, très rares à s'inquiéter de notre sort. > > > > Alors oui encore une fois, j'ose donner de tels conseils. > > > > Béatrice Grandcolas > > P.S. 1 : > > Pour la petite histoire, comme de nombreuses autres personnes, ce dimanche 7 novembre nous fumes victimes de voleurs qui emportèrent nombreux matelas, draps, serviettes, cafetières, mixeurs et autres appareils électro-ménagers, ballons, vélos, etc. outre l'ensemble de nos effets personnels. Il me reste 2 robes ramassées hier dans la brousse par la femme du chef d'un village voisin et données à notre mécanicien Noufou pour moi. Il reste la bibliothèque et l'ensemble de ses livres, les tableaux, poteries et autres objets usuels qui forment ma petite collection personnelle, la baie, les fleurs, les salons et terrasses, le bureau "clients", les tables, chaises, hi-fi, chambres, le ciel toujours bleu, le calme... > > P.S. 2 : De ma meilleure amie parisienne, je reçois ce jour un message intitulé "Tout perdu" "je me suis fait attaquer comme d'habitude et n'ai plus rien. Merci de m'adresser vos numéros." écrit-elle du micro de son bureau qui a conservé son carnet d'adresses. Depuis que je la connais (novembre 1988), elle s'est fait voler 3 fois et vider son appartement 2 fois place des Ternes puis dans le meilleur Neuilly. > > P.S. 3 : je n'ai jamais décrit que la réalité, la mienne tout au moins et ne me suis jamais prononcé sur la stabilité du pays. Je n'ai aucune opinion personnelle sur ce sujet. > > Re : ChoquéePosté par Béatrice Grandcolas le 19 novembre 2004 à 21:13jean claude a écrit : > que voulez vous qu'on vous dises ?... tout les routards et les Français sont tristent de voir un des derniers Pays d'Afrique perdre la paix et de se trouver en guerre... > N'écrivez plus qu'il est rare très rare que nous nous inquiétons pas du sort des Français restés sur place, Vous croyez que c'est en indifférents que nous lisons les vols,agressions, viols, dans la presse?...il suffit de voir le forum stoppé net depuis les derniers évènements, ne nous culpabilisez pas . , > Maintenant serait il sage d'aller visiter en touriste un Pays en guerre???? > Oui, je le crois non j'en suis certaine. La vie n'y est pas dangeureuse pour un touriste. Les risques d'attentat, de meurtres, de viols sont bien plus importants dans d'autres destinations dites sûres. Je ne culpabilise personne. Je suis choquée, très choquée de voir une information inexacte colportée, répêtée, ressassée. Merci. Re : ChoquéePosté par Béatrice Grandcolas le 19 novembre 2004 à 21:17Claire, Merci de votre chaleureux message et de votre intérêt dans la Côte d’Ivoire. Je vais essayer de répondre le mieux possible à vos questions sachant que n’étant ni journaliste ni historienne, j’ai une information incomplète et de ce fait certainement partiellement fausse. Pour ce qui concerne ma propre situation, j’en ai témoigné notamment sur www.femmexpat.com (à deux reprises), sur www.africaquiz.com et encore sur http://isa-africa.com/souvenirs/index.htm Avant les événements des 6-8 novembre dernier : Les Français étaient nombreux avant l’indépendance et encore dans la période qui a suivi l’indépendance. Le premier Président Houphouët-Boigny était favorable à l’appui de la France et estimait avoir besoin de l’expertise française dans de nombreux domaines y compris fonction publique, enseignement, assistance technique agricole. Ces expatriés (au nombre de 65 000 durant une quinzaine d’année) étaient alors pour la plus grosse partie de leur rémunération pris en charge par le budget de l’Etat ivoirien alors riche. Les crises économiques successives n’ont plus permis à l’Etat ivoirien de supporter ces coûts élevés. Le nombre de coopérants a fortement diminué dès le début des années 1990. Outre ces expatriés assistants techniques au sens large, il existait des Français nés en Côte d’Ivoire (deuxième ou troisième génération) ou plus récemment arrivés dans tous les domaines d’activité (planteurs, commerçants, boulangers en effet, informaticiens, agents de voyage, etc.). Le nombre de Français a plus fortement diminué à partir de l’année 2 000 à la suite du premier coup d’Etat intervenu le 24 décembre 1 999 dans un pays alors considéré comme le « Modèle de réussite et de stabilité de l’Afrique francophone ». Une deuxième forte diminution est intervenue en octobre 2 002 en raison d’un coût d’Etat manqué qui a coupé le pays en deux : un Nord de plus en plus pauvre, un Sud appauvri mais relativement riche et où la vie courante est demeurée agréable. Sans que le pays soit réunifié, les relations entre les deux parties se normalisaient de plus en plus, la circulation devenait plus aisé, les entreprises (tout au moins les petites) avaient recommencé à fonctionner à Bouaké et dans d’autres villes du Nord ou de l’Ouest. Le nombre de Français était à nouveau en croissance depuis quelques mois, la confiance revenant peu à peu. La plupart des Français avaient un revenu au dessus