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Retour d'Iran août 2009

Posté par patvaeniran le lundi 17 août 2009 à 09:02 dans Itinéraires

JOURNAL DE BORD SUR L’IRAN - Départ le 29 juillet 2009




PREAMBULE

Pourquoi avoir choisi l'Iran ? Question posée des dizaines de fois : simplement parce que c' est un pays qui sent bon l'aventure.
Pour obtenir mon visa j'ai du me rendre 2 fois à l'Ambassade d'Iran à Paris, monter un dossier à peine croyable (y compris copie de mon contrat de travail) et me faire prendre les empreintes digitales car en juillet 2009, 50% des visas sont refusés : l'Iran se mérite!

Je suis parti en Iran sac à dos sans aucune réservation dans un esprit d'ouverture complet sans apriori afin de comprendre au mieux les iraniens. J'y ai fait énormément de rencontre avec comme seul arme un grand sourire que je gardai du matin au soir.
Ce journal de bord écrit au jour le jour ne détaille jamais les monuments visités (mes 400 photos sont là pour ça) mais simplement relate mes rencontres (sans aucun lien pécunier évidemment sauf pour mon guide de haute montagne).


Jour 1

Le trajet aller en avion est très cool avec comme voisine de siège une népalaise de 22 ans qui vient de faire 1 an à Sciences Po Paris et avant ça 3 ans à l'Université de New Dehli.
J'atterri le soir à Shiraz au Sud de l'Iran, tous les vols atterrissant et décollant de nuit, allez savoir pourquoi ! Le film "Midnight Express" se déroulait en Turquie et pourtant je ne peux m'empêcher de revoir la scène de l’aéroport (l’ambiance, la nuit, l’inconnu,…) et pourtant le passage en douane, bien que stressant est facile. A la sortie de l'aéroport je ne passe pas inaperçu au milieu de la foule d'iranien.


Jour 2 SHIRAZ

La journée, je visite de Persépolis et de Nécropolis avec un guide.
En fin d'après midi, je me perds volontairement dans le bazar et un superbe parfum envoutant me donne l'odeur de la Perse. Je rencontre un jeune iranien dans ce bazar, il n'a rien à vendre et souhaite juste approfondir son anglais (il n'est pas aidé avec moi !). Il me fait visiter une mosquée, nous mangeons une glace et buvons un verre, c'est sympa.
Le soir je trouve un resto traditionnel iranien avec musicien et c'est bon (mes premiers kebabs, une sorte de brochette d'agneau, plat national). Je suis le seul européen sur 150 personnes et il n'y a aucune indication en anglais sur la carte (uniquement en farsi). Toutes les filles gardent leur foulard pour manger, elles sont jolies et me sourient. A table, ils semblent que se soient les iraniennes qui mènent les conversations.

Jour 3

Le matin, je visite les différents jardins dont la ville est réputée et les tombeaux de Saadi et Hafez (des poètes dont les iraniens connaissent des vers par cœur)

En me baladant l'après midi dans le bazar, un vieillard sans âge me dit qu'il a fait l'Indochine avec l'Armée française et, après discussion de tout et de rien, il me propose de pénétrer à l'intérieur d'une école coranique : j'y rencontre 2 étudiants de 17 ans qui m'expliquent leur religion. Je pus également pénétrer dans une mosquée assez impressionnante par sa taille.

Le soir j'ai ensuite envie de me rendre à Asadi Parc car j'ai appris que la nuit précédente y avait eu lieu une manifestation contre le régime. Sur place, plein de monde qui s'amuse et une jeune étudiante de 23 ans, Neda, m'accoste et me demande si on peut parler. On prend ensemble un narguilé (c'est la coutume !), on boit un verre et on refait le monde (iranien surtout). C'est une iranienne de Shiraz qui fait ses études à Téhéran. C'est super sympa et je l'invite à manger un morceau au restaurant (il est 22h). On prend un taxi et on va d'abord dans un grand centre commercial ultra moderne où l'on dit bonjour à ses copains (j'ai un peu l'impression d'être un trophée qu'elle montre mais c'est pas désagréable sachant que je n'irai pas plus loin). Ensuite elle me présente à ....sa famille (au secours !). Bon enfin nous allons manger au resto (ouf !). C'est une superbe soirée où elle m'explique l'Iran d'aujourd'hui (vue d'une étudiante un peu idéaliste et éprise de liberté qui rêve d'aller aux USA).
Neda téléphone ensuite à un de ses copains et nous allons faire le sport favori de la jeunesse iranienne : se balader en voiture sur les grandes artères de la ville. Vers 1h00, ils me ramènent à mon hôtel après que j'ai pu la prendre en photo sans son foulard (après avoir obtenu son accord évidemment). Il n'est pas prévu de manifestation cette nuit, dommage !


