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Je relis les notes que j’ai prises l’année dernière quand je suis revenu du Viêt Nam et de Biên Hoa en juillet et je me demande s’il s’agit du même pays et de la même ville… L’an dernier je m’étais fait racolé deux fois en un mois, et je n’avais pas prêté plus d’attention que ça aux clubs de karaoké et aux salons de massage… Cette année, maîtrisant mieux la langue et y étant resté deux mois, la crise étant passée par là et des milliers d’ouvrières jetées sur le pavé sans revenus, le petit commerce menacé par des grandes surfaces comme Cora qui vont chercher la clientèle en car gratuitement dans un rayon de 25 kilomètres autour des villes moyennes avec des prix inférieurs au petit commerce tournant autour de 25 ou 28 % (avec des conditions d’hygiène infiniment meilleures il est vrai !), il ne s’est pas passé un jour sans que je ne me fasse racoler par des occasionnelles, quelquefois des ados de 15 ou 16 ans, pour un repas chaud ou une paire de chaussures… Je leur payais leur repas, et à défaut d’illusions ayant encore quelques principes moraux nous en restions là. Je dois dire que n’étant pas tenu au rendement elles prenaient et le temps et plaisir pour parler avec moi, l’écrit suppléant au manque de pratique quand j’avais du mal à maîtriser un mot vietnamien. Jusqu’à la commerçante qui me vendait ma bouteille d’eau minérale tous les matins qui m’a proposé une passe pour 500000 đõngs, et à la restauratrice où je mangeais à midi de faire « làm quen », (littéralement, « faire habitude », je reviendrai sur les làm quen).
Je pensais que Biên Hoa n’était pas une ville touristique, ce en quoi je me trompais, j’avais oublié les Chinois et les Coréens (d’où la profusion des clubs de karaoké et des salons de massage qui sont 3 à 4 fois plus nombreux que les écoles – et je dois être largement en dessous de la vérité)…
D’abord une anecdote plutôt amusante avant de vous parler du dramatique (pour moi, je vous prie de croire que je ne suis pas sorti indemne de l’aventure et il m’a fallu une semaine pour m’en remettre). Il y avait un bureau de poste à une quinzaine de mètres de mon hôtel, qui faisait aussi salon de coiffure et salon de massage. De temps à autre venait un postier professionnel qui connaissait son métier. Mais la plupart du temps il y avait un jeune abruti derrière un bureau qui à chaque fois ouvrait tous les tiroirs sans y trouver les timbres, et finalement allait chercher une jeune fille qui n’avait rien à br… à faire et qui parlait anglais (critère important entre pros et occasionnelles, je n’ai pas rencontré une seule occasionnelle qui parle anglais ou français). Le problème c’est qu’on lui avait appris à vendre des timbres à 800 dông, pas à 8500 pour la France ! Elle ne savait pas faire, tout simplement ! Alors j’allais vers le fleuve où se trouvait un bureau avec de vraies postières qui, il est vrai, avaient chacune un registre d’une année différente ce qui fait que je ne payais jamais deux fois le même tarif à 5 ou 800 dông près, après quoi, ma carte postale oblitérée, il fallait que je sorte la poster dans la boite devant la porte où elles iraient la chercher plus tard !
Et puis je m’étais fait un copain l’année dernière, un gentil cyclopousse qui voulait me faire faire le tour de ville gratuitement. Le gentil cyclopousse m’avait écrit une lettre où il m’expliquait qu’il souffrait de me voir ainsi transpirer, lettre qui avait presque arraché des larmes à ma prof de vietnamien en France.