de la moyenne selon des normes occidentales. Une très grande disparité existait néanmoins. Comme indiqué ci-dessus, les métiers étaient divers. Ils recouvraient à peu près tous les secteurs d’activité et constituaient un tissu important de PME-PMI diverses (de 0 employés à plusieurs centaines). Les motivations également me paraissent diverses : certains nés en Côte d’Ivoire restaient dans ce qui était leur seul pays, d’autres venus comme coopérant ou cadre expatrié d’une multinationale restaient à l’issue de leur contrat ou lorsque leur poste était ivoirisé créant alors leur propre entreprise, d’autres essayaient en effet de faire fortune, de découvrir un pays ou encore chassés par une guerre ou des troubles dans un autre pays d’Afrique venaient trouver la tranquillité et la stabilité en Côte d’Ivoire ainsi que le potentiel économique d’une pays riche et doté d’excellentes infrastructures (ce qui demeure vrai par rapport à beaucoup d’autres pays africains). Nombreux avaient été séduits par la gaieté et la gentillesse des Ivoiriens et l’agrément d’une ville qui alliait beaucoup de qualités des pays développés et des pays tropicaux (ce qui demeurait encore vrai le 5 novembre dernier). Durant ces 15 dernières années, certains essayaient ainsi de résoudre des difficultés de chômage en France. A ma connaissance, dans l’histoire récente, jamais un aussi large nombre de Français ne s’est fait rapatrier. En réponse aux messages que nous adressons à nos clients les plus fidèles, à ceux qui avaient réservé pour cette longue fin de semaine (13-15 novembre), les fêtes de fin d’année ou d’autres périodes proches. Les réponses reçues varient entre « nous revenons dès que possible » « nous maintenons notre réservation pour le moment « « nous ne reviendrons jamais en Côte d’Ivoire » cette dernière phrase déclinée sous différents modes : tristesse, regret, agressivité, soulagement… J’espère avoir répondu à vos questions. Je reste à votre disposition pour toute autre information compléter que vous jugeriez utile et vous souhaite un excellent dossier. Béatrice Grandcolas. P.S. 1 : « LES FRANCAIS DANS LE MONDE » (magazine RFI qui passe le samedi je crois) doit consacrer sa prochaine émission à la Côte d’Ivoire. Vous devriez y trouver d’autres perceptions, des témoignages de personnes qui ont vécu plus longtemps que moi en Côte d’Ivoire. P.S. 2 : je serais intéressée par votre rapport si possible. Re : ChoquéePosté par Catherine Denis le 20 novembre 2004 à 18:55Choquée par se qui s'est passée (c'etait la premiere fois que je m'y rendais)car j'étais a abidjan mais desireuse avant tout de pouvoir recuperer un visa et repartir la bas rapidement afin de voir mes amis francais restés (ils n'ont pas voulu abandonner leurs illusions), et surtout tous ces ivoiriens qui m'ont fait chaud au coeur en m'accueillant comme si j'avais toujours vecu a coté d'eux. il ne faut pas laisser tomber les ivoiriens qui ne demandent qu'a vivire en paix, et qui sont si sympathiques. Beatrice Grandcolas a écrit : > Ce jour, je reçois un message agressif me reprochant de conseiller de venir vivre en Côte d'Ivoire. L'auteur ne demande pas si nous allons bien, si les Ivoiriens (ceux qui sont morts ou blessés) vont bien. J'ai été choquée. Ma réponse est reproduite ci-après. L'article cité n'est pas joint mais est à la disposition de tous ceux qui le souhaitent. > > Oui, je persiste et signe : je continue à conseiller aux personnes de venir vivre en Côte d'Ivoire même après ce qui s'est passé ces derniers jours. Le couvre-feu s'est comme vous le dites vous-même arrêté voici 18 mois et n'a jamais été remis en vigueur. Même à cette époque on se déplaçait d'Accra pour venir s'amuser à Abidjan. Les bars, maquis regrettent le chiffre d'affaires d'alors. Je regrette les longs discussions que nous avions alors entre inconnus qui tels des adolescents se racontaient leurs vies, leurs rêves, leurs états d'âme. > > Sortir jusqu'à 3/4 heures du matin n'est pas une rumeur mais ce que je pratique chaque fois que je suis à Abidjan (malheureusement pas assez souvent faute de moyens financiers pour le faire. Je dois louer une voiture pour sortir de ma brousse ayant dû utiliser le prix de vente de celle que je possédais pour payer les salaires de mes employés). Le ferais-je demain ? Oui, certainement si je trouve quelque argent pour louer une voiture, payer ma chambre d'hôtel et mes sorties. > > Donc oui la situation économique est catastrophique ; un investisseur pourra perdre beaucoup ou tout mais comme le dit si justement Gbagbo n'est-il pas ou ne sera-t-il pas un RMIste en France ? ; un expatrié au pire se verra réaffecté. > > Dans le même sens en pièce jointe, le reportage (mauvaise copie en raison de mes contraintes Internet. Je tiens à votre disposition un exemplaire plus propre.) publié en septembre dernier par MissEbène "le magazine de la femme moderne" publication de RASCOM Editions en région