Jour 4 YAZD

Je voyage en bus collectif vers Yazd, une iranienne vient me parler dans ce bus et en 5 mn j'ai son numéro de téléphone (trop fort !) : elle est de Shiraz et va voir sa sœur à Yazd.
En fin d'après midi, je me promène dans le vieux Yazd : superbe. J'ai vraiment l'impression d'être un aventurier des temps modernes : seul au fin fond de l'Iran, c'est absolument grisant. La nuit, je fais des ruelles de 1m de large sans personne et je me sens bien. J'ai pris le thé dans un vieux caravansérail et je n'ai plus envie d'en repartir. A 23 h je rentre à l'hôtel après avoir mangé dans la rue pour moins de 1 € boisson comprise : personne ne comprend l'anglais, même pas les taxis et c'est géant.
Je reste tard dans les jardins de mon hôtel allongé sur des tapis à boire le thé, même à l'hôtel, personne ne parle anglais.


Jour 5

J'ai trouvé un super guide, un zoroastrien appelé Lorian. Il m'a fait visiter Kannagh, Meibot et surtout Tchak tchak : c'est une grotte qui correspond à notre Lourdes pour les zoroastriens sauf que j'étais tout seul. J'ai réussi à me faire ouvrir une énorme porte pour pénétrer au fond de la grotte et c'était un moment un peu magique avec encens et tout et tout.
L'après midi, je me suis encore baladé dans la vieille ville et j'ai pris le thé dans une vieille maison de 200 ans avec des étudiants tchèques : on a encore refait le monde et je me suis revu avec eux 20 ans en arrière.
J' ai mangé ce soir du chameau sur le toit d'un restaurant (un peu semblable à notre bœuf bourguignon). Je suis à l'hôtel allongé avec tapis et coussin et je me sens toujours aussi bien : j'attends le plan galère mais il n'y en a toujours pas pour l'instant (ça viendra dans les montagnes en fait !). Demain je pars pour Ispahan : c'est la ville qui m'a fait rêver et m'a lancé dans ce projet (lire "sauver Ispahan" de Ruffin)


Jour 6

Ce matin j'ai pris mon temps, il faut dire que j'avais un coup de fatigue. J'ai cherché une pâtisserie très connu dans mon guide mais totalement inconnu des iraniens et je ne l'ai jamais trouvé .
Le bus pour Ispahan est parti de la gare centrale à 13h pour arriver à 18h, ce fut fatigant.
Le premier hôtel de ma liste n'existant plus, j'ai trouvé par hasard un hôtel familial incroyable, un petit caravansérail magnifique et je m'y sens bien. J'ai passé la soirée sur la grandiose place de l'Imam : tout est beau et tout le monde est gentil avec moi (il faut dire que si je vois un touriste de type européen par jour , c'est le bout du monde).
Il est minuit, je suis tout seul dans mon caravansérail et c'est le top : je suis tellement cool que s'en est effrayant !