Le lendemain de mon arrivée, paf ! Je tombe sur mon cyclopousse (qui depuis s’est payé une moto) qui se jette littéralement dans mes bras, et là je comprends que je ne peux pas couper à la balade en ville ! On prend rendez vous pour le soir même. Il vient me chercher en moto et me dit qu’il doit d’abord passer à son "home'. Une charmante maisonnette en pleine campagne, la vraie « petite maison dans la prairie ». Où se trouvent deux jeunes femmes, qu’il me présente comme "fend nhât" et "fend hai". Je suppose qu’il s’agit d’une déformation de friend, nhât signifiant première ou principale, et hai deux. Et là de but en blanc il me dit que « fend hai » est pour moi, et que je peux même frapper les deux si je veux. J’explique patiemment, et je m’étonne moi-même d’avoir trouvé aisément tous les mots en vietnamien (elles ne parlaient pas anglais) que je ne veux frapper personne, que je trouve « fend hai » rất dẹp (très belle) mais que j’ai déjà quelqu'un. Et ça dure, et ça dure jusqu’ à ce que « fend hai » dise que si je veux "thoc" le cyclo, c’est toujours possible. Je ne connais pas le mot, mais j’en comprends bien le sens, que je vérifierai dans le dictionnaire. « Không, Không, Không dâu », « non, non, pas du tout ! » Je n’en démords pas. Du coup nous quittons "la petite maison dans la prairie », et on retourne en ville, où je comprends enfin pourquoi certaines rues affichent " khu pho van hoa", ce qui signifie en gros "rue honorable". Là c'est dégueulasse, les ruelles, les gens... Je surprends les sourires et les regards lubriques des hommes, des femmes comme des enfants. Et je me retrouve dans son autre chez lui, son vrai "home', avec des murs en briques non crépites, le sol est peut être en terre battue, je ne peux pas l’affirmer. Il y a là un lit sans drap ni couverture, une femme, et deux gamines de 6 et 3 ans ! Sans doute une chaise puisque je me revois assis. Et il m’offre « de m’amuser » (di choi) avec la gamine de trois ans ! Il faut vous imaginer des bandits partout et le fleuve à deux pas. Je crois que je me suis dédoublé ! Il y avait le moi qui disait « Không, Không, Không dâu », et celui qui disait « ne dis pas de connerie, ne fais pas de connerie » ! Et je lui rappelle qu’il m’a promis un tour en cyclopousse. Finalement on décolle, et il s'arrête dans un bar. Je me dis, compris, il va me faire le coup classique, un jus d’orange et un café pour 500 euros. Non il insiste pour payer, et me reparle de son "baby" qu’il m’offre. "Không, Không, Không dâu ! Et je veux réintégrer l'hôtel !" Il tente trois ou quatre fois le coup avec des restos chicos, mais c'est "Không, Không, Không dau" ! Il s'arrête chez sa soeur pour me vendre une bière, "Không, Không, Không dâu" et je rentre à pied !
S’il avait su que j’avais deux mille cinq cent euros dans ma ceinture, je ne suis pas sûr que j’en serais sorti vivant !
Ah oui, sur le chemin du retour, qu’est ce qu’il y a eu comme "fend" qui l’interpellent des bistrots ou de la rue ! Contentes comme des droguées rencontrant leur dealer. Qu’est-ce qu’elles l’aimaient celui qui leur amenait money-money (le dernier jour j’ai su qu’il voulait me faire payer 500000 dông par femme, et 100000 pour lui (je n’ai pas demandé pour la gamine !) !
Quatre heures, ça a duré quatre heures !
J’ai bien tenté de raconter aux responsables de l’hôtel ce qui s’était passé. Ils savent, tous, mais ne veulent surtout pas qu’on en parle. Après le séisme qui a frappé l’indonésie une partie du tourisme sexuel s’est déplacé sur le Vietnam. Alors tant qu’on ne sait pas, ou qu’on veut ignorer, et que money-money !
Le lendemain il me faisait porter deux pamplemousses qui sont allés droit à la poubelle !
Un mot sur les Làm quen ; pratique qui tend à se développer. Une ouvrière se retrouve au chômage, une enseignante n’a pas envie d’être accablée par les heures supplémentaires pour s’en sortir, une commerçante ne peut plus vivre de son commerce, une marchande de billets de tombola ne fait pas une recette suffisante. Alors on lui cherche un làm quen, quelqu’un, un homme marié, un Chinois, un Coréen, voire même un Français, qui lui versera 75 euros par mois et qui lui rendra visite un mois par an ou de temps à autre, quelquefois au domicile des parents, avec les enfants dans la pièce à côté qui regardent la télé. Et on discute dans la famille ou entre amies, le soir dans les parcs, pour trouver un làm quen à une telle ou à une telle…
Je ne les juge pas, je ne suis ni femme, ni vietnamienne, et je n’ai pas vécu ce qu’elles ont vécu, mais je pense que ce pays est bien malade, et je ne crois pas que ce soit pour en arriver là que des millions de jeunes gens sont morts napalisés sur la piste Ho Chi Minh ou en combattant dans la jungle !
J’aurai pu vous parler de la circulation, autre grand bordel, avec 15 personnes pour un péage là où en France il n’y en a qu’un, mais pas un seul agent de la circulation dans une ville de 470 000 habitants comme Biên Hoa (quelquefois ce sont les étudiants qui s’y collent !), mais je note des progrès : on respecte les feux rouges et on met son casque (le plus souvent c’est un casque de merde, alors on ressort le casque de papa ou de grand-papa… Quand il était dans l’armée sud-vetnamienne !)
J’aurais pu vous parler davantage de la ville, de ses parcs, et de la province… Un autre jour peut- être !
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