parisienne. > Nombreuses sont les parisiennes de 20 ans qui doivent envier la vie de Roseline, Isabelle et Ingrid, > une réalité qui incidemment est comparable à la mienne lorsque je suis à Abidjan même si je ne fais plus les boutiques faute de moyens financiers et choisis d'autres établissements lors de mes sorties nocturnes quotidiennes ; > une réalité qui est fort différente de celle de mon père âgé de 20 ans en 1942 : d’une famille pourtant aisée, ce dernier ne faisait pas les soldes dans les bons quartiers de Nice où il résidait alors mais se faisait tailler ses vêtements dans les anciens costumes de son père ; la fréquentation d’un restaurant supposant l’apport de tickets était exceptionnelle ; > une réalité également fort différente de celle généralement colportée ; > une réalité bien différente de celle d'une ville comme Washington, D.C. où j'ai vécu 5 ans, n'avais aucune contrainte financière mais ne dépassait guère les minuits, ne me déplaçais jamais en voiture (la seule et première expérience m'a valu 6 heures au poste de police dans des conditions de racisme et de violence particulièrement traumatisante), et ne connais que 20 % de la ville au bout de ces 5 par ailleurs fort belles années. > Donc, je persiste et signe. J'ose et je donne de "tels conseils au gens". > > Les dégâts humains, financiers, économiques sont immenses. Les mots manquent pour les décrire. Pour Best of Africa, les conséquences sont graves : je suis obligée de remettre au chômage quelques employés ; notre unique véhicule ne circule quasiment plus ; les villageois sont ainsi privés de transport ; nous ne savons pas si nous pourrons (et combien de temps nous pourrons encore) payer nos € 4 500 mensuels quelques jours de retard et nous serons privés d'électricité et d'eau. Nos voisins du village de Dagbego n'auront également plus aucune eau potable. A titre personnel, les conséquences de ce qui est arrivé sont également immenses : je ne verrai à nouveau plus mon fils pour une période indéterminée, son père me l'interdisant, .mon espoir de quitter la Côte d'Ivoire, la brousse pour retrouver enfin ce que j'aime la ville et les pays anglophones s'éloigne alors que lentement, timidement mais réellement, l'activité redémarrait. Depuis deux ou trois mois, je répondais régulièrement à des demandes émanant de l'étranger. Les familles revenaient rendre visite et en profitaient pour séjourner chez nous. Ce samedi à 17 h30, j'envoyais deux devis à nos partenaires russes pour des séjours de pêche au gros en décembre et janvier. Elles viennent de m'écrire inquiètes mais n'annulent pas. > > La France et les Français ne m'offraient que le chômage. La Côte d'Ivoire et les Ivoiriens m'ont offert un certain espoir. Je leur en reste reconnaissante. En outre, ils furent nombreux amis, relations professionnelles mais également inconnus à nous écrire ou nous téléphoner pour s'enquérir de notre santé et de notre moral. Les Français furent rares, très rares à s'inquiéter de notre sort. > > Alors oui encore une fois, j'ose donner de tels conseils. > > Béatrice Grandcolas > P.S. 1 : > Pour la petite histoire, comme de nombreuses autres personnes, ce dimanche 7 novembre nous fumes victimes de voleurs qui emportèrent nombreux matelas, draps, serviettes, cafetières, mixeurs et autres appareils électro-ménagers, ballons, vélos, etc. outre l'ensemble de nos effets personnels. Il me reste 2 robes ramassées hier dans la brousse par la femme du chef d'un village voisin et données à notre mécanicien Noufou pour moi. Il reste la bibliothèque et l'ensemble de ses livres, les tableaux, poteries et autres objets usuels qui forment ma petite collection personnelle, la baie, les fleurs, les salons et terrasses, le bureau "clients", les tables, chaises, hi-fi, chambres, le ciel toujours bleu, le calme... > P.S. 2 : De ma meilleure amie parisienne, je reçois ce jour un message intitulé "Tout perdu" "je me suis fait attaquer comme d'habitude et n'ai plus rien. Merci de m'adresser vos numéros." écrit-elle du micro de son bureau qui a conservé son carnet d'adresses. Depuis que je la connais (novembre 1988), elle s'est fait voler 3 fois et vider son appartement 2 fois place des Ternes puis dans le meilleur Neuilly. > P.S. 3 : je n'ai jamais décrit que la réalité, la mienne tout au moins et ne me suis jamais prononcé sur la stabilité du pays. Je n'ai aucune opinion personnelle sur ce sujet. > Annonces Google
Emue et heureusePosté par Béatrice Grandcolas le 20 novembre 2004 à 20:04Emue et heureuse Merci Cathie de votre chaleureux message. Je suis heureuse de savoir que vous avez aimé la Côte d’Ivoire malgré la bine mauvaise période que vous avez choisie, heureuse que vous ne m’en vouliez pas de vous avoir conseillé ce voyage. Heureuse et émue de la gentillesse de vos propos et de votre désir de revenir. J’espère que nous pourrons alors faire connaissance et que vous aurez un peu de temps pour visiter notre paradis. |