Jour 7

Je suis parti seul à la découverte d'Ispahan. Que de belles choses à voir (voir photo évidemment). Je m'y perds un peu mais je finis toujours par retrouver mon chemin en demandant aux iraniens qui ne comprennent d'ailleurs pas un mot d'anglais. Leur gentillesse à mon égard est exemplaire : perdu je cherche la Jameh Mosquée et un iranien m'y amène à pied pendant 20 mn de marche. Je lui propose un billet pour le service rendu, qu'il refuse catégoriquement même en insistant. Heureusement que les petites Tour Eiffel ramenées de Paris sont là (je les offre en cadeaux) car je me sens gêné par tant de gentillesse.
L'après midi, je cherche un monument et Alireza m'aborde pour m'aider et me demander si on peut parler. Comme toujours j'accepte volontiers. C'est un étudiant de 20 ans en sciences physiques de l'université gouvernementale (la plus dure au concours d'entrée car gratuite contrairement à l'université Azad payante).
Nous parlons 4 à 5 heures ensemble en buvant le thé ou un coca. On a encore refait le monde (toujours iranien) et évidemment il est pro Moussavi comme toute sa famille et tous les gens qu'il connait (mais qui donc a pu voter pour le Président actuel ?). Cependant après une heure de discussion politique, toutes les questions qu'il me posait concerné....les filles ! Comment drague t on en France ? Il avait les yeux qui brillaient quand je lui ai expliqué qu'avant le mariage, la plupart des hommes avaient connus d'autres filles et inversement pour les femmes (impensable pour un iranien !). Mais le summum fut atteint quand je lui ai dit que sur les plages françaises, beaucoup de femmes étaient seins nus et que tout le monde trouvait cela normal (leurs plages à eux sont séparées : une pour les femmes, une pour les hommes). Il fut très surpris quand il a vu la photo de la jeune étudiante de Shiraz sans son tchador et on a beaucoup ri : un super moment évidemment !
Après l'avoir quitté vers 22h, je suis allé boire un thé à l'hôtel Abassi, le plus vieille hôtel du monde (transformé en 5 étoiles bien sur). Du hall de l’hôtel, j’aperçois 3 grosses Mercedes noires aux vitres fumées qui débarquent en trombe juste devant l’hôtel, encadrées par 2 voitures de police avec gyrophares et sirènes. En dehors du Président Ahmadinejad, je ne connais pas les visages des gens importants en Iran, mais ceux-là devait surement l’être. Je n’ai pas osé faire de photos direct mais après coup j’ai photographié discrètement les gardes du corps (des costauds avec toujours la main sous la veste…) : très impressionnant.
Et voilà, je me retrouve de nouveau dans mon oasis de caravansérail où je loge et je suis d’une sérénité incroyable. Je décide donc de prolonger Ispahan et de supprimer Quom car c’est vraiment merveilleux.


Jour 8

Je commence ma journée comme un grand con en m’éclatant la tête sur une porte basse et comme il y a du sang partout (cuir chevelu touché sans gravité), ils veulent m’emmener à l’hôpital : je n’ai pas le temps et je me soigne avec ma trousse de secours.
Du coup je prends mon temps et je vais me balader sans but précis. Après être sorti du bazar (plein d’achat évidemment), un jeune m’accoste (encore un) mais je tombe pour la première fois sur quelqu’un qui soutien Ahmadinejad. Il m’explique que seuls les femmes ont voté pour Moussavi pour la seule raison d’un argument qu’il appelle « animal » : pouvoir petit à petit se débarrasser du tchador. Je lui explique qu’il est le premier que je rencontre pro Ahmadinejad et que l’abandon du tchador est un symbole de liberté pour la femme mais bon, mon argumentation ne l’a pas touché (au fait, il n’a que 18 ans et n’a pas pu voter aux derniers élections !).
Après avoir fait le tour des fameux ponts d’Ispahan, je tombe sur 4 jeunes dont Hassani et Mehdi qui me proposent de manger des fruits avec eux (à la mode iranienne, c’est-à-dire sur une natte dans un parc après avoir enlevé ses chaussures évidemment). J’ai joué aux cartes, une sorte de belote simplifiée, avec eux tout l’après midi et on a ri à ne plus en finir : un très bon moment.


Ce sont des jeunes de 18 à 22ans qui sont en mécanique (une sorte de bac pro évolué) et donc ce ne sont pas des « intellectuels » mais cela aura été un des meilleurs moments de mon périple : pour info la moitié ne vont à la mosquée qu’une fois par an (comme de nombreux catholiques !), 1 une fois par semaine (le vendredi) et le dernier est par contre un peu plus assidu. J’ai appris également que dans presque chaque famille, il y avait une petite réserve d’alcool fort, fait souvent discrètement dans la cave avec des fruits macérés. Je les ai quittés avec un peu de mal en raison de leur franchise sur de nombreux sujets (ah les filles !) et leurs rires communicatifs.
Voilà je vais à mon merveilleux caravansérail pour préparer mon sac à dos et surprise, un groupe de filles destinées à être architecte sont en train de faire des esquisses à l’intérieur de l’hôtel. J’engage d’abord la parole avec leur professeur qui est de sexe masculin, ce qui me donne ainsi le droit de converser avec chacune d’elle. Elles sont timides tout d’abord mais n’attendent que ça : que je vienne leur parler (elles « gloussent » entre elles et me regardent avec de grands sourires). Je suis une fois de plus l’attraction du moment.
Avant de partir (je n’y arrive vraiment pas), je vais en soirée boire un dernier thé sur une terrasse en hauteur qui domine la place de l’Iman. Je sympathise avec un italien et également un jeune couple de français qui font le tour du monde en 11 mois (les veinards !).
Et en route pour la gare d’Ispahan, mon train étant de nuit : sur quoi vais-je tomber ?


Jour 9

Encore un moment hors du commun ! Nous sommes 6 hommes dans un tout petit compartiment qui se transformera en couchette après minuit. Malgré leurs mines patibulaires, je demande si quelqu’un parle anglais histoire d’engager la conversation. Il y en a qu’un, Amir, qui parle aussi bien que moi, c’est-à-dire en petit nègre. Mais du coup, c’est lancé et même ceux qui ne parlent pas anglais me posent plein de questions. On a ri jusque tard dans la nuit avant d’aller se coucher. La nuit ne fut par contre pas terrible du tout sur une banquette de 60 cm de large avec quelqu’un au-dessus et en -dessous. Le train s’est arrêté à 6h en rase campagne et tout le monde est sorti prier (ah bon !). Comme j’avais bien sympathisé avec Amir, un étudiant de haut niveau marié, il me propose de me guider dans Téhéran pour trouver un hôtel. J’ai oublié de signaler qu’il m’a montré de nombreuses photos et films de manifestation et qu’il pense qu’il y en aura une ce soir : je m’arrête donc à Téhéran une journée avant d’aller dans le Nord.
Téhéran n’est vraiment pas agréable : pollution, bruit, un monde fou…mais je ne suis pas là pour m’amuser ! Heureusement pour se déplacer il y a un métro de qualité supérieur à celui de Paris.
J’erre dans la journée mais depuis ce matin, je suis un peu malade pour la première fois avec coliques et diarrhée (heureusement j’ai les médicaments qu’il me faut, merci mon oncle).
En me baladant l’après midi, un vieil homme m’aborde. C’est un ingénieur à la retraite qui parle très bien anglais et nous discutons au moins une heure (sympa ça me change des étudiants).
Le soir, la ville est quadrillée par l’armée et je passe à 1 m des fameuses motos volantes : 25 motos alignées, montées par 2 baraqués et pas un sourire alors qu’ils me dévisagent tous pendant que je passe (c’est impressionnant et je n’ose pas faire de photo). Plus loin c’est carrément des véhicules blindés militaires qui sont en position. Finalement, malgré des klaxonnements continuels toute la soirée, il n’y aura pas de manifestation (zut encore raté !).
Je suis encore malade ce soir et ça ne va pas être facile pour l’escalade.
Ah oui, je n’en ai pas encore parlé mais je compte grimper au sommet du mont Damavand à 5.700 m et j’ai amené tout le matériel. En effet j’avais lu dans un livre en 2 lignes que cette montagne pouvait être accessible avec un peu de chance aux non-alpinistes mais uniquement au mois d’aout : ça m’avait tenté car je n’ai jamais fait de montagne en dehors du ski !


Jour 10 MONT DAMAVAND

Mais dans quelle galère je m’engage encore. J’ai une gastro et malgré ça je viens de prendre la route pour Reyneh, un petit village de haute montagne situé à 2.000 m que personne à Téhéran ne connait. De toute façon, à chaque fois que je leur disais que j’allai escalader le Mont Damavand, ils me prenaient pour un fou (tiens comme tout ceux en France quand je leur disais que j’allais tout seul sans réservation en Iran !). Arrivé dans ce petit village perdu que mon chauffeur a eu tout le mal du monde à trouver (c’est moi qui devait le guider !), je me mets à la recherche d’un guide de haute montagne.
Un jeune iranien me met alors en contact avec Reza, un guide du village. Après une réunion commune de 2h (ce qu’ il faut emmener, ce que j’ai avec moi, établissement d’un camp de base, négociation du prix,…), je commence à me demander si je n’exagère pas un peu et si je ne devrai pas arrêter mes conneries : dans le livre d’or de la station, nombreux sont ceux qui n’ont pas réussi à aller jusqu’au sommet et en plus, il y a une dizaine de mort chaque année dont le frère et le neveu de Reza.
Si je n’avais pas été malade, je serai plus confiant en moi mais là, il faut dire que j’ai une très mauvaise appréhension. Départ prévu à 6h30, Inch Allah comme on dit ici.


Jour 11

Et voilà, on roule en 4x4 à 6h du matin à travers des petits chemins de montagne pour monter ainsi à 3200 m: le chemin s’arrête d’un coup. Je met le sac à dos (15 kg) mais je me sens en pleine forme et parfaitement guéri. Nous attaquons les premières pentes et c’est tout de suite assez raide. Nous évoluons ainsi sur des rochers et notre camp de base est prévu à 4.400 m. A mi parcours, je trouve cette montée extrêmement difficile (on est des fois à la limite de la varappe !), alors que j’avais lu que la première partie était plutôt facile. En discutant avec le guide, coup de théâtre ! Il parle très mal anglais et lorsqu’il avait demandé quelle voie je voulais faire, je lui est répondu « I don’t know, easy way ? » et il a compris « no easy way ». Et Merde ! (désolé pour le juron, mais dans la réalité, il était nettement plus fort encore).
Il s’excuse milles fois mais concrètement 2 options restent : on redescend et je me dégonfle lamentablement ou on continue. Evidemment nous continuons et je me cramponne car c’est vraiment dur et épuisant.
A 16h, nous arrivons à son soi-disant camp de base à 4.400m : une simple pierre plate de 3 m² ! Nous montons la tente, mangeons et à 18h dodo. C’est plus que spartiate car même à l’armée en manœuvre dans une tente pour deux, j’étais mieux, c’est dire ! La nuit, la température tombe à -5°C et j’ai froid : une nuit difficile.


Jour 12

A 3h du matin le guide me réveille, nous mangeons et nous rassemblons nos affaires mais le vent est extrêmement fort Reza décide donc d’attendre un peu(Reza a fait la guerre Iran/Irak au front en première ligne et il est aujourd’hui prof de sport). Le vent ne se calmant pas (60 à 80 km/h), nous partons quand même. Nous remontons vers le sommet en bifurquant sur la gauche pour rejoindre la voie plus facile. N’empêche, avant d’atteindre la voie facile, nous sommes, à 6h du matin, complètement bloqué dans notre ascension par un vent de plus en plus fort (rafale de plus de 150 km/h). Le guide ne sait pas quoi faire et nous ne bougeons plus pendant un quart d’heure.
Honnêtement en pleine nuit, bloqué sur une montagne escarpée à 4.700 m en Iran, avec une tempête de vent sur nous, j’ai cru que ma dernière heure était arrivé ! Nom de dieu je n’ai jamais subit un vent aussi puissant de ma vie et même le guide a l’air inquiet (super !). Reza me dit qu’on n’a pas le choix, il faut bouger : c’est sûr qu’on peut pas rester là, on est au milieu de nulle part ! Nous redescendons donc pour rejoindre une voie plus facile à 4.500 m, il est 8h quand nous y arrivons et je suis épuisé.
Reza me donne deux options : on redescend par la voie facile ou on attaque le sommet. Va pour le sommet !
Je sais ça fait un peu fou mais même s’il y a encore du vent, il est bien moindre et la montée de ce côté est nettement plus facile que ce que j’avais fait la veille et le matin même. Par contre c’est épuisant et je ne tiens qu’au moral.
Dans mes mésaventures, la chance me sourit un peu : j’ai pratiquement échappé au mal des montagnes (moi qui est souvent de grosses migraines, c’est un comble !) en prenant simplement de l’aspegic1000 le matin. Il est normalement déconseillé car il fluidifie le sang et donc dangereux en cas de blessure, mais il est par contre très efficace sur mes migraines. En ce qui concerne le manque d’air, bien réel, il suffit simplement de ne pas paniquer, de bien respirer à fond et de rester zen pour calmer le rythme cardiaque mais chaque pas, chaque geste me prouvait que l’oxygène se raréfié.
La dernière phase de montée est très raide et c’est 20 cm par 20 cm que nous progressons. La montagne empeste maintenant le souffre à plein nez, signe que nous y sommes presque.
Victoire, je suis en haut à 5.700 m !
Je suis extrêmement fier de moi et j’ai le sentiment à cette seconde d’être un surhomme, c’est grisant… mais je suis épuisé. Le Mont Damavand (emblème de leur billet de 10.000 rials) ressemble au Fuji Yama et c’est un ancien volcan avec de fortes activités soufrières au sommet.

J’ai juste le temps de faire 5 mn de photo (l’air est dangereux) et c’est reparti pour la descente. C’est là que je réalise que ce n’est pas fini et que tout ce que j’ai monté doit être descendu (le surhomme se dégonfle). De 5.700 à 4.300 m, la descente est relativement bonne mais de 4.300 à 3.200 m (base de départ), j’ai l’impression de réaliser le 13 ème travail d’Hercule. Je n’en peux vraiment plus, je suis vidé. Heureusement que je suis du côté facile et c’est un tout simple chemin contrairement à la veille (je vais l’étrangler ce guide !). D’ailleurs Reza m’a demandé si ça ne me dérangé pas de descendre tout seul car lui va beaucoup plus vite (frimeur !) et il n’y avait qu’un seul chemin sans possibilité de se perdre. Super comme ça je vais vraiment avancé à mon rythme (une simple tortue m’aurait dépassé à ce moment là).

Je ne sens plus mes pieds ni mes jambes, c’est horrible mais au moins je sais que j’ai réussi et ça me porte. Une autre chose me fait avancée : beaucoup d’iranien font la promenade de 3.200 à 4.300 m et me dépassent tous évidemment mais à chaque fois on me dit « Salam » et quand je réponds « hello » en souriant, ils s’arrêtent et parlent avec moi. Evidemment ce n’est que quelques mots car peu parle réellement l’anglais (2 sur les 50 qui m’ont parlé) mais ça me donne toujours du courage de continuer : on m’offre du thé, à manger, à boire,….Ils sont vraiment super ces iraniens.
En plus ils ont l’air à chaque fois très étonné que je sois allé au sommet. C’est sûr que depuis 3 jours, je n’ai pas rencontré le moindre touriste de type européen et je suis une fois de plus l’attraction. Finalement je fais les 2 derniers kilomètres avec une bande de jeune qui ont également gravi le Mont Damavand. Ils ne parlent vraiment pas bien anglais mais on rigole beaucoup. Arrivé à la station de base finale, la plupart de la cinquantaine de personnes avec qui j’avais conversé était encore là et c’est en me marrant que je suis passé de petit groupe en petit groupe pour leur dire un mot et au revoir.
Mon guide n’en revenait pas que je connaisse tous ces gens !
Il est 21h et nous partons dans une sorte de pick up pour fermier à 10 dedans. Reza m’emmène ensuite à Hot Springs, une petite station « thermale » à l’iranienne à 3 km de là. Je vais bien dormir cette nuit et j’ai mérité de m’offrir leur plus grande suite royale (70 m²) à 90 $ la nuit.


Jour 13 TEHERAN

Je ne sens plus mes jambes ou plutôt je ne les sens que trop bien et la douleur est sur toute la partie basse (mollets, cuisses,…). Je vais en fin de matinée, eh oui je ne me suis levé qu’à 9h, me baigner dans leur source d’eau chaude (brulante d’ailleurs) ; ça sent évidement le souffre mais qu’Est-ce que c’est bon !
Mon voyage se terminant, je pars l’après midi pour Téhéran. Mon chauffeur est en fait mon guide de haute montagne Reza dont la femme habite la capitale et, pour une somme modique, il m’y déposera. En chemin nous discutons et cette fois ci je m’aperçois rapidement qu’il est pour Ahmadinejad sans être un fan (et Reza ne va que très rarement à la mosquée) avec une argumentation sensée de montagnard. Pour lui Ahmadinejad a fait beaucoup de travail à l’intérieur du pays, a construit beaucoup de routes et développé les infrastructures comme jamais.

Il me dit également que son Président travaille vraiment pour le pays contrairement au précédent Président Rafsandjani (ou son fils spirituel Moussavi) qui parlait beaucoup pour ne rien faire. Tout son village a voté Ahmadinejad. Par contre pour lui son Président est très mauvais à l’international et aucun iranien ne pense par exemple qu’Israël doit être détruite (ils sont en fait complètement indifférent à Israël).
Je me suis trouvé un grand hôtel vraiment sympa à Téhéran et il faut dire qu’après la haute montagne, je suis content de retrouver beaucoup de monde.
Je m’offre un délicieux thé dans une maison de thé traditionnelle en Iran et je me sens vraiment bien au milieu de tous ces iraniens qui fument le narguilé. Le soir j’assiste à un banquet et c’est toujours marrant de voir une table pour les hommes, une pour les femmes, une pour les enfants…et une semble-t-il pour les jeunes filles à la recherche d’époux. Pour information et d’après ce que m’ont dit plusieurs étudiants, c’est devenu internet le principal « marieur » du pays. Ben oui, ils ne peuvent jamais se rencontrer (les couples sont rares dans la rue) et internet offre donc le meilleur, sinon le seul, moyen de communication libre entre garçons et filles.


Jour 14

Aujourd’hui pas de stress et donc visite du Golestan palace et du musée des Joyaux de la Couronne. Je suis également à la recherche de touristes car cela fait 5 jours que je n’ai pas vu un seul européen.
J’en profite ici pour tirer un bilan sur leur nourriture : 2 semaines est un maximum qu’on puisse tenir, il fait être honnête. J’ai mangé midi et soir des plats 100% iraniens, souvent sur des cartes écrites en farsi (perse) je tirais le plat au hasard et j’ai mangé dans des restos ou dans la rue, mais le résultat final n’est pas terrible (sinon on trouverait des restos iraniens dans tout Paris). Seule leur brochette de filet d’agneau (Kebab) tient la route. Vivement une bonne entrecôte !
Un autre bilan : leur intégrisme religieux ! Il n’existe pas en fait. La grande majorité des iraniens ne vont qu’épisodiquement à la Mosquée mais ont tous en tête les valeurs morales de l’Islam (ce sont d’ailleurs les mêmes que le catholicisme).
Une dernière chose étrange qui n’a rien à voir avec l’Iran : cela fait de nombreuses années que je ne rêve quasiment plus la nuit. Depuis une semaine, je fais des rêves toutes les nuits et c’est plutôt agréable au réveil, il faudra que je demande à Sigmund son point de vue !


Jour 15 DEPART

J’ai fait aujourd’hui mes derniers achats au bazar pour bien remplir mon sac à dos mais en préparant mes affaires je m’aperçois, même si mon voyage était extraordinaire pour moi, que j’ai maintenant hâte de rentrer et de retrouver les miens.
Le passage en douane s’est fait sans encombre et même avec mes nombreuses photos interdites (policiers, militaires, bâtiments militaires, manifs,….) je n’ai eu aucune crainte…

Le vol du retour se passe facilement avec à coté de moi, Zand, un organisateur de voyage pour iranien qui me dit que les touristes de type européen sont rares, va savoir pourquoi…




CONCLUSION

La découverte de l’Iran alla(h) au-delà de mes espérances initiales. J’y ai rencontré un peuple, non plutôt une civilisation, incroyable de gentillesse, de curiosité, d’humour et d’intelligence qui n’ont rien du tout à voir avec les clichés de terroristes et d’intégristes développés par les médias occidentaux et alimentés par les dirigeants iraniens actuels. Bien sûr leur culture et leurs mœurs sont différents des nôtres mais semblent dans les décennies à venir inexorablement évolués vers une occidentalisation : en tout cas j’ai perçu que les jeunes générations veulent le faire.

A titre personnel je reviens sur mon ascension de Mont Damavand à 5.700 m. Bien sûr j’ai eu mal aux jambes pendant une semaine et senti le souffre pendant 3 jours mais cette douleur et cette odeur m’ont rappelé à chaque fois ma victoire. L’odeur du soufre ne sera plus jamais pour moi une mauvaise odeur. Je ne suis qu’un sportif moyen et avec le recul je pense n’avoir réussi que grâce à ma ténacité et de la chance évidemment. J’ai atteints des limites que franchement je m’en croyais totalement incapable. Je suis venu en Iran , un pays réputé difficile, pour me chercher et connaitre mes limites…à aucun moment je ne pensai vivre ça : j’ai été comblé au delà de mes espérances initiales.
Je sentais dès le départ que ce voyage ne serait pas comme les autres et c’est pourquoi j’ai rédigé au jour le jour ce journal de bord très personnel.

Je suis parti pour une aventure…j’ai vécu l’Aventure et cela restera gravé en moi à tout jamais, c’est sûr…

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